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2 avril 2015 4 02 /04 /avril /2015 04:06
Jeudi Saint

   LA MESSE DU JEUDI-SAINT.

    La sainte Église se proposant aujourd’hui de renouveler, avec une solennité toute particulière, l’action qui fut accomplie par le Sauveur dans la dernière Cène, selon le précepte qu’il en fit à ses Apôtres, lorsqu’il leur dit : « Faites ceci en mémoire de moi », nous allons reprendre le récit évangélique que nous avons interrompu au moment où Jésus entrait dans la salle du festin pascal.

    Il est arrivé de Béthanie ; tous les Apôtres sont présents, même le perfide Judas, qui garde son affreux secret. Jésus s’approche de la table sur laquelle l’agneau est servi ; ses disciples y prennent place avec lui ; et l’on observe fidèlement les rites que le Seigneur prescrivit à Moïse pour être suivis par son peuple. Au commencement du repas, Jésus prend la parole, et il dit à ses Apôtres: « J’ai désiré ardemment de manger avec vous cette Pâque, avant de souffrir 6 . » Il parlait ainsi, non que cette Pâque eût en elle-même quelque chose de supérieur à celles des années précédentes, mais parce qu’elle allait donner occasion à l’institution de la Pâque nouvelle qu’il avait préparée dans son amour pour les hommes ; car « ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, dit saint Jean, il les aima jusqu’à la fin » 7 .

    Pendant le repas, Jésus, pour qui les cœurs n’avaient rien de caché, proféra cette parole qui émut les disciples : « En vérité, je vous le dis, l’un de vous me trahira; oui, l’un de ceux qui mettent en ce moment la main au plat avec moi est un traître 8 . » Que de tristesse dans cette plainte! que de miséricorde pour le coupable qui connaissait la bonté de son Maître! Jésus lui ouvrait la porte du pardon ; mais il n’en profite pas : tant la passion qu’il avait voulu satisfaire par son infâme marché avait pris d’empire sur lui ! Il ose même dire comme les autres: « Est-ce moi, Seigneur? » Jésus lui répond à voix basse, pour ne pas le compromettre devant ses frères : « Oui, c’est toi ; tu l’as dit ». Judas ne se rend pas; il reste, et va souiller de sa présence les augustes mystères qui se préparent. Il attend l’heure de la trahison.

    Le repas légal est terminé. Un festin qui lui succède réunit encore à une même table Jésus et ses disciples. Les convives, selon l’usage de l’Orient, se placent deux par deux sur des lits qu’a préparés la munificence du disciple qui prête sa maison et ses meubles au Sauveur pour cette dernière Cène. Jean le bien-aimé est à côté de Jésus, en sorte qu’il peut, dans sa tendre familiarité, appuyer sa tête sur la poitrine de son Maître. Pierre est placé sur le lit voisin, près du Seigneur, qui se trouve ainsi entre les deux disciples qu’il avait envoyés le matin disposer toutes choses, et qui représentent l’un la foi, l’autre l’amour. Ce second repas fut triste; les disciples étaient inquiets par suite de la confidence que leur avait faite Jésus; et l’on comprend que l’âme tendre et naïve de Jean eût besoin de s’épancher avec le Sauveur, sur le lit duquel il était étendu, par les touchantes démonstrations de son amour.

    Mais les Apôtres ne s’attendaient pas qu’une troisième Cène allait succéder aux deux premières. Jésus avait gardé son secret; mais, avant de souffrir, il devait remplir une promesse. Il avait dit en présence de tout un peuple : « Je suis le pain vivant descendu du ciel ; si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, pour la vie du monde. Ma chair est vraiment nourriture, et mon sang est vraiment breuvage. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui 9 . » Le moment était venu où le Sauveur allait réaliser cette merveille de sa charité pour nous. Mais comme il avait promis de nous donner sa chair et son sang, il avait dû attendre l’heure de son immolation. Voici maintenant que sa Passion est commencée ; déjà il est vendu à ses ennemis ; sa vie est désormais entre leurs mains ; il peut donc maintenant s’offrir en sacrifice, et distribuer à ses disciples la propre chair et le propre sang de la victime.

    Le second repas finissait, lorsque Jésus se levant tout à coup, aux yeux des Apôtres étonnés, se dépouille de ses vêtements extérieurs, prend un linge, s’en ceint comme un serviteur, met de l’eau dans un bassin, et annonce par ces indices qu’il s’apprête à laver les pieds à des convives. L’usage de l’Orient était qu’on se lavât les pieds avant de prendre part à un festin ; mais le plus haut degré de l’hospitalité était lorsque le maître de la maison remplissait lui-même ce soin à l’égard de ses hôtes. C’est Jésus qui invite en ce moment ses Apôtres au divin repas qu’il leur destine, et il daigne agir avec eux comme l’hôte le plus empressé. Mais comme ses actions renferment toujours un fonds inépuisable d’enseignement, il veut, par celle-ci, nous donner un avertissement sur la pureté qu’il requiert dans ceux qui devront s’asseoir à sa table. « Celui qui est déjà lavé, dit-il, n’a plus besoin que de se laver les pieds » 10 ; comme s’il disait : Telle est la sainteté de cette divine table, que pour en approcher, non seulement il faut que l’âme soit purifiée de ses plus graves souillures; mais elle doit encore chercher à effacer les moindres, celles que le contact du monde nous fait contracter, et qui sont comme cette poussière légère qui s’attache aux pieds. Nous expliquerons plus loin les autres mystères signifiés dans le lavement des pieds.

    Jésus se dirige d’abord vers Pierre, le futur Chef de son Église. L’Apôtre se refuse à permettre une telle humiliation à son Maître; Jésus insiste, et Pierre est contraint de céder. Les autres Apôtres qui, ainsi que Pierre, étaient restés sur les lits, voient successivement leur Maître s’approcher d’eux et laver leurs pieds. Judas même n’est pas excepté. Il avait reçu un second et miséricordieux avertissement quelques instants auparavant, lorsque Jésus, parlant à tous, avait dit: « Pour vous, vous êtes purs, mais non pas tous cependant 11 . » Ce reproche l’avait laissé insensible. Jésus, ayant achevé de laver les pieds des douze, vient se replacer sur le lit près de la table, à côté de Jean.

    Alors, prenant du pain azyme qui était resté du repas, il élève les yeux au ciel, bénit ce pain, le rompt et le distribue à ses disciples, en leur disant: « Prenez et mangez ; ceci est mon corps ». Les Apôtres reçoivent ce pain devenu le corps de leur Maître; ils s’en nourrissent; et Jésus n’est plus seulement avec eux à la table, il est en eux. Ensuite, comme ce divin mystère n’est pas seulement le plus auguste des Sacrements, mais qu’il est encore un Sacrifice véritable, qui demande l’effusion du sang, Jésus prend la coupe; et, transformant en son propre sang le vin dont elle est remplie, il la passe à ses disciples, et leur dit: « Buvez-en tous; car c’est le sang de la Nouvelle Alliance, qui sera répandu pour vous. » Les Apôtres participent les uns après les autres à ce divin breuvage, et Judas à son tour; mais il boit sa condamnation, comme tout à l’heure, dans le pain sacré, il a mangé son propre jugement 12 . L’inépuisable bonté du Sauveur cherche cependant encore à faire rentrer le traître en lui-même. En donnant la coupe aux disciples, il a ajouté ces terribles paroles : « La main de celui qui me trahit est avec moi à cette table 13 . »

    Pierre a été frappé de cette insistance de son Maître. Il veut connaître enfin le traître qui déshonore le collège apostolique ; mais n’osant interroger Jésus, à la droite duquel il est place, il fait signe à Jean, qui est à la gauche du Sauveur, pour tâcher d’obtenir un éclaircissement. Jean se penche sur la poitrine de Jésus et lui dit à voix basse : « Maître, quel est-il ? » Jésus lui répond avec la même familiarité : « Celui à qui je vais envoyer un morceau de pain trempé. » Il restait sur la table quelques débris du repas ; Jésus prend un peu de pain, et l’ayant trempé, il l’adresse à Judas. C’était encore une invitation inutile à cette aine endurcie à tous les traits de la grâce ; aussi l’Évangéliste ajoute : « Après qu’il eut reçu ce morceau, Satan entra en lui 14 . » Jésus lui dit encore ces deux mots : « Ce que tu as à faire, fais-le vite 15 . » Et le misérable sort de la salle pour l’exécution de son forfait.

    Telles sont les augustes circonstances de la Cène du Seigneur, dont l’anniversaire nous réunit aujourd’hui ; mais nous ne l’aurions point suffisamment racontée aux âmes pieuses, si nous n’ajoutions un trait essentiel. ,Ce qui se passe aujourd’hui dans le Cénacle n’est point un événement arrivé une fois dans la vie mortelle du Fils de Dieu, et les Apôtres ne sont pas seulement les convives privilégiés de la table du Seigneur. Dans le Cénacle, de même qu’il y a plus qu’un repas, il y a autre chose qu’un sacrifice, si divine que soit la victime offerte par le souverain Prêtre. Il y a ici l’institution d’un nouveau Sacerdoce. Comment Jésus aurait-il dit aux hommes : « Si vous ne mangez ma chair et ne buvez mon sang, vous n’aurez point la vie en vous 16 », s’il n’eût songé à établir sur la terre un ministère par lequel il renouvellerait, jusqu’à la fin des temps, ce qu’il vient d’accomplir en présence de ces douze hommes ?

        Or voici ce qu’il dit à ces hommes qu’il a choisis : « Vous ferez ceci en mémoire de moi 17 . » Il leur donne par ces paroles le pouvoir de changer, eux aussi, le pain en son corps et le vin en son sang ; et ce pouvoir sublime se transmettra dans l’Église, par la sainte ordination, jusqu’à la fin des siècles. Jésus continuera d’opérer, par le ministère d’hommes mortels et pécheurs, la merveille qu’il accomplit dans le Cénacle ; et en même temps qu’il dote son Église de l’unique et immortel Sacrifice, il nous donne, selon sa promesse, par le Pain du ciel, le moyen de «demeurer en lui, et lui en nous ». Nous avons donc à célébrer aujourd’hui un autre anniversaire non moins merveilleux que le premier : l’institution du Sacerdoce chrétien.

    Afin d’exprimer d’une manière sensible aux yeux du peuple fidèle la majesté et l’unité de cette Cène que le Sauveur donna à ses disciples, et à nous tous en leur personne, la sainte Église interdit aujourd’hui aux Prêtres la célébration des Messes privées, hors le cas de nécessité. Elle veut qu’il ne soit offert dans chaque église qu’un seul Sacrifice, auquel tous les Prêtres assistent ; et au moment de la communion, on les voit tous s’avancer vers l’autel, revêtus de l’étole, insigne de leur sacerdoce, et recevoir le corps du Seigneur des mains du célébrant.

    La Messe du Jeudi saint est une des plus solennelles de l’année ; et quoique l’institution de la fête du Très-Saint-Sacrement ait pour objet d’honorer avec plus de pompe le même mystère, l’Église, en l’établissant, n’a pas voulu que l’anniversaire de la Cène du Seigneur perdit rien des honneurs auxquels il a droit. La couleur adoptée à cette Messe pour les vêtements sacrés est le blanc, comme aux jours mêmes de Noël et de Pâques ; tout l’appareil du deuil a disparu. Cependant plusieurs rites extraordinaires annoncent que l’Église craint encore pour son Époux, et qu’elle ne fait que suspendre un moment les douleurs qui l’oppressent. A l’autel, le Prêtre a entonné avec transport l’Hymne angélique : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux ! » Tout à coup les cloches ont retenti en joyeuse volée, accompagnant jusqu’à la fin le céleste cantique ; mais à partir de ce moment elles vont demeurer muettes, et leur silence durant de longues heures va faire planer sur la cité une impression de terreur et d’abandon. La sainte Église, en nous sevrant ainsi du grave et mélodieux accent de ces voix aériennes, qui chaque jour parcourent les airs et vont jusqu’à notre cœur, veut nous faire sentir que ce monde, témoin des souffrances et de la mort de son divin Auteur, a perdu toute mélodie, qu’il est devenu morne et désert ; et joignant un souvenir plus précis à cette impression générale, elle lions rappelle que les Apôtres, qui sont la j voix éclatante du Christ, et sont figurés par les cloches dont le son appelle les fidèles à la maison de Dieu, se sont enfuis et ont laissé leur Maître en proie à ses ennemis.

    Le Sacrifice poursuit son cours; mais au moment où le Prêtre élève l’Hostie sainte et le Calice du salut, la cloche reste déjà dans son silence, et rien n’annonce plus au dehors du temple l’arrivée du Fils de Dieu. La communion générale est proche, et le Prêtre ne donne pas le baiser de paix au Diacre, qui, selon la tradition apostolique, doit le transmettre aux communiants par le Sous-Diacre. La pensée se reporte alors sur l’infâme Judas, qui, aujourd’hui même, a profané le signe de l’amitié, et en a fait l’instrument du meurtre. C’est pour cela que l’Église, en exécration du traître, et comme si elle craignait de renouveler un si fatal souvenir en un tel moment, s’abstient aujourd’hui de ce témoignage de la fraternité chrétienne qui fait partie essentielle des rites delà Messe solennelle.

    Mais un rite non moins insolite s’est accompli à l’autel, dans l’action même du Sacrifice. Le Prêtre a consacré deux hosties, et, après en avoir consommé une, il a réservé l’autre, et l’a placée dans un calice qu’il a soigneusement enveloppé. C’est que l’Église a résolu d’interrompre demain le cours du Sacrifice perpétuel dont l’offrande sanctifie chaque journée. Telle est l’impression que lui fait éprouver ce cruel anniversaire, qu’elle n’osera renouveler sur l’autel, en ce jour terrible, l’immolation qui eut lieu sur le Calvaire. Elle restera sous le coup de ses souvenirs, et se contentera de participer au Sacrifice d’aujourd’hui, dont elle aura réservé une seconde hostie. Ce rite s’appelle la Messe des Présanctifiés, parce que le Prêtre n’y consacre pas, mais consomme seulement l’hostie consacrée le jour précédent. Autrefois, comme nous le dirons plus tard, la journée du Samedi saint se passait aussi sans qu’on offrît le saint Sacrifice ; mais on n’y célébrait pas, comme le Vendredi, la Messe des Présanctifiés.

    Toutefois, si l’Église suspend durant quelques heures l’offrande du Sacrifice éternel, elle ne veut pas cependant que son divin Époux y perde quelque chose des hommages qui lui sont dus dans le Sacrement de son amour. La piété catholique a trouvé le moyen de transformer en un triomphe pour l’auguste Eucharistie ces instants où l’Hostie sainte semble devenue inaccessible à notre indignité. Elle prépare dans chaque temple un reposoir pompeux. C’est là qu’après la Messe d’aujourd’hui l’Église transportera le corps de son Époux ; et bien qu’il y doive reposer sous des voiles, ses fidèles l’assiégeront de leurs vœux et de leurs adorations. Tous viendront honorer le repos de l’Homme-Dieu ; « là où sera le corps, les aigles s’assembleront 18 » ; et de tous les points du monde catholique un concert de prières vives et plus affectueuses qu’en tout autre temps de l’année, se dirigera vers Jésus, comme une heureuse compensation des outrages qu’il reçut en ces mêmes heures de la part des Juifs. Près de ce tombeau anticipé se réuniront et les âmes ferventes en qui Jésus vit déjà, et les pécheurs convertis par la grâce et déjà en voie de réconciliation.

    A Rome, la Station est dans la Basilique de Latran. La grandeur de ce jour, la réconciliation des Pénitents, la consécration du Chrême, ne demandaient pas moins que cette métropole de la ville et du monde. De nos jours cependant, la fonction papale a lieu au palais du Vatican, et ainsi que nous l’avons dit plus haut, la bénédiction apostolique est donnée par le Pontife Romain, à la loggia de la Basilique de Saint-Pierre.

    Dans l’Introït, l’Église se sert des paroles de saint Paul pour glorifier la Croix de Jésus-Christ; elle célèbre avec effusion ce divin Rédempteur qui, en mourant pour nous, a été notre salut; qui, par son Pain céleste, est la vie de nos âmes, et, par sa Résurrection, l’auteur de la nôtre.

        

    INTROÏT

Nos autem gloriari oportet in Cruce Domini nostri Jesu Christi, in quo est salus, vita, et

resurrectio nostra : per quem salvati, et liberati sumus.

Ps. Deus misereatur nostri, et benedicat nobis, illuminet vultum suum super nos, et misereatur nostri. Nos autem.

    GLORIFIONS-nous dans la Croix de Jésus-Christ notre Seigneur ; c’est lui qui est notre salut, notre vie et notre résurrection, lui par qui nous sommes sauvés et délivrés.

    Ps. Que Dieu ait pitié de nous, et qu’il nous bénisse ; qu’il fasse luire sur nous la lumière de son visage, et qu’il ait pitié de nous. Glorifions-nous.

 

    Dans la Collecte, l’Église nous remet sous les yeux le sort si différent de Judas et du bon larron : tous deux coupables, mais l’un condamné, tandis que l’autre est pardonné. Elle demande pour nous au Seigneur que la Passion de son Fils, dans le cours de laquelle s’accomplissent cette justice et cette miséricorde, soit pour nous la rémission des péchés et la source de la grâce.

    COLLECTE

Deus, a quo et Judas reatus sui poenam. Et confessionis sui latro praemium sumpsit : concede nobis tuae propitiationis effectum ; ut sicut in passione sua Jesus Christus Dominus noster diversa utrisque intulit stipendia meritorum, ita nobis ablato vetustatis errore, resurrectionis sux gratiam largiatur. Qui tecum viva et regnat in saecula saeculorum. Amen.

    O Dieu, de qui Judas a reçu la punition de son crime, et le larron la récompense de sa confession : faites-nous ressentir l’effet de votre miséricorde, afin que, comme notre Seigneur Jésus-Christ, dans sa Passion, a traité l’un et l’autre selon son mérite, de même il détruise en nous le mal qui procède du vieil homme, et nous accorde d’avoir part à sa résurrection, Lui qui, étant Dieu, vit et règne avec vous dans les siècles des siècles. Amen.

    ÉPÎTRE

    Lectio Epistolae beati Pauli Apostoli ad Corinthios. I, CAP. XI.

    Fratres, Convenientibus vobis in unum, jam non est Dominicam Coenam manducare. Unusquisque enim suam coenam praesumit manducandum. Et alius quidem esurit : alius autem ebrius est. Numquid domos non habetis ad manducandum et bibendum ? Aut Ecclesiam Dei contemnitis, et confunditis eos qui non habent? Quid dicam vobis ? Laudo vos ? In hoc non laudo. Ego enim accepi a Domino, quod et tradidi vobis quoniam Dominus Jesus in qua nocte tradebatur, accepit panem, et gratias agens fregit, et dixit Accipite et manducate : hoc est corpus meum, quod pro vobis tradetur; hoc facite in meam commemorationem. Similiter et calicem, postquam coenavit, dicens : Hic Calix novum testamentum est in meo sanguine ; hoc facite, quotiescumque bibetis, in meam commemoratione . Quotiescumque enim manducabitis panem hunc, et calicem annuntiabitis donec veniat. Itaque quicumque manducaverit panem hunc, vel biberit calicem Domini indigne, reus erit corporis et sic de pane illo edat, et de calice bibat. Qui enim manducat et bibit judicium sibi manducat et bibit, non dijudicans corpus Domini. Ideo inter vos multi infirmi et imbecilles, et dormiunt multi. Quod si nosmetipsos dijudicaremus, non utique judicaremur. Dum judicamur autem, a Domino corripimur, ut non cum hoc mundo damnemur. bibetis, mortem Domini

 

    Lecture de l’Épître du bienheureux Paul, Apôtre, aux Corinthiens. I, Chap. XI.

    Mes Frères, lorsque vous vous assemblez comme vous faites, ce n’est plus manger la Cène du Seigneur. Car chacun se hâte de manger son souper à part, en sorte que l’un n’a rien à manger, tandis que l’autre fait des excès. N’avez-vous pas vos maisons pour y manger et y boire ? Méprisez-vous l’Église de Dieu? Voulez-vous faire honte à ceux qui sont pauvres ? Que vous irai-je? Faut-il vous louer? Non, certes; je ne vous louerai pas. C est du Seigneur lui-même que j’ai appris ce que je vous ai enseigné, savoir que le Seigneur Jésus, dans la nuit même où il fut livré, prit du pain, et ayant rendu grâces, le rompit et dit : Prenez et mangez; ceci est mon corps qui sera livré pour vous ; faites ceci en mémoire de moi. Il prit de même le calice, après avoir soupe, en disant : Ce calice est la nouvelle alliance dans mon sang; faites ceci en mémoire de moi, toutes les fois que vous le boirez ; car tous les fois que vous mangerez ce pain et boirez ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne. Ainsi donc, celui qui mangera ce pain, ou boira le calice du Seigneur indignement, sera coupable du corps et du sang du Seigneur! Que l’homme donc s’éprouve soi-même, et qu’il mange ainsi de ce pain, et boive de ce calice ; car celui qui mange et boit indignement, mange et boit son propre jugement, ne faisant pas le discernement qu’il doit faire du corps du Seigneur. C’est pour cela que parmi vous beaucoup sont malades et languissants, et que beaucoup même sont morts. Que si nous nous jugions nous-mêmes, nous ne serions pas jugés; mais lorsque nous sommes jugés de la sorte, c’est le Seigneur lui-même qui nous châtie, afin que nous ne soyons pas condamnés avec ce monde.

 

    Le grand Apôtre, après avoir repris les chrétiens de Corinthe des abus auxquels donnaient lieu ces repas nommés Agapes, que l’esprit de fraternité avait fait instituer, et qui ne tardèrent pas à être abolis, raconte la dernière Cène du Sauveur. Il appuie son récit, conforme en tout a celui des Évangélistes, sur le propre témoignage du Sauveur lui-même, qui daigna lui apparaître et l’instruire en personne après sa conversion. L’Apôtre insiste sur le pouvoir que le Sauveur donna à ses disciples de renouveler l’action qu’il venait de faire, et il nous enseigne en particulier que chaque fois que le Prêtre consacre le corps et le sang de Jésus-Christ, «il annonce la mort du Seigneur », exprimant par ces paroles l’unité de sacrifice sur la croix et sur l’autel. Nous avons expliqué cette doctrine fondamentale de la sainte Eucharistie au chapitre VI, en tête de ce volume. La conséquence d’un tel enseignement est facile a déduire. L’Apôtre nous la propose lui-même : « Que l’ homme donc s’éprouve, dit-il, et qu’ensuite il mange de ce pain et boive de ce calice. » En effet, pour être initié d’une manière si intime au sublime mystère de la Rédemption, pour contracter une telle union avec la divine Victime, nous devons bannir de nous tout ce qui est du péché et de l’affection au péché. « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui », dit le Sauveur. Se peut-il rien de plus intime? Dieu devient l’homme, et l’homme devient Dieu, dans cet heureux moment. Avec quel soin devons-nous purifier notre âme, unir notre volonté à celle de Jésus, avant de nous asseoir à cette table qu’il a dressée pour nous, à laquelle il nous convie ! Demandons-lui de nous préparer lui-même, comme il prépara ses Apôtres, en leur lavant les pieds. Il le fera aujourd’hui et toujours, si nous savons nous prêter à sa grâce et à son amour.

    Le Graduel est formé de ces belles paroles que l’Église répète à chaque instant durant ces trois jours, et dans lesquelles saint Paul ranime notre reconnaissance envers le Fils de Dieu qui s’est livré pour nous.

    GRADUEL.

Christus factus est pro nobis oboediens usque ad mortem.

V. Propter quod et Deus exaltavit illum: et dedit illi nomen, quod est super omne nomen.

Le Christ s’est fait obéissant pour nous jusqu’à la mort, et à la mort de la Croix.

V/. C’est pourquoi Dieu l’a exalté, et lui a donné un nom qui est au- dessus de tout nom.

    ÉVANGILE.

Sequentia sancti Evangelii secundum Johannem. CAP. III.

    Ante diem festum Paschae, sciens Jesus, quia venit hora ejus ut transeat ex hoc mundo ad Patrem : cum dilexisset suos, qui erant in mundo, in finem dilexit eos. Et coena facta, cum diabolus jam misisset in cor, ut traderet eum Judas Simonis lscariotae sciens quia omnia dedit ei Parer in manus, et quia a Deo exivit et ad Deum vadit, surgit a coena, et ponit vestimenta sue. Et cum accepisset linteum, praecinxit se. Deinde mittit aquam in pelvim, et coepit lavare pedes discipulorum, et extergere linteo, quo erat praecinctus. Venit ergo ad Simonem Petrum, et dicit ei Petrus Domine, tu mihi lavas pedes! Respondit

Jesus, et dixit ei Quod ego facio, tu nescis modo : scies autem postea. Dicit ei Petrus Non lavabis mihi pedes in aeternum. Respondit ei Jesus : Si non lavero .te, non habebis partem

mecum. Dicit ei Simon Petrus : Domine, non tantum pedes meos, sed et manus et caput. Dicit ei Jesus : Qui , est non indiget nisi pedes lavet, sed est mundus totus Et vos mundi estis, sed non omnes. Sciebat enim quisnam esset qui traderet eum propterea dixit : Non estis mundi omnes. Postquam ergo lavit pedes eorum, et accepit vestimenta sua : cum recubuisset iterum, dixit eis Scitis quid fecerim vobis? Vos vocatis me Magister et Domine: et bene dicitis sum etenim. Si ergo ego lavi pedes vestros, Dominus et Magister, et vos debetis alter alterius lavare pedes. Exemplum enim dedi vobis, ut quemadmodum ego feci vobis, ita et vos faciatis.

 

    La suite du saint Évangile selon saint Jean. Chap. XIII.

    Avant le jour de la Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde à son Père, comme il avait aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’à la fin. Et le souper étant fini, lorsque déjà le diable avait mis dans le cœur de Judas Iscariote de le trahir, Jésus sachant que son Père avait tout remis entre ses mains, et qu’il était sorti de Dieu, et retournait à Dieu, se leva de table, ôta ses vêtements, et, ayant pris un linge, il se ceignit. Ensuite il mit de l’eau dans un bassin, et commença à laver les pieds de ses disciples, et à les essuyer avec le linge dont il était ceint. Il vint donc à Simon Pierre; et Pierre lui dit : Vous, Seigneur, vous me laveriez les pieds ! Jésus lui dit: Ce que je fais, tu l’ignores présentement; mais tu le sauras plus tard. Pierre lui dit : Jamais vous ne me laverez les pieds. Jésus lui répondit : Si je ne te lave, tu n’auras point de part avec moi. Simon Pierre lui dit : Seigneur, non seulement les pieds, mais encore les mains et la tète. Jésus lui dit: Celui qui est déjà lavé n’a besoin que de laver ses pieds, et il est pur et net dans tout le reste ; pour vous, vous êtes purs; mais non pas tous. Car il savait qui le trahirait ; c’est pourquoi il dit: Vous n’êtes pas tous purs. Après qu’il leur eut lavé les pieds, et qu’il eut repris ses vêtements, s’étant remis à table, il leur dit : Savez-vous ce que je vous ai fait? Vous m’appelez Maître et Seigneur, et vous dites bien ; car je le suis. Si donc je vous ai lavé les pieds, moi Maître et Seigneur, vous devez aussi vous laver les pieds les uns aux autres. Car je vous ai donné l’exemple, afin que, comme je vous ai fait, vous fassiez aussi.

 

    L’action du Sauveur lavant les pieds à ses disciples avant de les admettre à la participation de son divin mystère, renferme une leçon pour nous. Tout à l’heure l’Apôtre nous disait : « Que l’homme s’éprouve lui-même»; Jésus dit à ses disciples : « Pour vous, vous êtes purs ». Il est vrai qu’il ajoute : « mais non pas tous ». De même l’Apôtre nous dit « qu’il en est qui se rendent coupables du corps et du sang du Seigneur ». Craignons le sort de ceux-là, et éprouvons-nous nous-mêmes ; sondons notre conscience avant d’approcher de la table sacrée. Le péché mortel, l’affection au péché mortel, transformeraient pour nous en poison l’aliment qui donne la vie à l’âme. Mais si nous devons respecter assez la table du Seigneur, pour ne pas nous y présenter avec la souillure qui fait perdre à l’âme la ressemblance de Dieu et lui donne les traits hideux de Satan, nous devons aussi, par respect pour la sainteté divine qui va descendre en nous, purifier les taches légères qui la blesseraient. » Celui qui est déjà lavé, dit le Seigneur, n’a besoin que de laver ses pieds. » Les pieds sont les attaches terrestres dans lesquelles nous sommes si souvent exposés à pécher. Veillons sur nos sens, sur les mouvements de notre âme. Purifions ces taches par une confession sincère, par la pénitence, par le regret et l’humiliation; afin que le divin Sacrement, entrant en nous, soit reçu dignement, et qu’il opère dans toute la plénitude de sa vertu.

    Dans l’Antienne de l’Offertoire, le chrétien fidèle, appuyé sur la parole du Christ qui lui a promis le Pain de vie, se livre à la joie. Il rend grâces pour cet aliment divin qui sauve de la mort ceux qui s’en nourrissent.

    OFFERTOIRE.

Dextera Domini fecit virtutem, dextera Domini exaltavit me: non moriar, sed vivam, et narrabo opera Domini.

    La droite du Seigneur a signalé sa force; la droite du Seigneur m’a élevé en gloire. Je ne mourrai point; mais je vivrai, et je raconterai les œuvres du Seigneur.

    L’Église, dans la Secrète, rappelle au Père céleste que c’est aujourd’hui même qu’a été institue l’auguste Sacrifice qu’elle célèbre en ce moment.

    SECRÈTE.

Ipse tibi, quaesumus Domine sancte, Pater omnipotens, aeterne Deus, sacrificium nostrum reddat acceptum , qui discipulis suis in sui commemorationem hoc fieri hodierna traditione monstravit, Jesus Christus Filius tuus Dominus noster : Qui tecum vivit et regnat. Amen.

    Seigneur saint. Père tout-puissant, Dieu éternel , que notre Sacrifice vous soit rendu agréable par Jésus-Christ , votre Fils , notre Seigneur , qui, en l’instituant en ce jour, a enseigné à ses disciples de le célébrer en mémoire de lui; Qui, étant Dieu, vit et règne avec vous dans les siècles des siècles. Amen.

    Le Prêtre, après avoir communié sous les deux espèces, et placé dans un calice l’Hostie réservée pour le lendemain, distribue au clergé la sainte Eucharistie ; et lorsque les fidèles l’ont reçue à leur tour, le chœur chante l’Antienne suivante qui rappelle le mystère du lavement des pieds :

    COMMUNION.

Dominus Jesus postquam coenavit cum discipulis suis, lavit pedes eorum, et ait illis: Scitis quid fecerim vobis , ego Dominus et Magister ? Exemplum dedi vobis, ut et vos ita faciatis.

    Le Seigneur Jésus, quand il eut soupe avec ses disciples, leur lava les pieds, et leur dit : Vous savez ce que je viens de vous faire, moi votre Seigneur et Maître? Je vous ai donné l’exemple, afin que vous fassiez de même.

    La sainte Église demande pour nous, dans la Postcommunion, que nous conservions jusque dans l’éternité le don qui vient de nous être confère.

    POSTCOMMUNION.

Refecti vitalibus alimentis, quaesumus Dominus Deus noster: ut quod tempore nostrae mortalitatis exsequimur, immortalitatis tuae munere consequamur. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

    Faites, s’il vous plaît, Seigneur notre Dieu, qu’étant rassasiés de cette nourriture de vie, nous recevions par votre grâce, au sein de l’immortalité, ce que nous célébrons dès le temps même de notre vie mortelle. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

    La Messe étant terminée, une Procession solennelle se dirige vers le lieu où doit reposer l’Hostie sainte, qui sera consommée demain. Le célébrant la porte sous le dais, comme à la fête du très saint Sacrement ; mais aujourd’hui le corps sacré du Rédempteur contenu dans le calice est voilé, et non entouré de rayons comme au jour de ses triomphes. Adorons ce divin Soleil de justice, dont nous saluâmes le lever avec tant d’allégresse; il décline vers son couchant ; encore quelques heures, et sa lumière va s’éteindre. Les ombres alors couvriront la terre ; et ce ne sera que le troisième jour que nous le verrons reparaître tout brillant d’un éclat nouveau.

    Pendant la marche vers le reposoir, le chœur chante l’Hymne du Saint-Sacrement si connue des fidèles.

    HYMNE.

Pange, lingua, gloriosi Corporis mysterium, Sanguinisque pretiosi, Quem in mundi pretium, Fructus ventris generosi, Rex effudit gentium.

Nobis datus, nobis natus Ex intacta Virgine, Et in mundo conversatus, Sparso verbi semine, Sui moris incolatus Miro clausit ordine.

In supremae nocte coenae Recumbens cum fratribus, Observata lege plene Cibis in legalibus, Cibum turbae duodenae Se dat suis manibus.

Verbum caro, panem verum Verbo carnem efficit : Fitque sanguis Christi merum : Et si sensus deficit, Ad firmandum cor sincerum, Sola fides sufficit.

Tantum ergo Sacramentum Veneremur cernui Et antiquum documentum Novo cedat ritui Praestet fides supplementum Sensuum defectui.

Genitori, Genitoque Laus et jubilatio, Salus, honor, virtus quoque Sit et benedictio Procedenti ab utroque Compar sit laudatio. Amen.

 

    Chante, ô ma langue, le mystère du glorieux corps et du sang précieux que le Roi des nations, fils d’une noble mère, a versé pour la rédemption du monde.

    Il nous fut donné ; pour nous il naquit de la Vierge sans tache ; il vécut avec les hommes, et après avoir jeté la semence de sa parole, il termina son pèlerinage par une admirable merveille.

    Dans la nuit de la dernière cène, étant à table avec ses frères, après avoir observé ce que prescrivait la loi pour les nourritures légales, il se donne lui-même de ses propres mains, pour nourriture, aux douze qu’il a choisis.

    Le Verbe fait chair change d’une seule parole le pain en sa chair divine ; le vin devient le propre sang du Christ ; et si la raison défaille à comprendre un tel prodige, la foi suffit pour rassurer un cœur fidèle.

    Adorons prosternés un si grand Sacrement; que les rites antiques cèdent la place à ce nouveau mystère ; et que la foi supplée à la faiblesse de nos sens.

    Gloire, honneur et louange, puissance, actions de grâces et bénédiction soient au Père et au Fils ; pareil hommage à celui qui procède de l’un et de l’autre.

    Amen.

 

    Arrivé au lieu où doit être déposée l’Hostie sainte , le célébrant l’ayant encensée, le diacre prend le calice qui la contient et le renferme pour le soustraire à tous les regards. On prie quelques instants, et bientôt le cortège retourne au chœur en silence. Tout aussitôt commencent les Vêpres. Aujourd’hui et demain, cet Office si solennel aux jours de fêtes a perdu sa pompe accoutumée. Les Psaumes y sont récités sans chant, sans même une inflexion. C’est l’Église veuve de son Époux s’enveloppant de son deuil comme d’un vêtement.

 

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