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16 juin 2016 4 16 /06 /juin /2016 15:32
Pourquoi j'ai accepté d'être aumônier de la Banquise !

 

Oh ! Je ne suis qu’un piètre aumônier, pas assez disponible, pas assez proche des Banquisards.

Mais je crois à l’importance de cette initiative. La Banquise, c’est ce que le romancier Michel Houellebecq appelle aussi la possibilité d’une île : « Il existe au milieu du temps, la possibilité d’une île ».

Voilà ce qu’est la Banquise : au milieu du temps, dans les courants, les vents contraires, les tempêtes, un sol ferme, toujours disponible à ceux qui y ont abordé, qui se manifeste immédiatement comme une force de prière et une amitié.

 

Chacun est arrivé à la Banquise par son propre chemin. Chacun a exorcisé ses petits démons personnels, avant de réaliser : « Il existe, au milieu du web, la possibilité d’une vie spirituelle à plusieurs, par laquelle on se protège mutuellement, dans laquelle on n’est jamais seul, par laquelle on peut accomplir son destin, du moment qu’on ouvre l’oreille du cœur et que l’on réponde à l’appel (différent pour chacun) qui nous est adressé comme justifiant toute notre vie.

 

 

Impossible d’entendre cet appel si l’on passe son temps à batifoler dans les eaux glacées du monde. Il faut un refuge. « Tout le malheur de l’homme vient de ce qu’il ne sait pas passer une heure sur la Banquise spirituelle » disait à peu près Blaise Pascal.

 

Différence entre la Banquise et Pascal ? Pascal parlait de solitude, de la nécessité d’une vraie solitude. Pour des âmes bien équarries, vivant dans une société traditionnelle, il avait raison. Pour nous, la solitude spirituelle tout de suite, là, maintenant, c’est trop dur. Il faut d’abord pouvoir se parler les uns aux autres, communiquer chacun sur ses malheurs personnels, demander des prières, se sentir soutenus, dans le grand élan de la communion des saints.

 

Il ne s’agit pas d’une institution, ce n’est pas un tiers-ordre, avec des engagements pesants, non ! C’est juste un moment de repos et de beauté, offert à qui veut le prendre, pour reprendre cœur.

 

La Banquise, c’est l’union des cœurs, l’union par le cœur de ceux qui savent qu’on ne doit pas laisser traîner son cœur à la merci des passants et qu’il faut écouter le cri liturgique que le prêtre nous adresse à chaque messe : sursum corda. Oui, en haut les coeurs, tous ensemble, les uns par les autres, les uns pour les autres. Voilà la Banquise dont je m’honore d’être l’aumônier.

 

 

 

 

 

Dernier mot : les Banquisards ne se prennent pas au sérieux pour autant, nous sommes tous des pingouins, et c’est pour cela que nous aimons nos frères les animaux. « Toute la création attend sa délivrance » écrit saint Paul aux Romains. Nous aimons nos frères les animaux, sur la Banquise comme à Sainte Rita du XVème d’ailleurs, parce que nous savons que Dieu ne laissera pas sa création tomber dans le néant. Il y a, nous en sommes sûrs, un salut, que Dieu connaît, pour nos amies les bêtes. C’est la raison pour laquelle nous sommes ensemble sur la Banquise, qui prendrait presque des allures d’arches de Noé virtuelle, dans le déluge de pluie de ces dernières semaines.

Je dirais même : dans l’atmosphère diluviale de ce monde.

 

 

 

 

Abbé Guillaume de Tanoüarn .

 

 

 

 

 

 

 

Merci monsieur l'abbé pour ce très beau billet !

Nous savons bien que vous faites tout ce que vous

pouvez et nous vous en remercions .

 

 

Mortimer 

 

 

 

 

 

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commentaires

Mortimer 17/06/2016 18:41

Très beau commentaire Julien !
Tu vois quand tu veux ....

Je me permet de tutoyer Juju parce que j'aime bien .
Il ne m'épargne pas et moi non plus du reste !
C'est comme cela et c'est très bien .

Mortimer

Julien 17/06/2016 10:26

Ce billet tombe à pic. (Vous me direz qu'avec moi, il faut toujours que tout tombe à pic ou très mal. Mais les champs magnétiques de la Providence, Sa langue des signes, fait qu'il y a plus souvent des coïncidences heureuses que des erreurs de destination dans les lettres qu'on reçoit, ce qui n'empêche pas la langue des signes d'être intraduisible, pour sauver le Mystère de Dieu).

Il tombe à pic pour deux raisons:

-Depuis deux jours, me traverse le titre de ce livre de Jacques Chancel (et le livre tient les promesses de son titre): "Tant qu'il y aura des îles..."

Dans la même vague de pensées (comme il y a "le vague des passions"), je me demandais pourquoi je préférais la banquise à des initiatives comme "le monastère invisible" d'Alain Noël, l'ancien directeur des éditions de la Renaissance. J'essayais d'en dire quelque chose en postant tout à l'heure mon commentaire d'action de grâce(s?) pour la guérison de Braiden. La différence, c'est que, sur la banquise, on ne fait pas ensemble des efforts spirituels même si on peut échanger des réflexions spirituelles (pas trop cérébrales cependant, le chef n'aime pas... Du reste, il n'a pas tort: il faut transférer ses pensées du cerveau au coeur).

Sur la banquise, on est dans la prière de demande. Or la prière de demande est la prière des pauvres, la prière qui sait qu'elle a besoin de Dieu pour le gîte et le couvert et qu'au-delà de ces besoins élémentaires, ceux qui ne sont pas des saints de vitrail peuvent enfin commencer à Lui donner quelque chose.

J'avais un professeur de piano (malheureusement je n'ai pas fait d'orgue avec lui) , georges Robert, qui m'a dit un jour ce qui m'a choqué, sur le moment et que je trouve aujourd'hui frappée au coin du bon sens: "On ne pense bien, on ne joue bien, on ne prie bien que le ventre plein..."

Un prophète dit quelque part: "Malheur aux repus" si "leur dieu, c'est leur ventre." Mais nous avons tous des besoins élémentaires. C'est une humilité que de le reconnaître. Je me demande si, dans son "Traité de la prière" que j'aspire à lire depuis des années (je pense que je le trouverai sur Wikisource), Balzac ne se contente pas en termes très compliqués d'expliquer cette chose très simple. (Bien sûr, j'aime Balzac, car il est encore plus compliqué que moi).

La banquise rejoint enfin ce voeu du pape actuel que "l'Eglise" devienne "un hôpital de campagne", c'est-à-dire un lieu de consolation. Aujourd'hui, les gens ont besoin d'être consolés. Vous-même, M. l'abbé, le disiez dans votre entretien avec mgr de Moulins-Beaufort, avec qui j'ai entretenu une brève correspondance. Brève, mais inoubliable, par le respect que témoignait ce pas encore évêque, mais secrétaire du cal Vingt-trois, à "l'avorton" que j'étais, et qui se permettait de lui parler ex cathedra...

dans une société traditionnelle, on avait besoin de solitude. Aujourd'hui, se sentir seul est source de dépression. Sans compter qu'on n'est plus capable d'être seul. Si je "mesure sur moi", j'ai tellement peur de m'endormir en étant déconnecté, que je ne passe presque pas une nuit sans écouter la radio dans une de mes oreilles, au risque d'être réveillé constamment. On a peur de s'endormir car on ne se sent plus consolé ni de taille pour affronter les petites ou les grandes morts. (Ce n'est pas que la société ne sache plus regarder la mort en face comme on le dit trop souvent, elle ne montre que ça tous les soirs au JT, mais elle n'est plus préparée à l'agonie, donc elle a peur du silence).

Le pape a beau demander à l'Eglise d'être un "hôpital de campagne", expression que je ne comprenais pas d'abord (j'ai si peu fait la guerre et on n'est plus armé pour le combat spirituel), les communautés chrétiennes dans lesquelles on évolue aiment le mot étonnant et désuet, mais sont à cent lieues de pratiquer la chose. On n'y pratique plus la plus élémentaire des charités. On est dans un entre soi intellectuel qui n'est pas appuyé sur une vie fraternelle et communautaire et qui n'accueille pas les gens qui voudraient entrer dans l'Eglise ou dans la foi.

L'Eglise se dit "en sortie missionnaire", mais reste enfermée dans ses bâtiments. "J'avais faim et vous avez discuté de ma faim." J'ai entendu un jour un homme supplier d'être baptisé sur-le-champ, car "on voulait assassiner son âme", et à qui on a expliqué qu'il fallait attendre deux ans, au terme d'un chemin catéchuménal dans lequel il n'aurait pas pu s'inscrire, car il n'était plus en possession de ses facultés mentales. Or le Christ est-Il venu pour les bien-portants ou pour les malades? Cet homme avait dit en peu de mots quel était le sens du baptême.

Bref, votre billet tombe à pic, M. l'abbé.

Julien

SebCaro 17/06/2016 08:40

Merci Monsieur l'abbé pour ce billet tellement réel.

Puissions-nous continuer dans cette réelle amitié à demander des prières les uns pour les autres.

N'ayons pas peur de quémander.

"Demandez et vous obtiendrez".

Caro.

Ewondo 17/06/2016 03:45

Merci, Monsieur l'abbé, votre texte m'a conquis !

J'aurais eu tant de questions à vous poser à Paris ... mais le temps n'était sans doute pas venu.

Pierre.

Madame Zouave 16/06/2016 23:14

Merci Monsieur l'abbé pour ce très beau texte qui décrit si bien notre banquise.

Madame Zouave

Yvette 16/06/2016 19:06

Je vous prie chers amis d excuser mon commentaire si laconique mais sous le coup de la reconnaissance pour ce que doit être et rester notre heureuse rencontre Deo gracias Yvette

Yvette 16/06/2016 18:27

Merci monsieur l Abbe Yvette

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