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26 décembre 2016 1 26 /12 /décembre /2016 06:30
" Heureux les humbles " par l'abbé de Tanoüarn

 

Nous avons célébré Noël et nous entrons dans ce que la liturgie appelle « l’octave » de cette fête.

 

L’octave ? C’est huit jours la fête. Huit jours pour comprendre, pour scruter, pour aimer.

Huit jours hors du commun des jours, huit jours habités par cette lumière de Noël qui nous renseigne tant sur notre véritable destinée.

On parle, dans le monde, de la trêve des confiseurs, c’est-à-dire d’un long moment d’oisiveté où l’on n’aurait pas d’autre but que d’enrichir les confiseurs, au détriment de notre santé.

C’est absurde ! Cette semaine offre plutôt comme une longue chambre d’échos où  le chant des anges, Gloire à Dieu dans les cieux et paix sur terre aux hommes de bonne volonté, résonne en notes successivement recueillies et triomphantes dans nos mémoires attentives.

 

 

Huit jours de triomphe pour ce roi qui, en devenant homme, a proféré sa vérité et la nôtre.

Noël est une borne lumineuse dans chacune de nos destinées. A Noël, Dieu s’est intéressé à nous, Dieu nous a aimés au point de se faire l’un d’entre nous, sans autre signe distinctif que les langes qui emmaillotaient son corps.

 

Bientôt ce Messie attendu offrira son corps, conformément aux Ecritures. Mais pour lors, à sa naissance, tout baigne dans une extraordinaire légèreté. Curiosité d’abord, celle des Bergers, ces outlaws qui sont les premiers au courant, et qui déclarent comme des prophètes : Videamus hoc verbum quod factum est, quod Dominus ostendit nobis (Lc 2, 15). « Voyons ce Verbe qui a été faite, que le Seigneur nous a montré ».

 

 

Cette curiosité est satisfaite dans l’exacte mesure où elle se manifeste : « « Voyant l’enfant dans la mangeoire, ils connurent au sujet de ce Verbe, qui leur avait été dit au sujet de cet Enfant ». Ils connurent ! Que connurent-ils ? Au-delà des apparences qu’offre ce bambin, ils découvrent l’infinie tendresse d’un Dieu qui se donne à aimer. Plus de peur !

L’Infini devient accessible. Cette curiosité est sans doute ce qui nous manque, face au Mystère de la Crèche : nous détaillons une scène trop connue, mais nous n’avons pas souci de VOIR au-delà des apparences, de découvrir l’Infini dans le fini.

 

 

Admiration ensuite, non seulement de la part des bergers, mais de la part de tous les habitants du village, auprès desquels les bergers se sont répandus et qui viennent eux aussi, poussés par une curiosité inextinguible. « Et tous ceux qui ont pu entendre se sont étonnés au sujet de ce qui leur avait été dit par les bergers ». Le rôle des Bergers est de renvoyer immédiatement la parole qu’ils ont reçue. Ce ne sont pas des spirituels et c’est pourquoi ils prophétisent pour les autres. En contraste avec cette extraversion, qui reste providentielle, mais à propos de laquelle on sent presque comme un blâme (ces bergers parlent trop : ils vont déchaîner la colère d’Hérode), l’Evangéliste évoque alors d’un mot la figure de Marie : « Marie sa mère observait toutes ces paroles (en grec, c’est le mot utilisé pour l’observation de la Loi) en les agitant ensemble dans son cœur ».

 

 

 

Marie nous est-il dit s’ouvre jusqu’au plus profond d’elle-même, elle ouvre le sanctuaire de son cœur, pour y placer ces paroles, mais cela ne l’empêche pas de les scruter pour tenter d’en pénétrer la signification révolutionnaire. Elle découvre petit à petit les recoupements à travers lesquels l’Esprit de Dieu se fait connaître – petit à petit – à l’esprit de l’homme.

 

 

Devant le mystère de Noël, sommes-nous comme les bergers des caisses de résonnance pour la Parole qui nous laisse enthousiastes ?

Sommes-nous de simples auditeurs admiratifs, comme les autres santons de cette première crèche vivante ?

Ou sommes nous, comme Marie, touchés jusqu’au cœur par cette Révolution spirituelle que Marie avait chantée dans son Magnificat : « Il a déposé les Puissants de leur trône pour élever les humbles ».

 

Heureux les humbles !

 

 

Merci monsieur l'abbé .

 

C'est agréable de commencer la journée

avec un si beau texte .

 

Belle journée à tous .

Et bonne octave de Noël .

 

Mortimer 

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Publié par : Mortimer
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Julien 26/12/2016 16:22

Cher Pierre,

Compassion pour le drame qui survient à votre ami prêtre et qui, comme vous le notez, risque de le marquer à vie.

J'écris en attendant le prêtre qui présidera notre mariage en vue de la première séance de préparation, et dans les affres d'une bronchite assez carabinée.

Les bergers sont comme la samaritaine ou comme un des premiers malades guéris de l'Evangile selon Saint-Marc, ils se répandent, ils ne peuvent pas se taire. Ils ont entendu le chant des anges, le gloria, le plus beau chant de la liturgie selon moi.

Y a-t-il encore beaucoup d'"hommes de bonne volonté"? Voilà bien une question que je n'aurais pas posé il y a quinze ans.

La Parole se médite, se rumine, se mange et puis s'"observe". Marie comme observante de la Parole. Elle aussi a entendu une salutation angélique. Mais celle-ci était plus intérieure que le chant qu'ont reçu les bergers. Les bergers ont reçu les premiers effets de la Promesse de l'ange Gabriel à Marie concernant le caractère salvifique de "cet homme nommé Salut", au cours de ce Mystère subversif devenu folklorique nommé Noël.

Subversif, car le fils de l'Homme accomplit son modèle d'humanité dans une tribu d'exception, tantôt portée aux nues, tantôt haÏe: le peuple d'Israël. Et le huitième chapitre de Lumen gentium a raison de saluer Marie comme cette "fille d'Israël", première de cordée de l'Eglise de Jésus-Christ, Son fils, dont elle observe le Mystère avant de le comprendre.

Marie fait naître Jésus-Christ et naît à Jésus-Christ, et naît en Jésus-Christ, comme nous devons tous faire.

Marie naît à la Puissance de ce Roi, son fils, qui renverse les puissants, comme le chante le Minuit chrétiens, malheureusement déprécié de nos jours, alors qu'il parle non seulement du "courroux divin" qu'il faut apaiser, mais aussi de ces "puissants du jour" qui doivent courber le front, et qu'il dit surtout: "Le Rédempteur a brisé toute entrave,
La terre est libre et le ciel est ouvert.
Il voit un frère où n'était qu'un esclave,
L'amour unit ceux qu'enchaînait le fer."

"Accessible infini". La formule fait utilement contrepoint au titre de ce très beau recueil de chroniques de Michèle Reboul, une ancienne de "Monde&vie" dont j'avais fait la connaissance un jour à duroc où je l'ai rencontrée par hasard, livre que j'ai lu à sa parution de la première à la dernière page: "L'Invisible Infini".

Le "Minuit chrétiens" fait partie du folklore de Noël. L'Eglise s'émerveille certes des paroles du pape françois sur la "piété populaire" dans la mesure où celle-ci ferait vivre des mythes qui ne sont pas des mensonges. Mais il ne faut pas que cette piété populaire raconte la vérité d'une rencontre divino-humaine ou se réduise à un folklore. L'Eglise de Jésus-Christ ne croit plus guère au miracle et ne se croit plus assez incarnée ou déjà trop savante pour reconnaître qu'elle relève d'un folklore dont ne dépend pas notre foi, mais auquel elle est adossée.

Le folklore de Noël n'a pas seulement été souvent renié comme dans le "Minuit chrétiens". Il n'est pas seulement terriblement dévoyé par ce qu'en a fait le consumérisme dont le premier détournement a commencé par le détournement du petit Jésus en Père Noël que ses adversaires avaient raison de considérer comme une grave atteinte au sens de Noël. Il est également détourné, d'un autre côté, par le caractère bucolique de ces chants de Noël qui désormais ambiancent tous nos supermarchés:
"Lorsque l'Enfant paraît, Le cercle de famille/Applaudit à grand bruit", et puis maudit l'Enfant.

Tout le drame de la vie de Jésus se joue dans cette promesse de déception. Les hommes seront infidèles à l'émerveillement qu'ils éprouvent devant l'Enfant divin. Cette déception fera frémir le Cœur de l'Enfant qui naît aussi en vue de souffrir pour nous. Et malheureusement aussi pour occasionner de la souffrance, pour être une pierre d'achoppement, un signe de division et de contradiction. Il fera souffrir le cœur transpercé de Marie que le glaive de Son indépendance, puis que Sa passion transpercera, de Marie retirée au désert des hommes après l'attaque du dragon, raison pour laquelle toutes ses apparitions revêtent si souvent une teinte catastrophistes. La naissance de Jésus ne sauve pas avec ce caractère d'évidence qui interdirait d'en douter. Le martyre de Jésus suffit une fois pour toutes. Et pourtant la naissance de Jésus fait des morts, du massacre des innocents aux suicidés de chaque Noële, de chaque trêve des confiseurs, de chacune de ses octaves où l'on connaît le pic annuel des enterrements (curieusement ici, moins que les autres année). Pourquoi cette distorsion entre la Rédemption et tant de morts inexpliquées comme autant d'"ombres au tableaucomme l'écrit Pierre?

Mais comme je l'ai entendu hier matin à la messe du Jour de Noël que j'eus l'honneur d'accompagner, "nous ne sommes pas là pour maudire les ténèbres, mais pour allumer une lumière."

Bonne octave à toute la banquise!

Julien, qui ne vous oublie pas

Ewondo 26/12/2016 13:08

Merci, Monsieur l'abbé, je vais lire et relire votre merveilleux texte sur la naissance du Sauveur.

Une grande ombre au tableau chez nous : le père Maurice de Chartres, membre de Lourdes Cancer Espérance et que je connais bien, a eu un grave accident de voiture ... voiture écrabouillée, lui en est sorti indemne mais hélas, sa passagère a été tuée.

On peut imaginer quel calvaire ce doit-être pour un conducteur un évènement aussi tragique, mais pour un prêtre, ce doit être un cauchemar qui dure toute la vie.

Alors, si je puis solliciter vos prières ce soir pour cette paroissienne passagère et pour le père ...

Le père Maurice est Camerounais et qui plus est Ewondo, chaleureux et attachant.

Pierre.

Madame Zouave 26/12/2016 18:57

Cher Pierre, je vais bien sûr prier pour le repos de l'âme de la paroissienne passagère du Père Maurice et aussi et surtout pour le Père Maurice que je connais, me semble-t-il.

Madame Zouave

Madame Zouave 26/12/2016 09:20

Grâce à M. l'abbé, que j'ai eu le plaisir de saluer hier, nous savons ce que nous devons faire cette semaine : méditer le mystère de la naissance du Sauveur. Merci M. l'abbé.

Madame Zouave

SebCaro 26/12/2016 08:05

Merci Monsieur l'Abbé pour cette méditation.

Bonne journée à toutes et à tous.

Caro.

LR 26/12/2016 06:43

De quoi méditer, en effet ! Merci Monsieur l'Abbé.
LR

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