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2 décembre 2017 6 02 /12 /décembre /2017 13:29
"L'Avent " par l'abbé Guillaume de Tanoüarn

 

« Omnes qui te expectant non confundentur » répète-t-on souvent en latin durant le premier dimanche de l’Avent, comme pour résumer toute cette période. Mais qu’est-ce que l’attente de Dieu ? La perception d’un manque. Dieu nous manque-t-il ? Il ne manque pas à l’épanouissement de nos désirs animaux. Mais ceux-là ne satisfont pas vraiment…

 

 

Comme le remarquait Freud, qui n’avait pas tort sur toute la ligne, la satisfaction c’est la disparition de l’excitation, que ce soit une excitation purement charnelle ou un désir d’avoir tel objet (on est alors saisi par la fameuse fièvre acheteuse, la concupiscence des yeux) ou encore une volonté de puissance, un désir de l’emporter sur l’autre dans le fameux triangle de la jalousie, où l’objet désiré ne représente en fait que le moyen pour moi de l’emporter sur un autre.

 

Telles sont d’ailleurs les trois concupiscences repérées déjà par l’apôtre Jean dans sa première Epître. Cela nous fait du bien de réentendre cette doctrine des trois concupiscences, reprise par saint Augustin ou par Pascal. Le ton est solennel : « N’aimez ni le monde ni ce qui est dans le monde. Si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est pas en lui. Car tout ce qui est dans le monde est ou concupiscence de la chair ou concupiscence des yeux ou orgueil de la vie : ce qui ne vient pas du Père mais du monde. Or le monde passe et la concupiscence du monde passe avec lui. Mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement » (I Jean 2, 15-17).

 

 

L’attente de Dieu naît quand on a saisi l’insuffisance et le mensonge des trois concupiscences. Attention ! Chacune d’entre elles nous apporte une forme de plaisir, mais à un moment ou à un autre, nous sommes renvoyés à l’insuffisance de ce plaisir. Nous savons obscurément que « l’argent ne fait pas le bonheur » que « Post coïtum omne animal triste (il s’agit de l’aspect animal de la chose qui n’est bien sûr pas le seul), et que l’orgueil rend ombrageux, ténébreux, sans cesse insatisfait. Bref les concupiscences nous tirent toujours à hue et à dia mais elles ne rendent pas heureux, parce qu’elles sont incapables de nous donner la joie.

 

 

Cette joie, d’une manière ou d’une autre, nous l’avons expérimenté auprès de Dieu : « J’étais dans la joie quand on m’a dit : partons vers la maison du Seigneur » (Ps. 121). A quelle occasion ? C’est souvent d’une manière totalement imprévisible. « Je viendrai comme un voleur » nous dit le Fils de l’homme. Cette joie que nous avons éprouvée soit à propos d’un événement de notre existence, soit à la dérobée sans que rien ne vienne nous en prévenir, au cours d’une lecture, à l’occasion d’une cérémonie liturgique, d’une prière personnelle ou simplement dans la solitude de la quête du sommeil, cette joie nous signifie que notre condition humaine s’épanouit au-delà de ce monde pour reprendre l’expression de l’apôtre Jean. Rien ne l’explique ou ne la justifie dans notre vie quotidienne, elle vient de Dieu et elle nous ramène à Dieu.

 

 

Cette joie c’est le prolongement, en nous de l’Incarnation du Verbe de Dieu, c’est le Noël de notre cœur. Saint Bernard expliquait qu’il y a trois avènements de Dieu dans notre monde ; le premier a eu lieu lors du premier Noël dans la grotte de Bethléhem. Il a été annoncé par les prophètes (Isaïe 9, 6 : « Un petit enfant nous est né un fils nous a été donné. Il sera appelé l’Admirable, le Conseiller, Dieu fort, Père du siècle à venir, Prince de la paix ») ; le dernier avènement n’a pas encore eu lieu, c’est celui qui suit le signe du Fils de l’homme qui se montrera du Levant au Couchant, celui du Christ juge des vivants et des morts. Entre temps, nous est donné si nous le voulons l’avènement du Christ dans notre cœur, dont le signe est la joie intérieure. Faisons en sorte, c’est le sens du temps de l’Avent, de préparer l’étable de notre cœur à l’avènement de son Seigneur. Cherchons Dieu, désirons ce Dieu qui s’est donné à nous en Jésus Christ, car « celui qui cherche trouve, celui qui demande reçoit, et à qui frappe on ouvrira » (Matth. 7, 8). N’ayons pas peur de demander au Seigneur sa présence en nous, présence rassurante dans le brouillard givrant de notre existence, au milieu de ces ombres que la Bible appelle « les ombres de la mort »

Guillaume de Tanoüarn .

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commentaires

E
Merci cher Monsieur l'abbé pour ce merveilleux texte que j'ai lu plusieurs fois et relirai encore.

Pierre.
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M
Beau texte à méditer. Merci Monsieur l'Abbé.
La suite, le jour de Noël, au Centre Saint Paul ?

Madame Zouave
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L
Merci Monsieur l' Abbé.
J'aime bien cette période de l'Avent, où nous pouvons tout à loisir oublier l'incessant matraquage de la pub ambiante qui ne songe qu'à la ripaille...
LR
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