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16 juin 2011 4 16 /06 /juin /2011 12:15

 

Un évêque au cœur grand comme le monde

 

Marseille.

Evêché                                                                                      250px-Św. Eugeniusz de Mazenod

21 Mai 1861

 

Dans la chambre de l’évêché, quelques Oblats entourent le lit où Eugène de Mazenod vient de mourir. Il était évêque de Marseille depuis 1837.

Pendant 24 ans, il avait été le pasteur de cette ville en pleine expansion. Egal à lui-même, il déroute et enthousiasme , tout à la fois, avec son amour « tendre comme  celui d’une mère » mais aussi  « dur et fort comme le diamant « Ses colères avaient résonné jusqu’à Rome et avaient fait trembler certains membres du gouvernement. Mais sa tendresse était légendaire et les petites gens de Marseille l’avaient adopté comme leur Père.

La nouvelle de sa mort se répand en ville comme une traînée de poudre. Quelques prêtres, qu’il avait obligés à vivre en communauté en profitent pour reprendre leur indépendance. Mais le peuple de Marseille se sent orphelin et va confier sa peine à Notre Dame de la Garde. Quant à ses fils, les Oblats, dispersés dans le monde, ils recueillent ses dernières paroles : «  Entre vous pratiquez la charité … et à l’extérieur le zèle… »

Monseigneur de Mazenod, pourquoi être devenu évêque ? 

Pendant les 10 années qui suivent la reconnaissance des Oblats, tes missionnaires sillonnent la Provence et découvrent les oubliés de la révolution industrielle, les marginaux de toute espèce. Mais ce coin de France ne peut suffire à ta soif de dire le Christ et tu te sens à l’étroit .Tu entends parler des terres lointaines d’Afrique du Nord , d’Amérique et d’Asie. Un jour tu confies : » je voudrais faire entendre ma voix dans les quatre coins du monde . »

Aussi, devenir évêque de Marseille, c’est trouver une mission à la mesure de ton audace, à la dimension de ton cœur grand comme le monde .

Dans cette ville déchristianisée, tout est à reconstruire. Tu y déploies toute ton énergie. Tu construit 34 églises, la cathédrale de la Major et Notre Dame de la Garde. Tu fais venir des familles religieuses dont les Jésuites, que tu défends contre la menace d’expulsion. Tu formes le clergé et tu obliges les paroisses riches à partager avec les plus pauvres. A l’évêché tu «  joues portes ouvertes . » Tu cours la ville pour aller voir les malades, les prisonniers. ; Les cérémonies officielles  t’ennuient, mais tu te sens heureux au milieu des enfants et des jeunes.

 

 

 

Ta voix se fait entendre pour fustiger l’égoïsme des nouveaux riches. Tu dénonces les « magouilles «  en tout genre. Tu condamnes les injustices sociales d’où qu’elles viennent et personne ne peut acheter ton silence, pas même l’Empereur.

Dans cette ville cosmopolite, les bateaux apportent les nouvelles du monde entier. Marseille est une ville étape pour les évêques se rendant à Rome. C’est ainsi que tu entends les plaintes de l’évêque de Montréal : il manque de missionnaires pour évangéliser le Grand Nord. Ta congrégation ne comporte qu’une quarantaine de membres. Tu lui en donnes six ! Cette » folie » est la première de la liste et, après le Canada, tu envoies les Oblats au Sri Lanka, aux Etats Unis, en Afrique du Sud, en Irlande, au Mexique, en Ecosse. A chaque fois, tu aimerais faire plus encore : « Je voudrais pouvoir fournir des missionnaires au monde entier. » Un évêque cherche t-il du personnel, on lui dit : « Allez donc à Marseille. Il y a un évêque dont le cœur est grand comme celui de Paul, grand comme le monde .Mais surtout dites lui bien qu’il s’agit des pauvres. « 

Dans cette ville en croissance un monde nouveau est en train de naître, loin de l’Eglise. Tu sors des sentiers battus, même si cela déplaît. Tu soulèves l’enthousiasme chez ceux qui n’osent encore s’engager : «  Je t’en conjure, ne te refuse pas au plus grand bien qu’il te soit possible de faire dans l’Eglise. «  Tu renonces aux sermons ennuyeux et tu sais parler au cœur : «  Ils m’écoutent parce qu’ils me comprennent. « 

Ton unique souci c’est l’homme. Tu organises des secours immédiats et tu inventes pour le long terme. Tu secoues les chrétiens : » Vous devez veiller à l’enfant, au vieillard, au malade, au pauvre, à l’ouvrier, au prisonnier, au riche lui-même si pauvre devant Dieu. La Charité embrasse tout. Pour des besoins nouveaux, elle invente des moyens nouveaux .»Tu leur lances un jour de grande colère : » pour vous tout marche par routine. Votre tort est de ne rien innover. Vous faites aussi peu et aussi mal qu’avant  vous . »

Evêque de Marseille, tu t’es ouvert à la dimension du monde. Tu laisses à tes fils ta double devise épiscopale : » le zèle de ta maison me dévore… Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres . « 

UN SAINT POUR AUJOURD’HUI

Rome- Basilique Saint Pierre- Décembre 1995

Devant une foule immense, venue des quelques 70 pays où les Oblats sont présents dans le monde, le pape proclame solennellement : » Nous, pour accéder au désir de l’archevêque de Marseille et de nombreux fidèles, de par notre autorité apostolique, déclarons que le Bienheureux Eugène de Mazenod peut désormais être appelé  SAINT et que l’on peut célébrer sa fête dans l’Eglise universelle. « 

Pourquoi cette longue cérémonie ? N’est elle pas dépassée aujourd’hui ? Quel sens cela peut –il avoir ? Un Saint, ça sert à quoi ?

 

Saint Eugène. Pourquoi ?

Il faudra s’habituer à t’entendre appeler ainsi ! D’abord , je voulais que tu m’excuses de t’avoir tutoyé jusqu’à maintenant. Je continue, même si tu deviens «  Saint Eugène «  Ce n’est pas un manque de respect. Au contraire ! Trouves-y plutôt une marque d’affection.

Saint Eugène ! Tu me parles aujourd’hui.

Je me retrouve en toi. Je me retrouve dans ton époque, avec ses bouleversements économiques et industriels, avec ses nouveaux riches et ses marginaux . Je me retrouve dans ta ville où se croisent les races, les langues et les religions. Je me retrouve dans ton adolescence déboussolée et dans ta famille brisée. Je me retrouve dans tes projets d’avenir sans lendemain et dans tes brusques désespoirs. Je me retrouve dans ta soif de vivre, dans tes besoins d’amitié et dans ta volonté de faire quelque chose de ta vie . Je me retrouve encore dans tes doutes et dans ta recherche religieuse .

Saint Eugène ! Tu me parles aujourd’hui.

Tu m’enthousiasmes par ta façon  de croire au Christ et de le suivre. Tu m’enthousiasmes quand tu le cherches comme moi à travers la foi de ton enfance et à travers les doutes de ton adolescence. Comme moi, tu as cru l’avoir perdu définitivement dans tes sorties nocturnes et dans ta recherche d’une vie facile. Quand tu l’as découvert, il était devenu pour toi Quelqu’un et non une idée, un Vivant et non une loi, un Ami et non une morale. Tu m’enthousiasmes parce que tu t’es donné à Lui avec fougue et la générosité de ta jeunesse. Tu m’enthousiasmes et j’aimerais, comme toi, pouvoir dire oui à un Christ comme celui-là.

Saint Eugène ! Tu me parles aujourd’hui.

Tu m’attires parce que tu as su rester toi-même. Tu m’attires toi qui as su garder ton caractère et tes coups de colère .

 

Tu m’attires car l’évêque est resté amical et tendre, mais en même temps exigeant et ne laissant rien passer. Tu m’attires quand tu refuses de te taire même si tu prends des coups. Tu m’attires et j’aimerais pouvoir aimer l’homme comme toi, me battre comme toi jusqu’au bout contre toutes les exclusions.

Saint Eugène ! Tu me parles aujourd’hui.

Tu m’impressionnes par ta façon d’aimer l’Eglise. Tu m’impressionnes quand, au lieu de la déserter, tu travailles à la réveiller. Tu m’impressionnes quand tu fais ce que j’attends de ses prêtre, quand tu la rends plus proche des pauvres et des oubliés. Tu m’impressionnes quand tu souffres des coups de tes frères évêques ou du lâchage de Rome . Tu m’impressionnes et je rêve d’aimer un jour l’Eglise comme toi .

Comme moi, tu es un homme de chair et de sang, avec tes tendresses, avec tes larmes et tes souffrances… Tu es un chrétien comme j’aimerais l’être, séduit par le Christ, dans les moments de foi comme dans les doutes . Tu es un lutteur pour les pauvres, comme j’espère le devenir et qu’aucune détresse, aucun malheur ne laissent indifférent .

Surtout , tu ne m’écrases pas, malgré ta personnalité. Tu me fais confiance et tu me fais grandir…

Peut-être que le Pape, quand , tout à l’heure, il parlera de toi, ne se retrouvera pas tout à fait dans tout cela. Mais, pour moi, tu es cela. Pour moi, ta sainteté, c’est cela. Tu as suivi ce chemin et déjà, tu m’y tends la main. Tu me prends la main. 

                                                   Saint Eugène , merci

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