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28 juin 2018 4 28 /06 /juin /2018 09:56

 11 juin 2018

Saint Barnabé

 

J'ETAIS UN ETRANGER ET VOUS M'AVEZ ACCUEILLI.

 

Nous connaissons tous l'histoire de peuple de l'ancienne Alliance, au moins dans les grandes lignes.

 

C'est comme étranger que ce peuple a pris sa première forme, en exil en Egypte. D'abord bien accueilli grâce à Joseph, il a ensuite connu l'esclavage et une liberté chèrement acquise par la traversée de la mer Rouge, puis du désert pendant quarante ans. Cette réalité originelle a été souvent rappelée à ce peuple, et c'est pourquoi Yahvé lui a demandé d'acueillir l'étranger. Le pape François rappelle que cette exigence de droit divin est toujours actuelle: "L'immigré qui réside avec vous sera parmi vous comme un compatriote, et tu l'aimeras comme toi-même, car vous-mêmes avez été immigrés au pays d'Egypte. Je suis le Seigneur votre Dieu" (Lv 19, 34), et plus forte encore est la condamnation de Jésus: " J'étais étranger et vous ne m'avez pas accueilli" (Mt 25, 35). Le magistère insiste sur ce point depuis au moins Pie XII. Il est clair que ce message ne rencontre pas un grand enthousiasme auprès des européens, même auprès des catholiques. Il y a des raisons à cela; le terrorisme; les viols, le chômage et la défense de l'identité des pays accueillants. Certains prétendent que les évangiles ne concernent que les individus et non pas l'Etat. Ce point-là manque de précision.

 

Faut-il donc acueillir tous les étrangers sans aucune limite et sans prudence politique ?

 

Je crois qu'il est bon de rappeler une distinction entre les commandements positifs (dits aussi affirmatifs) qui exigent de faire le bien, et les commandements négatifs qui interdisent de faire le mal. Ces derniers valent pour tous, toujours, à tout instant, et en tout lieu. "Ne pas tuer l'innoccent, ne pas commettre d'impuretés, ne pas voler et ne pas mentir" sont valables sans exception. Il n'y a pas de circonstance extrinsèque qui permettrait de les commettre. Par contre, pour les commandements positifs, bien qu'ils soient à priori toujours valables, ce n'est pas à tout instant. Leur application doit tenir compte des circonstances qui la rendent possible, opportune, ou non, et déterminent la mesure selon laquelle les exécuter. Par exemple " faire l'aumône" exige que l'on aide les pauvres maisn'oblige pas à mettre en péril sa propre famille ou son pays. C'est ce qu'enseigne le Catéchisme de l'Eglise Catholique au n° 2241:

 

"Les nations mieux pourvues sont tenues d'accueillir autant que faire se peut l'étranger en quête de la sécurité et des ressources vitales qu'il ne peut trouver dans son pays d'origine. Les pouvoirs publics veilleront au respect du droit naturel qui place l'hôte sous la protection de ceux qui le reçoivent. Les autorités politiques peuvent en vue du bien commun dont ils ont la charge subordonner l'exercice du droit d'immigration à diverses conditions juridiques, notamment au respect du devoir des migrants à l'égard du pays d'adoption. L'immigré est tenu de respecter avec reconnaissance le patrimoine matériel et spirituel de son pays d'accueil, d'obéir à ses lois et de contribuer à ses charges.

 

Ainsi, un pays peut décider de fermer ses frontières à tel type d'immigration si elle présente objectivement un danger important, qu'il soit économique ou politique, à court ou à long terme, et cela sans aller contre le commandement de Dieu.

 

Saint Benoît demande que l'on accueille l'étranger comme le Christ; et qu'on lui témoigne toutes les marques d'humanité. Et il ajoute qu'on  devra d'abord prier ensemble pour déjouer les ruses du démon, puis lire un passage de l'Ecriture.Enfin, il précise que si l'hôte est exigeant, on le priera de se retirer.

 

F. Louis-Marie, O.S.B.

 

 

   "Les amis du monastère" N° 166, du 11 juin 2018.

 

 

Merci à Adeodat pour le partage

 

 

Mortimer 

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14 février 2018 3 14 /02 /février /2018 11:13

 

 

 

Le Carême du pape

 

 

 

La dernière lettre de Carême que nous envoie le pape François lui ressemble comme un gant s’adapte à une main. On est frappé par le ton apocalyptique qu’il prend. Un ton qui intime le réveil. Il met en garde contre les « charmeurs de serpents », les « charlatans » ou « les escrocs » qui utilisent les émotions humaines « pour réduire les personnes en esclavage ». Il stigmatise « l’attraction des plaisirs fugaces, confondus avec le bonheur ». « Que des personnes vivent en pensant se suffire à elles-mêmes et tombent en proie à la solitude ! » « À combien de jeunes a-t-on proposé le faux remède de la drogue, des relations “utilise et jette”, des gains faciles, mais malhonnêtes ! »

Le pape souligne que ces « faux prophètes » offrent « des choses sans valeur », qui les privent de ce qui est le plus précieux : « la dignité, la liberté et la capacité d’aimer ». « C’est la duperie de la vanité, qui nous conduit à faire le paon… pour finir dans le ridicule », déclare-t-il roidement.

 

 

 

Reprenant l’image du diable assis sur son trône de glace que l’on trouve dans l’Enfer de Dante, rejoignant Georges Bernanos, déclarant à plusieurs reprises « l’enfer c’est le froid », il interroge : « Comment la charité se refroidit-elle en nous ? » Il stigmatise alors « l’avidité de l’argent », cette « racine de tous les maux » (I Tim 6, 10), expliquant que l’idolâtrie de l’argent provoque « le refus de Dieu », interdisant de « trouver en lui notre consolation ».

 

Ce pape n’oublie jamais que catholique signifie universel. Il rejoint, comme au soir du premier Noël, « tous les hommes et femmes de bonne volonté », surtout « si vous êtes, leur dit-il, comme nous chrétiens, affligés par la propagation de l’iniquité dans le monde ». Et de dégainer les trois « doux remèdes » : « La pratique de l’aumône libère de l’avidité », la prière met au jour les « mensonges secrets » et le jeûne « réduit la force de notre violence ».

 

 

GT

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24 décembre 2017 7 24 /12 /décembre /2017 22:45
Fêtons Noël !  par monsieur l'abbé Guillaume de Tanoüarn

 

Il faut savoir fêter Noël, reproduire pieusement les vieilles coutumes de nos anciens, car elles portent un enseignement très profond, qui tient du cours de catéchisme, d’une alliance avec la nature, et des travaux pratiques de religions.

 

Que l'on ne se dise jamais de Noël : encore un de passé, que l'on soit capable de retrouver chacun l'enfant aux yeux écarquillés qu'il ou elle a été, en sachant recevoir les cadeaux de nos proches, en apprenant à les faire, avec une intention et une attention particulière envers chacun.

Certains vous diront : les cadeaux, ce n'est pas chrétien... Ah bon ! Et apprendre à donner, ce n'est pas chrétien ? Apprendre à recevoir avec gratitude comme le dixième lépreux guéri, le seul qui soit venu remercier Jésus de sa guérison et dont l'évangéliste note sobrement : "C'était un Samaritain". Un Samaritain devenu chrétien par le cadeau de la santé...

 

Apprendre aussi qu’il y a encore plus de joie à donner un cadeau bien choisi et dont on sait qu’il fait plaisir à la personne que l’on veut remercier d’exister, qu’à recevoir pour soi tous les cadeaux du monde. Noël nous aide à réactiver nos cœurs et à sortir du calcul don-contre-don pour nous apprendre à faire plaisir gratuitement.

 

Noël c'est aussi une liturgie, la liturgie de la crèche dans laquelle on dépose l'Enfant Dieu, car dans une vraie crèche, c’est ce soir et pas avant qu’arrive l’enfant Jésus.

Quant aux mages, on les attendra jusqu’au 6 janvier.

Cette liturgie de la crèche est l’une des rares liturgies domestiques qui nous reste, une liturgie qui rassemble la famille. Nous préférons parfois nos amis (que nous avons choisis) à notre famille que nous ne choisissons pas et au sein de laquelle nous pouvons ressentir ou de la jalousie ou une volonté de revanche ou telle plaie mal fermée, blessure d’amour propre, histoire de gros sous etc.

 

Les réunions de Noël peuvent paraître bien artificielles, elles n’en sont pas moins fort nécessaires, elles sont, selon le chant des anges, autant de déclarations de paix entre nous. Il est parfois plus difficile d’être en paix avec ses proches qu’avec ses lointains. Il faudrait que Noël soit le jour où l’on remette les dettes de nos débiteurs.

 

Il faut être attentif également aux cantiques de Noël, ces cantiques dont on a fait des rengaines et sur lesquels il est de bon ton parfois de dauber, mais dont les paroles, simples et émouvantes ouvriraient le coeur le plus fermé : Minuit chrétien, les anges dans nos campagnes, le Divin enfant, ce n'est pas du folklore, c'est un appel de Dieu pour que nos coeurs de pierre se transforment en coeurs de chair.

 

Enfin il faut être attentif à la date de Noël, une date qui n’est pas la vraie date puisque dans la vraie histoire de l’Evangile, les bergers veillaient durant la nuit sur des troupeaux : ils ne les avaient pas rentrés à l’étable. Le temps devait être clément et la saison favorable. L’Eglise n’a jamais essayé de fêter Noël au printemps.

 

Noël c’est le solstice d’hiver, la victoire annuelle de la nature, le moment où l’obscurité recule, où il recommence à faire jour un peu plus longtemps.

Nous avons éprouvé la puissance des ténèbres, nous avons expérimenté leur prégnance. A partir de Noël, de la venue sur terre de cet Enfant, nous ressentons à nouveau le primat, malgré tout, de la lumière sur les ténèbres. Le pacte que Dieu le créateur a fait avec nous se vérifie, petit à petit, jusqu’à la Pentecôte, cet avènement de l’Esprit saint dans nos cœurs, nous comprenons que, non, rien ne s’opposera jamais absolument à la lumière, nous apprenons du rythme de la nature que, comme le dit Paul Eluard, « la nuit n’est jamais complète ».

 

Je ne dis pas Saint Noël car je ne suis pas sûr d'en être capable moi-même, de cette sainteté, mais oui : joyeux Noël à tous ceux qui veulent se souvenir de l'enfant qu'ils ont été ! A tous ceux qui ont soif de vie, à tous ceux qui croient que la lumière l’emporte toujours sur les ténèbres, à tous ceux dont le Christ (même s’ils ne le savent pas) est le solstice d’hiver.…

 

GdT

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Merci monsieur l'abbé de ce beau cadeau pour

la Banquise !

 

Joyeux Noël à tous .

 

Mortimer 

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2 décembre 2017 6 02 /12 /décembre /2017 13:29
"L'Avent " par l'abbé Guillaume de Tanoüarn

 

« Omnes qui te expectant non confundentur » répète-t-on souvent en latin durant le premier dimanche de l’Avent, comme pour résumer toute cette période. Mais qu’est-ce que l’attente de Dieu ? La perception d’un manque. Dieu nous manque-t-il ? Il ne manque pas à l’épanouissement de nos désirs animaux. Mais ceux-là ne satisfont pas vraiment…

 

 

Comme le remarquait Freud, qui n’avait pas tort sur toute la ligne, la satisfaction c’est la disparition de l’excitation, que ce soit une excitation purement charnelle ou un désir d’avoir tel objet (on est alors saisi par la fameuse fièvre acheteuse, la concupiscence des yeux) ou encore une volonté de puissance, un désir de l’emporter sur l’autre dans le fameux triangle de la jalousie, où l’objet désiré ne représente en fait que le moyen pour moi de l’emporter sur un autre.

 

Telles sont d’ailleurs les trois concupiscences repérées déjà par l’apôtre Jean dans sa première Epître. Cela nous fait du bien de réentendre cette doctrine des trois concupiscences, reprise par saint Augustin ou par Pascal. Le ton est solennel : « N’aimez ni le monde ni ce qui est dans le monde. Si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est pas en lui. Car tout ce qui est dans le monde est ou concupiscence de la chair ou concupiscence des yeux ou orgueil de la vie : ce qui ne vient pas du Père mais du monde. Or le monde passe et la concupiscence du monde passe avec lui. Mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement » (I Jean 2, 15-17).

 

 

L’attente de Dieu naît quand on a saisi l’insuffisance et le mensonge des trois concupiscences. Attention ! Chacune d’entre elles nous apporte une forme de plaisir, mais à un moment ou à un autre, nous sommes renvoyés à l’insuffisance de ce plaisir. Nous savons obscurément que « l’argent ne fait pas le bonheur » que « Post coïtum omne animal triste (il s’agit de l’aspect animal de la chose qui n’est bien sûr pas le seul), et que l’orgueil rend ombrageux, ténébreux, sans cesse insatisfait. Bref les concupiscences nous tirent toujours à hue et à dia mais elles ne rendent pas heureux, parce qu’elles sont incapables de nous donner la joie.

 

 

Cette joie, d’une manière ou d’une autre, nous l’avons expérimenté auprès de Dieu : « J’étais dans la joie quand on m’a dit : partons vers la maison du Seigneur » (Ps. 121). A quelle occasion ? C’est souvent d’une manière totalement imprévisible. « Je viendrai comme un voleur » nous dit le Fils de l’homme. Cette joie que nous avons éprouvée soit à propos d’un événement de notre existence, soit à la dérobée sans que rien ne vienne nous en prévenir, au cours d’une lecture, à l’occasion d’une cérémonie liturgique, d’une prière personnelle ou simplement dans la solitude de la quête du sommeil, cette joie nous signifie que notre condition humaine s’épanouit au-delà de ce monde pour reprendre l’expression de l’apôtre Jean. Rien ne l’explique ou ne la justifie dans notre vie quotidienne, elle vient de Dieu et elle nous ramène à Dieu.

 

 

Cette joie c’est le prolongement, en nous de l’Incarnation du Verbe de Dieu, c’est le Noël de notre cœur. Saint Bernard expliquait qu’il y a trois avènements de Dieu dans notre monde ; le premier a eu lieu lors du premier Noël dans la grotte de Bethléhem. Il a été annoncé par les prophètes (Isaïe 9, 6 : « Un petit enfant nous est né un fils nous a été donné. Il sera appelé l’Admirable, le Conseiller, Dieu fort, Père du siècle à venir, Prince de la paix ») ; le dernier avènement n’a pas encore eu lieu, c’est celui qui suit le signe du Fils de l’homme qui se montrera du Levant au Couchant, celui du Christ juge des vivants et des morts. Entre temps, nous est donné si nous le voulons l’avènement du Christ dans notre cœur, dont le signe est la joie intérieure. Faisons en sorte, c’est le sens du temps de l’Avent, de préparer l’étable de notre cœur à l’avènement de son Seigneur. Cherchons Dieu, désirons ce Dieu qui s’est donné à nous en Jésus Christ, car « celui qui cherche trouve, celui qui demande reçoit, et à qui frappe on ouvrira » (Matth. 7, 8). N’ayons pas peur de demander au Seigneur sa présence en nous, présence rassurante dans le brouillard givrant de notre existence, au milieu de ces ombres que la Bible appelle « les ombres de la mort »

Guillaume de Tanoüarn .

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14 avril 2017 5 14 /04 /avril /2017 12:30
Stabat Mater Dolorosa

 

En ce Vendredi Saint,  je vous propose de méditer sur les paroles du « Stabat Mater » avec Domenico Scarlatti (1685-1757) qui, en 1715, mis en musique ce texte du XIIIe siècle.

 

 

Stabat Mater dolorosa

Juxta crucem lacrimosa dum pendebat Filius.

Cuius animam gementem, contristatam et dolentem, pertransivit gladius.

O quam tristis et afflicta fuit illa benedicta Mater Unigeniti.

Quæ mœrebat et dolebat, Pia Mater cum videbat Nati pœnas incliti.

Quis est homo qui non fleret, Matrem Christi si videret in tanto supplicio?

Quis non posset contristari, Christi Matrem contemplari dolentem cum Filio?

Pro peccatis suæ gentis vidit Iesum in tormentis et flagellis subditum.

Vidit suum dulcem natum morientem desolatum, dum emisit spiritum.

Eia Mater, fons amoris, me sentire vim doloris fac, ut tecum lugeam.

Fac ut ardeat cor meum in amando Christum Deum, ut sibi complaceam.

Sancta Mater, istud agas, Crucifixi fige plagas cordi meo valide.

Tui nati vulnerati, tam dignati pro me pati, pœnas mecum divide.

Fac me tecum pie flere, Crucifixo condolere, donec ego vixero.

Iuxta crucem tecum stare, et me tibi sociare in planctu desidero.

Virgo virginum præclara, mihi iam non sis amara: fac me tecum plangere.

Fac ut portem Christi mortem, passionis fac consortem, et plagas recolere.

Fac me plagis vulnerari, fac me cruce inebriari, et cruore Filii.

Flammis ne urar succensus per te Virgo, sim defensus in die judicii

Christe, cum sit hinc exire, da per Matrem me venire ad palmam victoriae.

Quando corpus morietur, fac ut animæ donetur Paradisi gloria.

Amen !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Madame Zouave

 

 

 

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25 mars 2016 5 25 /03 /mars /2016 12:00

 

 

 

au XVIIIe siècle.

 

 

 

Vendredi Saint

 

 

 

La Pietà. Michel Angelo. Rome. Basilique Saint Pierre.

La Pietà. Michel Angelo. Rome. Basilique Saint Pierre.

 

 

 

Comme j’en ai fait une « tradition », en ce Vendredi Saint, méditons sur les paroles du « Stabat Mater ».

 

 

Stabat Mater dolorosa Juxta crucem lacrimosa dum pendebat Filius.

Cuius animam gementem, contristatam et dolentem, pertransivit gladius.

O quam tristis et afflicta fuit illa benedicta Mater Unigeniti.

Quæ mœrebat et dolebat, Pia Mater cum videbat Nati pœnas incliti.

Quis est homo qui non fleret, Matrem Christi si videret in tanto supplicio?

Quis non posset contristari, Christi Matrem contemplari dolentem cum Filio?

Pro peccatis suæ gentis vidit Iesum in tormentis et flagellis subditum.

Vidit suum dulcem natum morientem desolatum, dum emisit spiritum.

Eia Mater, fons amoris, me sentire vim doloris fac, ut tecum lugeam.

Fac ut ardeat cor meum in amando Christum Deum, ut sibi complaceam.

Sancta Mater, istud agas, Crucifixi fige plagas cordi meo valide.

Tui nati vulnerati, tam dignati pro me pati, pœnas mecum divide.

Fac me tecum pie flere, Crucifixo condolere, donec ego vixero.

Iuxta crucem tecum stare, et me tibi sociare in planctu desidero.

Virgo virginum præclara, mihi iam non sis amara: fac me tecum plangere.

Fac ut portem Christi mortem, passionis fac consortem, et plagas recolere.

Fac me plagis vulnerari, fac me cruce inebriari, et cruore Filii.

Flammis ne urar succensus per te Virgo, sim defensus in die judicii

Christe, cum sit hinc exire, da per Matrem me venire ad palmam victoriae.

Quando corpus morietur, fac ut animæ donetur Paradisi gloria.

Amen !

 

 

Cette année ce sera avec Tommaso Traetta (1727-1779), autre compositeur napolitain.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

à suivre …..

 

 

 

Madame Zouave

 

 

 

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25 mars 2016 5 25 /03 /mars /2016 04:43
Vendredi Saint .
Vendredi Saint .

 

 

En grande union de prières avec vous tous !

 

 

 

 

 

Mirabelle & Mortimer

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24 mars 2016 4 24 /03 /mars /2016 13:30

 

 

 

 

au XVIIIe siècle

 

 

 

 

Jeudi Saint

 

 

 

 

Cosimo Rosselli, l'Ultima Cena. Rome. Chapelle Sixtine

Cosimo Rosselli, l'Ultima Cena. Rome. Chapelle Sixtine

 

 

 

 

 

En ce Jeudi Saint, poursuivons notre méditation sur le thème des « Lamentations du prophète Jérémie », mises en musique cette fois par un autre « illustre inconnu » napolitain (mais pas si inconnu que ça *;) Clin d’œil), Francesco Durante (1684-1755).

 

 

 

 

 

 

 

 

à suivre …..

 

 

 

 

Madame Zouave

 

 

 

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23 mars 2016 3 23 /03 /mars /2016 14:03

 

 

 

 

au XVIIIe siècle.

 

 

 

Mercredi Saint

 

 

 

 

 

Jan II Van Coninxloo - Les Adieux du Christ à sa Mère.  XVIe siècle. Rouen, Musée des Beaux Arts

Jan II Van Coninxloo - Les Adieux du Christ à sa Mère. XVIe siècle. Rouen, Musée des Beaux Arts

 

 

 

 

 

Pour accompagner nos méditations au cours de ces jours douloureux de la Passion de Notre Seigneur, j’ai choisi des œuvres de compositeurs napolitains peu connus mais emplis de ferveur.

 

En ce Mercredi Saint, je vous propose d’écouter, de Niccolò Jommelli (1714-1774),  la « Lamentazione Seconda del profeta Geremia per il Mercoledì Santo ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

à suivre .....

 

 

 

 

 

Madame Zouave

 

 

 

 

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1 octobre 2015 4 01 /10 /octobre /2015 15:19
Chère banquise,
 
Sans ordinateur depuis un mois et demie quand je suis à Mulhouse, je ne m'éloigne pas de vous, mais ne puis communiquer avec vous que quand j'ai un clavier sous les doigts, avec lequel je puisse écrire.
 
Aujourd'hui où je suis à Lille pour me ressourcer dans ma tanière, j'ai particulièrement pensé à vous en lisant ce passage de l'exhortation apostolique de notre pape François, intitulé : "la force missionnaire de l'intercession."
Il constitue le troisième sous-titre avant la fin de son exhortation apostolique et est suivi d'une méditation sur Marie, mère de l'évangélisation (on pourrait  dire aussi de l'intercession), il commence au paragraphe 182 et je ne saurais trop vous encourager à poursuive votre lecture jusqu'à la fin, ce n'est pas très long.
 
Pour vous, je souligne ces quelques paroles :
 

- Saint-Paul nous a appris à avoir une prière remplie de personnes.

 

- La prière d'intercession ne nous éloigne pas de la contemplation, car la contemplation qui se fait sans les autres est un mensonge.

 

- Puis la prière se transforme en remerciement pour les autres.

 

- L'intercession est comme du levain au sein de la Trinité.

Nous obtenons de Dieu la manifestation de son émotion amoureuse et loyale vis-à-vis des créatures que nous sommes.

 

 

Je vous recommande particulièrement les paragraphes 285 et 286 de la méditation mariale qui suit.

 

Le premier parle de l'enfantement spirituel que chaque fidèle et l'Eglise tout entière continue de préparer à Jésus qui ne cesse de naître, dans la Foi qui lui sert de tabernacle.

 

Le second porte sur la sollicitude de Marie et commence par cette phrase bouleversante de simplicité que je coupe à dessein : "Marie est celle qui sait transformer une grotte pour des animaux en maison de Jésus..."

 

Puissent ces quelques paroles nous édifier, surtout en les mettant en perspective du choc donné par l'abbé de tanoüarn et son interprétation salutairement tonitruante de l'épisode de la femme adultère : quand les pharisiens veulent salir  la femme adultère, c'est à Marie qu'ils s'en prennent ; et comme le même pape François avertissait qu'il ne pourrait pas se retenir de frapper qui insulterait sa mère, Jésus s'incline sur le sable pour se retenir de cogner...

 

La piété n'est pas une évanescence tranquille. Elle ne contemple pas dans la vase. Elle retient la violence de s'emparer des âmes à la cognée comme fait le bûcheron. Jésus, le charpentier, S'est fait l'Agneau et le pasteur. Quant à Marie, elle est, nous dit le pape, dans une "dynamique de justice, de tendresse, de contemplation et de marche vers les autres." Il nous recommande de l'invoquer comme "Notre-Dame de la promptitude".

 

Bien à vous tous, chers banquisards,

 

            Julien, qui peut vous donner de bonnes nouvelles de Nathalie : elle sera de retour à la maison le 23 octobre, même si le centre de réadaptation se contente pour l'instant de la faire marcher avec un déambulateur, ce qui lui demandera beaucoup de tactique au quotidien...

 

Julien

 

 

 

 

 

Merci Julien pour ce bel article et pour les

nouvelles de Nathalie .

 

On vous garde bien sûr tous les deux dans les prières

de la Banquise .

 

 

 

Mortimer

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4 avril 2015 6 04 /04 /avril /2015 04:00
Samedi Saint
Samedi Saint

 AU MATIN.
 

    La nuit a passé sur le sépulcre où repose le corps de l’Homme-Dieu. Mais si la mort triomphe au fond de cette grotte silencieuse, si elle tient dans ses liens celui qui donne la vie à tous les êtres, son triomphe sera court. Les soldats ont beau veiller à l’entrée du tombeau, ils ne retiendront pas le divin captif, quand il prendra son essor. Les saints Anges adorent, dans un respect profond, le corps inanimé de celui dont le sang va « pacifier le ciel et la terre 73 ». Ce corps séparé de l’âme pour un court intervalle est demeuré uni au Verbe divin ; l’âme qui a cessé un moment de l’animer, n’a point non plus perdu son union avec la personne du Fils de Dieu. La divinité reste unie même au sang épanché sur le Calvaire, et qui doit rentrer dans les veines de l’Homme-Dieu, au moment de sa prochaine résurrection.

    Nous aussi, approchons de ce tombeau, et vénérons à notre tour la froide dépouille du Fils de Dieu. Nous comprenons maintenant les effets du péché. « C’est par le péché que la mort est entrée dans le monde et qu’elle a passé dans tous les hommes 74 . » Jésus, « qui n’a point connu le péché 75 », a cependant permis à la mort d’étendre jusque sur lui son empire, afin d’en diminuer pour nous les horreurs et de nous rendre, en ressuscitant, cette immortalité que le péché nous avait ravie. Adorons dans toute notre reconnaissance ce dernier anéantissement du Fils de Dieu. Il avait daigné, dans son incarnation, prendre « la forme d’esclave 76 » ; en ce moment, il est descendu plus bas encore. Le voilà sans vie et glacé dans un tombeau ! Si ce spectacle nous révèle l’affreux pouvoir de la mort, il nous montre bien plus encore l’immense et incompréhensible amour de Dieu pour l’homme. Cet amour n’a reculé devant aucun excès; et nous pouvons dire que si le Fils de Dieu s’est abaissé outre mesure, nous avons été d’autant plus glorifiés par ses abaissements. Qu’elle nous soit donc chère cette tombe sacrée qui doit nous enfanter à la vie; et après avoir rendu grâces au Fils de Dieu de ce qu’il a daigné mourir pour nous sur la Croix, remercions-le aussi d’avoir accepté pour nous l’humiliation du sépulcre.

    Descendons maintenant dans Jérusalem, et visitons humblement la Mère des douleurs. La nuit aussi a passé sur son cœur affligé ; et les scènes lamentables de la journée n’ont cessé d’assiéger sa mémoire. Le fils de sa tendresse a été foulé sous les pieds des hommes, elle a vu couler son sang par torrents; et maintenant il est dans le tombeau, comme le dernier des mortels ! Que de larmes a versées déjà la fille de David durant ces longues heures ; et son fils ne lui est pas rendu encore ! Près d’elle, Madeleine, toute brisée des secousses qu’elle a ressenties dans les rues de Jérusalem et sur le Calvaire, éclate en sanglots, muette de douleur. Elle aspire au lever du jour suivant pour retourner au tombeau, et revoir les restes de son cher maître. Les autres femmes, moins aimées que Madeleine, mais cependant chères à Jésus, elles qui ont bravé les Juifs et les soldats pour l’assister jusqu’à la fin, entourent avec discrétion l’inconsolable mère, et songent aussi à soulager leur propre douleur, en allant avec Madeleine lorsque le Sabbat sera écoulé, de poser dans le sépulcre le tribut de leur amour et de leurs parfums.

    Jean, le fils d’adoption, le bien-aimé de Jésus, pleure sur le Fils et sur la mère. D’autres apôtres, des disciples, Joseph d’Arimathie, Nicodème, visitent tour à tour cette maison de deuil. Pierre, dans l’humilité de son repentir, n’a pas craint de reparaître aux regards de la Mère de miséricorde. On s’entretient à voix basse du supplice de Jésus, de l’ingratitude de Jérusalem. La sainte Église, dans l’Office de cette nuit, nous suggère quelques traits des entretiens de ces hommes qu’une si terrible catastrophe a ébranlés jusqu’au fond de l’âme. « C’est donc ainsi, disent-ils, que meurt le juste, et personne ne s’en émeut! Il a disparu devant l’iniquité; semblable à l’agneau, il n’a pas ouvert la bouche; il a été enlevé au milieu des angoisses ; mais son souvenir est un souvenir de paix 77 . »

    Ainsi parlent ces hommes fidèles, pendant que les femmes, en proie à leur douleur, songent aux soins des funérailles. La sainteté, la bonté, la puissance, les douleurs et la mort de Jésus, tout est présent à leur pensée ; mais sa résurrection qu’il a annoncée et qui ne doit pas tarder, ne leur revient pas en souvenir. Marie seule vit dans cette attente certaine. L’Esprit-Saint dit de la femme forte : « Durant la nuit, sa lampe ne s’éteint jamais 78 » ; cette parole s’accomplit aujourd’hui en la Mère de Jésus. Son cœur ne succombe pas, parce qu’elle sait que bientôt la tombe doit rendre son fils à la vie. La foi de la résurrection du Sauveur, cette foi sans laquelle, comme dit l’Apôtre, notre religion serait vaine 79 , est, pour ainsi dire, concentrée dans l’âme de Marie. La Mère de la Sagesse conserve ce dépôt précieux; et de même qu’elle a tenu dans ses chastes flancs celui que le ciel et la terre ne peuvent contenir, ainsi aujourd’hui, par sa croyance ferme et constante aux paroles de son fils, elle résume en elle-même toute l’Église. Sublime journée du Samedi qui, au milieu de toutes ses tristesses, vient encore ajouter aux grandeurs de Marie ! La sainte Église en garde à jamais le souvenir; et c’est pour cela que, désirant consacrer à sa grande Reine un jour spécial chaque semaine, elle lui a dédie pour toujours le Samedi.

    Mais l’heure est venue de se rendre à la maison de Dieu. Les cloches ne retentiront pas encore ; mais les mystères de la sainte Liturgie qui doivent remplir cette matinée n’en appellent pas moins les fidèles aux plus touchantes émotions. Conservons le souvenir de celles que nous venons de ressentir au sépulcre et aux pieds de la Mère des douleurs, et disposons nos âmes aux saintes jouissances que la foi nous prépare.

 

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3 avril 2015 5 03 /04 /avril /2015 04:26
Vendredi Saint

AU MATIN.

Le soleil s’est levé sur Jérusalem ; mais les pontifes et les docteurs de la loi n’ont pas attendu sa lumière pour satisfaire leur haine contre Jésus. Anne, qui avait d’abord reçu l’auguste prisonnier, l’a fait conduire chez son gendre Caïphe. L’indigne pontife a osé faire subir un interrogatoire au Fils de Dieu. Jésus, dédaignant de répondre, a reçu un soufflet d’un des valets. De faux témoins avaient été préparés ; ils viennent déposer leurs mensonges à la face de celui qui est la Vérité ; mais leurs témoignages ne s’accordent pas. Alors le grand-prêtre, voyant que le système qu’il a adopté pour convaincre Jésus de blasphème n’aboutit qu’à démasquer les complices de sa fraude, veut tirer de la bouche même du Sauveur le délit qui doit le rendre justiciable de la Synagogue. « Je vous adjure, parle Dieu vivant, de répondre. Êtes-vous le Christ Fils de Dieu 39 ? » Telle est l’interpellation que le pontife adresse au Messie. Jésus, voulant nous apprendre les égards qui sont dus à l’autorité, aussi longtemps qu’elle en conserve les titres, sort de son silence, et répond avec fermeté : « Vous l’avez dit : je le suis ; au reste, je vous déclare qu’un jour vous verrez le Fils de l’homme assis à la droite de la Vertu de Dieu, et venant sur les nuées du ciel 40 . » A ces mots, le pontife sacrilège se lève, il déchire ses vêtements, et s’écrie : « Il a blasphémé ! qu’avons-nous besoin de témoins ? Vous venez d’entendre le blasphème, que vous en semble ? » De toutes parts, dans la salle, on crie : « Il mérite la mort 41 ! »

Le propre Fils de Dieu est descendu sur la terre pour rappeler à la vie l’homme qui s’était précipité dans la mort ; et par le plus affreux renversement, c’est l’homme qui, en retour d’un tel bienfait, ose traduire à son tribunal ce Verbe éternel, et le juge digne de mort. Et Jésus garde le silence, et il n’anéantit pas dans sa colère ces hommes aussi audacieux qu’ils sont ingrats! Répétons en ce moment ces touchantes paroles par lesquelles l’Église Grecque interrompt souvent aujourd’hui la lecture du récit de la Passion : « Gloire à votre patience, Seigneur ! »

A peine ce cri épouvantable : « Il mérite la mort ! » s’est-il fait entendre, que les valets du grand-prêtre se jettent sur Jésus. Ils lui crachent au visage, et lui ayant ensuite bandé les yeux, ils lui donnent des soufflets, en lui disant : « Prophète, devine qui t’a frappé 42 . » Tels sont les hommages de la Synagogue au Messie dont l’attente la rend si fière. La plume hésite à répéter le récit de tels outrages faits au Fils de Dieu ; et cependant ceci n’est que le commencement des indignités qu’a dû subir le Rédempteur.

Dans le même temps, une scène plus affligeante encore pour le cœur de Jésus se passe hors de la salle, dans la cour du grand-prêtre. Pierre, qui s’y est introduit, se trouve aux prises avec les gardes et les gens de service, qui l’ont reconnu pour un Galiléen de la suite de Jésus. L’Apôtre, déconcerté et craignant pour sa vie, abandonne lâchement son maître, et va jusqu’à affirmer par serment qu’il ne le connaît même pas. Triste exemple du châtiment réservé à la présomption ! Mais, o miséricorde de Jésus ! les valets du grand-prêtre l’entraînent vers le lieu où se tenait l’Apôtre ; il lance sur cet infidèle un regard de reproche et de pardon ; Pierre s’humilie et pleure. Il sort à ce moment de ce palais maudit ; et désormais tout entier à ses regrets, il ne se consolera plus qu’il n’ait revu son maître ressuscité et triomphant. Qu’il soit donc notre modèle, ce disciple pécheur et converti, en ces heures de compassion où la sainte Église veut que nous soyons témoins des douleurs toujours croissantes de notre Sauveur ! Pierre se retire ; car il craint sa faiblesse ; restons, nous, jusqu’à la fin ; nous n’avons rien à redouter ; et daigne le regard de Jésus, qui fond les cœurs les plus durs, se diriger vers nous !

Cependant les princes des prêtres, voyant que le jour commence à luire, se disposent à traduire Jésus devant le gouverneur romain. Ils ont instruit sa cause comme celle d’un blasphémateur, mais il n’est pas en leur pouvoir de lui appliquer la loi de Moïse, selon laquelle il devrait être lapidé. Jérusalem n’est plus libre, et ses propres lois ne la régissent plus. Le droit de vie et de mort n’est plus exercé que par les vainqueurs, et toujours au nom de César. Commentées pontifes et ces docteurs ne se rappellent-ils pas en ce moment l’oracle de Jacob mourant, qui déclara que le Messie viendrait, lorsque le sceptre serait enlevé à Juda ? Mais une noire jalousie les a égarés ; et ils ne sentent pas non plus que le traitement qu’ils vont faire subir à ce Messie se trouve décrit par avance dans les prophéties qu’ils lisent et dont ils sont les gardiens.

Le bruit qui se répand dans la ville que Jésus a été saisi cette nuit, et qu’on se dispose à le traduire devant le gouverneur, arrive aux oreilles du traître Judas. Ce misérable aimait l’argent ; mais il n’avait aucun motif de désirer la mort de son maître. Il connaissait le pouvoir surnaturel de Jésus, et se flattait peut-être que les suites de sa trahison seraient promptement arrêtées par celui à qui la nature et les éléments ne résistaient jamais. Maintenant qu’il voit Jésus aux mains de ses plus cruels ennemis, et que tout annonce un dénouement tragique, un remords violent s’empare de lui ; il court au Temple, et va jeter aux pieds des princes des prêtres ce fatal argent qui a été le prix du sang. On dirait que cet homme est converti, et qu’il va implorer son pardon. Hélas ! il n’en est rien. Le désespoir est le seul sentiment qui lui reste, et il a hâte d’aller mettre fin à ses jours. Le souvenir de tous les appels que Jésus fit à son cœur, hier encore, durant la Cène et jusque dans le jardin, loin de lui donner confiance, ne sert qu’à l’accabler; et pour avoir douté d’une miséricorde qu’il devrait cependant connaître, il se précipite dans l’éternelle damnation, au moment même où le sang qui lave tous les crimes a déjà commencé découler.

Or les princes des prêtres, conduisant avec eux Jésus enchaîne, se présentent au gouverneur Pilate, demandant d’être entendus sur une cause criminelle. Le gouverneur paraît, et leur dit avec une sorte d’ennui : « Quelle accusation apportez-vous contre cet homme ?— Si ce n’était pas un malfaiteur, répondent-ils, nous ne vous l’aurions pas livré. » Le mépris et le dégoût se trahissent déjà dans les paroles du gouverneur, et l’impatience dans la réponse que lui adressent les princes des prêtres. On voit que Pilate se soucie peu d’être le ministre de leurs vengeances : « Prenez-le, leur dit-il, et jugez-le selon votre loi. — Mais, répondent ces hommes de sang, il ne nous est pas permis de faire mourir personne 43 . »

Pilate, qui était sorti du Prétoire pour parler aux ennemis du Sauveur, y rentre et fait introduire Jésus. Le Fils de Dieu et le représentant du monde païen sont en présence. « Êtes-vous donc le roi des Juifs ? demande Pilate.— Mon royaume n’est pas de ce monde, répond Jésus ; il n’a rien de commun avec ces royaumes formés parla violence ; sa source est d’en haut. Si mon royaume était de ce monde, j’aurais des soldats qui ne m’eussent pas laissé tomber au pouvoir des Juifs. Bientôt, à mon tour, j’exercerai l’empire terrestre; mais à cette heure mon royaume n’est pas d’ici bas.— Vous êtes donc roi, enfin ? reprend Pilate. — Oui, je suis roi, » dit le Sauveur. Après avoir confessé sa dignité auguste, l’Homme-Dieu fait un effort pour élever ce Romain au-dessus des intérêts vulgaires de sa fortune; il lui propose un but plus digne de l’homme que la recherche des honneurs de la terre. « Je suis venu en ce monde, lui dit-il, pour rendre témoignage à la Vérité; quiconque est de la Vérité écoute ma voix. — Et qu’est-ce que la Vérité ? » reprend Pilate ; et sans attendre la réponse à sa question, pressé d’en finir, il laisse Jésus, et va retrouver les accusateurs. « Je ne reconnais en cet homme aucun crime 44 , » leur dit-il. Ce païen avait cru rencontrer en Jésus un docteur de quelque secte juive dont les enseignements ne valaient pas la peine d’être écoutés, mais en même temps un homme inoffensif dans lequel on ne pouvait, sans injustice, chercher un homme dangereux.

A peine Pilate a-t-il exprimé son avis favorable sur Jésus, qu’un amas d’accusations est produit contre ce Roi des Juifs par les princes des prêtres. Le silence de Jésus, au milieu de tant d’atroces mensonges, émeut le gouverneur :« Mais n’entendez-vous pas, lui dit-il, tout ce qu’ils disent contre vous ? » Cette parole, d’un intérêt visible, n’enlève point Jésus à son noble silence; mais elle provoque de la part de ses ennemis une nouvelle explosion de fureur. « Il agite le peuple, s’écrient les princes des prêtres; il va prêchant dans toute la Judée, depuis la Galilée jusqu’ici 45 . » Dans ce mot de Galilée, Pilate croit voir un trait de lumière. Hérode, tétrarque de Galilée, est en ce moment à Jérusalem. Il faut lui remettre Jésus; il est son sujet ; et cette cession d’une cause criminelle débarrassera le gouverneur, en même temps qu’elle rétablira la bonne harmonie entre Hérode et lui.

Le Sauveur est donc traîné dans les rues de Jérusalem, du Prétoire au palais d’Hérode. Ses ennemis l’y poursuivent avec la même rage, et Jésus garde le même silence. Il ne recueille là que le mépris du misérable Hérode, du meurtrier de Jean-Baptiste ; et bientôt les habitants de Jérusalem le voient reparaître sous la livrée d’un insensé, entraîné de nouveau vers le Prétoire. Ce retour inattendu de l’accusé contrarie Pilate ; cependant il croit avoir trouvé un nouveau moyen de se débarrasser de cette cause qui lui est odieuse. La fête de Pâque lui fournit occasion de gracier un coupable ; il va essayer de faire tomber cette faveur sur Jésus. Le peuple est ameuté aux portes du Prétoire ; il n’y a qu’à mettre en parallèle Jésus, ce même Jésus que la ville a vu conduire en triomphe il y a quelques jours, avec Barabbas, ce malfaiteur qui est un objet d’horreur pour Jérusalem; le choix du peuple ne peut manquer d’être favorable à Jésus. « Qui voulez-vous que je vous délivre, leur dit-il, de Jésus ou de Barabbas ? » La réponse ne se fait pas attendre ; des voix tumultueuses s’écrient : « Non Jésus, mais Barabbas ! — Que faire donc de Jésus ? reprend le gouverneur interdit. — Crucifiez-le ! — Mais quel mal a-t-il fait? Je vais le châtier, et je le renverrai ensuite. — Non, non; crucifiez-le 46 ! »

L’épreuve n’a pas réussi ; et la situation du lâche gouverneur est devenue plus critique qu’auparavant. En vain il a cherchée ravaler l’innocent au niveau d’un malfaiteur; la passion d’un peuple ingrat et soulevé n’en a tenu aucun compte. Pilate est réduit à promettre qu’il va faire châtier Jésus d’une manière assez barbare pour étancher un peu la soif de sang qui dévore cette populace; mais il n’a fait que provoquer un nouveau cri de mort.

N’allons pas plus loin sans offrir au Fils de Dieu une réparation pour l’indigne outrage dont il vient d’être l’objet. Mis en balance avec un homme infâme, c’est ce dernier qu’on lui préfère. Si Pilate essaie par pitié de lui sauver la vie. c’est à condition de lui faire subir cette ignoble comparaison, et c’est en pure perte. Les voix qui chantaient Hosannah au fils de David, il y a quelques jours, ne font plus entendre que des hurlements féroces; et le gouverneur, qui craint une sédition, a osé promettre de punir celui dont il a tout à l’heure confessé l’innocence.

Jésus est livré aux soldats pour être flagellé par eux. On le dépouille avec violence de ses vêtements, et on l’attache à la colonne qui servait pour ces exécutions. Les fouets les plus cruels sillonnent son corps tout entier, et le sang coule par ruisseaux le long de ses membres divins. Recueillons cette seconde effusion du sang de notre Rédempteur, par laquelle Jésus expie pour l’humanité tout entière les complaisances et les crimes de la chair. C’est par la main des Gentils que ce traitement lui est inflige ; les Juifs l’ont livré, et les Romains sont les exécuteurs ; tous nous avons trempé dans l’affreux déicide.

Mais cette soldatesque est lasse enfin de frapper ; les bourreaux détachent leur victime , en auront-ils enfin pitié ? Non, ils vont faire succéder a tant de cruauté une dérision sacrilège. Jésus a été appelé le Roi des Juifs ; les soldats prennent occasion de ce titre pour donner une forme nouvelle à leurs outrages. Un roi porte la couronne ; les soldats vont en imposer une au fils de David. Tressant à la hâte un horrible diadème avec des branches d’arbrisseaux épineux, ils la lui enfoncent sur la tête, et pour la troisième fois, le sang de Jésus coule avec abondance. Puis, afin de compléter l’ignominie, les soldats lui jettent sur les épaules un manteau de pourpre, et placent dans sa main un roseau, en guise de sceptre. Alors ils se mettent a genoux devant lui, et disent: « Roi des Juifs, salut ! » Et cet hommage insultant est accompagné de soufflets sur le visage de l’Homme-Dieu, et d’infâmes crachats ; et de temps en temps on lui arrache le roseau des mains pour l’en frapper sur la tête, afin d’enfoncer toujours davantage les cruelles épines dont elle est ceinte.

A ce spectacle, le chrétien se prosterne dans un douloureux respect, et dit à son tour. « Roi des Juifs, salut ! Oui, vous êtes le fils de David, et à ce titre, notre Messie et notre Rédempteur. Israël renie votre royauté qu’il proclamait naguère ; la gentilité n’y trouve qu’une occasion de plus pour vous outrager ;mais vous n’en régnerez pas moins par la justice sur Jérusalem, qui ne tardera pas à sentir le poids de votre sceptre vengeur; parla miséricorde sur les Gentils, que bientôt vos Apôtres amèneront à vos pieds. En attendant, recevez notre hommage et notre soumission. Régnez dès aujourd’hui sur nos cœurs et sur notre vie tout entière. »

On conduit Jésus à Pilate dans l’affreux état où l’a mis la cruauté des soldats. Le gouverneur ne doute pas qu’une victime réduite aux abois n’obtienne grâce devant le peuple ; et faisant monter avec lui le Sauveur à une galerie du palais, il le montre à la multitude, en disant : « Voilà l’homme 47 ! » Cette parole était plus profonde que ne le croyait Pilate II ne disait pas : Voilà Jésus, ni voilà le Roi des Juifs ; il se servait d’une expression générale dont il n’avait pas la clef, mais dont le chrétien possède l’intelligence. Le premier homme, dans sa révolte contre Dieu, avait bouleversé, par son péché. l’œuvre entière du Créateur; en punition de son orgueil et de sa convoitise, la chair avait asservi l’esprit ; et la terre elle-même. en signe de malédiction, ne produisait plus que des épines. Le nouvel homme qui porte, non la réalité, mais la ressemblance du péché, paraît ; et l’œuvre du Créateur reprend en lui son harmonie première ; mais c’est par la violence. Pour montrer que la chair doit être asservie à l’esprit, la chair en lui est brisée sous les fouets ; pour montrer que l’orgueil doit céder la place à l’humilité, s’il porte une couronne, ce sont les épines de la terre maudite qui la forment sur sa tête. Triomphe de l’esprit sur les sens, abaissement de la volonté superbe sous le joug de la sentence : voilà l’homme.

Israël est comme le tigre; la vue du sang irrite sa soif; il n’est heureux qu’autant qu’il s’y baigne. A peine a-t-il aperçu sa victime ensanglantée, qu’il s’écrie avec une nouvelle fureur: « Crucifiez-le ! crucifiez-le ! —Eh bien ! dit Pilate, prenez-le vous-mêmes, et crucifiez-le ; pour moi. je ne trouve aucun crime en lui. » Et cependant on l’a mis. par son ordre, dans un état qui, à lui seul, peut lui causer la mort. Sa lâcheté sera encore déjouée. Les Juifs répliquent en invoquant le droit que les Romains laissaient aux peuples conquis : « Nous avons une loi, et selon cette loi il doit mourir; car il s’est dit le Fils de Dieu. » A cette réclamation. Pilate se trouble ; il rentre dans la salle avec Jésus, et lui dit : « D’où êtes-vous ? » Jésus se tait ; Pilate n’était pas digne d’entendre le Fils de Dieu lui rendre raison de sa divine origine. Il s’irrite cependant : « Vous ne me répondez pas ? dit-il; ne savez-vous pas que j’ai le pouvoir de vous crucifier, et le pouvoir de vous absoudre ? » Jésus daigne parler ; et c’est pour nous apprendre que tome puissance de gouvernement, même chez les infidèles, vient de Dieu, et non de ce qu’on appelle le pacte social : « Vous n’auriez pas ce pouvoir, répondit-il, s’il ne vous avait été donné d’en haut : c’est pour cela que le pêche de celui qui m’a livré à vous est d’autant plus grand 48 . »

La noblesse et la dignité de ces paroles subjuguent le gouverneur ; et il veut encore essayer de sauver Jésus. Mais les cris du peuple pénètrent de nouveau jusqu’à lui : « Si vous le laissez aller, lui dit-on. vous n’êtes pas l’ami de César. Quiconque se fait roi, se déclare contre César. » A ces paroles, Pilate. essayant une dernière fois de ramener à la pitié ce peuple furieux, sort de nouveau, et monte sur un siège en plein air; il s’assied et fait amener Jésus: « Le voilà, dit-il, votre roi; voyez si César a quelque chose à craindre de lui. » Mais les cris redoublent: « Ôtez-le ! ôtez-le ! Crucifiez-le ! — Mais, dit le gouverneur, qui affecte de ne pas voir la gravite du péril, crucifierai-je donc votre roi ? » Les Pontifes répondent : « Nous n’avons point d’autre roi que César 49 . » Parole indigne qui, lorsqu’elle sort du sanctuaire, annonce aux peuples que la foi est en péril: eu même temps parole de réprobation pour Jérusalem; car si elle n’a pas d’autre roi que César, le sceptre n’est plus dans Juda. et l’heure du Messie est arrivée.

Pilate, voyant que la sédition est au comble, et que sa responsabilité de gouverneur est menacée, se résout à abandonner Jésus à ses ennemis. Il porte enfin quoique à contre-cœur, cette sentence qui doit produire en sa conscience un affreux remords dont bientôt il cherchera la délivrance dans le suicide. Il trace lui-même sur une tablette, avec un pinceau, l’inscription qui doit être placée au-dessus de la tête de Jésus. Il accorde même à la haine des ennemis du Sauveur que, pour une plus grande ignominie, deux voleurs seront crucifies avec lui. Ce trait était nécessaire à l’accomplissement de l’oracle prophétique: il sera mis au rang des scélérats 50 .» Puis, lavant ses mains publiquement, à ce moment où il souille son âme du plus odieux forfait, il s’écrie en présence du peuple: « Je suis innocent du sang de ce juste: cela vous regarde. » Et tout le peuple répond par ce souhait épouvantable: « Que son sang soit sur nous et sur nos enfants 51 . » Ce fut le moment où le signe du parricide vint s’empreindre sur le front du peuple ingrat et sacrilège, comme autrefois sur celui de Caïn ; dix-huit siècles de servitude, de misère et de mépris ne l’ont pas effacé. Pour nous, enfants de la gentilité, sur lesquels ce sang divin est descendu comme une rosée miséricordieuse, rendons grâce à la bonté du Père céleste, qui « a tant aimé le monde qu’il lui a donné son Fils unique 52 » ; rendons grâces à l’amour de ce Fils unique de Dieu, qui, voyant que nos souillures ne pouvaient être lavées que dans son sang, nous le donne aujourd’hui jusqu’à la dernière goutte.

Ici commence la Voie douloureuse, et le Prétoire de Pilate, où fut prononcée la sentence de Jésus, en est la première Station. Le Rédempteur est abandonné aux Juifs par l’autorité du gouvernent. Les soldais s,’empare m de lui et l’emmènent hors de la cour du Prétoire. Ils lui enlèvent le manteau de pourpre, et le revêtent de ses vêtements qu’ils lui avaient ôtés pour le flageller ; enfin ils chargent la croix sur ses épaules déchirées. Le lieu où le nouvel Isaac reçut ainsi le bois de son sacrifice est désigné comme la seconde Station. La troupe des soldats, renforcée des exécuteurs, des princes des prêtres, des docteurs de la loi, d’un peuple immense, se met en marche. Jésus s’avance sous le fardeau de sa croix; mais bientôt, épuisé par le sang qu’il a perdu et par les souffrances de tout genre, il ne peut plus se soutenir, et tombant sous le faix, il marque par sa chute la troisième Station.

Les soldats relèvent avec brutalité le divin captif qui succombait plus encore sous le poids de nos péchés que sous celui de l’instrument de son supplice. Il vient de reprendre sa marche chancelante, lorsque tout à coup sa mère éplorée se présente à ses regards. La femme forte, dont l’amour maternel est invincible, s’est rendue sur le passage de son fils ; elle veut le voir, le suivre, s’attacher à lui, jusqu’à ce qu’il expire. Sa douleur est au-dessus de toute parole humaine ; les inquiétudes de ces derniers jours ont déjà épuisé ses forces ; toutes les souffrances de son fils lui ont été divinement manifestées ; elle s’y est associée, et elle les a toutes endurées une à une. Mais elle ne peut plus demeurer loin du regard des hommes ; le sacrifice avance dans son cours, la consommation est proche ; il lui faut être avec son fils, et rien ne la pourrait retenir en ce moment. La fidèle Madeleine est près d’elle, noyée dans ses pleurs; Jean. Marie mère de Jacques avec Salomé, l’accompagnent aussi ; ils pleurent sur leur maître ; mais elle, c’est sur son fils qu’elle pleure. Jésus la voit, et il n’est pas en son pouvoir de la consoler, car tout ceci n’est encore que le commencement des douleurs. Le sentiment des angoisses qu’éprouve en ce moment le cœur de la plus tendre des mères vient oppresser d’un nouveau poids le cœur du plus aimant des fils. Les bourreaux n’accorderont pas un moment de retard dans la marche, en faveur de cette mère d’un condamné ; elle peut se traîner, si elle le veut. à la suite du funeste convoi : c’est beaucoup pour eux qu’ils ne la repoussent pas ; mais la rencontre de Jésus et de Marie sur le chemin du Calvaire désignera pour jamais la quatrième Station.

La route est longue encore ; car, selon la loi, les criminels devaient subir leur supplice hors des portes de la ville. Les Juifs en sont à craindre que la victime n’expire avant d’être arrivée au lieu du sacrifice. Un homme qui revenait de la campagne. nommé Simon de Cyrène, rencontre le douloureux cortège ; on l’arrête, et. par un sentiment cruellement humain envers Jésus, on oblige cet homme à partager avec lui l’honneur et la fatigue de porter l’instrument du salut du monde. Cette rencontre de Jésus avec Simon de Cyrène consacre la cinquième Station.

A quelques pas de là. un incident inattendu vient frapper d’étonnement et de stupeur jusqu’aux bourreaux eux-mêmes. Une femme fend la foule, écarte les soldats et se précipite jusqu’auprès du Sauveur Elle tient entre ses mains son voile qu’elle a détache, et elle en essuie d’une main tremblante le visage de Jésus, que le sang, la sueur et les crachats avaient rendu méconnaissable. Elle l’a reconnu cependant, parce qu’elle l’a aime ; et elle n’a pas craint d’exposer sa vie pour lui offrir ce léger soulagement. Son amour sera récompensé : la face du Rédempteur, empreinte par miracle sur ce voile, en fera désormais son plus cher trésor ; et elle aura eu la gloire de désigner, par son acte courageux, la sixième Station de la Voie douloureuse.

Cependant les forces de Jésus s’épuisent de plus en plus, à mesure que Ton approche du terme fatal. Une subite défaillance abat une seconde fois la victime, et marque la septième Station. Jésus est bientôt relève avec violence par les soldats, et se traîne de nouveau sur le sentier qu’il arrose de son sang. Tant d’indignes traitements excitent des cris et des lamentations dans un groupe de femmes qui, émues de compassion pour le Sauveur, s’étaient mises à la suite des soldats et avaient bravé leurs insultes. Jésus, touché de l’intérêt courageux de ces femmes qui, dans la faiblesse de leur sexe, montraient plus de grandeur d’âme que le peuple entier de Jérusalem, leur adresse un regard de bonté, et reprenant toute la dignité de son langage de prophète, il leur annonce, en présence des princes des prêtres et des docteurs de la loi. l’épouvantable châtiment qui suivra bientôt l’attentat dont elles sont témoins, et qu’elles déplorent avec tant de larmes. « Filles de Jérusalem, leur dit-il. à cet endroit même qui est compté pour la huitième Station ; filles de Jérusalem ! ce n’est pas sur moi qu’il faut pleurer ; c’est sur vous et sur vos enfants ; car il viendra des jours où l’on dira : Heureuses les stériles, et les entrailles qui n’ont point porté, et les mamelles qui n’ont point allaité ! Alors ils diront aux montagnes : Tombez sur nous; et aux collines : Couvrez-nous ; mais si l’on traite ainsi le bois vert aujourd’hui, comment alors sera traité le bois sec 53 ?

Enfin on est arrivé au pied de la colline du Calvaire, et Jésus doit encore la gravir avant d’arriver au lieu de son sacrifice. Une troisième fois son extrême fatigue le renverse sur la terre, et sanctifie la place où les fidèles vénéreront la neuvième Station. La soldatesque barbare intervient encore pour faire reprendre à Jésus sa marche pénible, et après bien des coups il parvient enfin au sommet de ce monticule qui doit servir d’autel au plus sacré et au plus puissant de tous les holocaustes. Les bourreaux s’emparent de la croix et vont l’étendre sur la terre, en attendant qu’ils y attachent la victime. Auparavant, selon l’usage des Romains, qui était aussi pratiqué par les Juifs, on offre à Jésus une coupe qui contenait du vin mêlé de myrrhe. Ce breuvage, qui avait l’amertume du fiel, était un narcotique destiné à engourdir jusqu’à un certain point les sens du patient, et à diminuer les douleurs de son supplice. Jésus touche un moment de ses lèvres cette potion que la coutume, plutôt que l’humanité, lui faisait offrir; mais il refuse d’en boire, voulant rester tout entier aux souffrances qu’il a daigné accepter pour le salut des hommes. Alors les bourreaux lui arrachent avec violence ses vêtements colles à ses plaies, et s’apprêtent à le conduire au lieu où la croix l’attend. L’endroit du Calvaire où Jésus fut ainsi dépouillé, et où on lui présenta le breuvage amer, est désigné comme la dixième Station de la Voie douloureuse. Les neuf premières sont encore visibles dans les rues de Jérusalem, de l’emplacement du Prétoire jusqu’au pied du Calvaire ; mais cette dernière, ainsi que les quatre suivantes, sont dans l’intérieur de l’Église du Saint-Sépulcre, qui renferme dans sa vaste enceinte le théâtre des dernières scènes de la Passion du Sauveur.

Mais il nous faut suspendre ce récit ; déjà même nous avons devance un peu les heures de cette grande journée, et nous avons à revenir plus tard sur le Calvaire. Il est temps de nous unir à la sainte Église dans la lugubre fonction par laquelle elle s’apprête à célébrer le trépas de son divin Époux. L’airain sacré ne convoquera pas aujourd’hui les fidèles à la maison de Dieu; la foi et la componction seules les invitent a franchir au plus tôt les degrés du temple

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2 avril 2015 4 02 /04 /avril /2015 04:06
Jeudi Saint

   LA MESSE DU JEUDI-SAINT.

    La sainte Église se proposant aujourd’hui de renouveler, avec une solennité toute particulière, l’action qui fut accomplie par le Sauveur dans la dernière Cène, selon le précepte qu’il en fit à ses Apôtres, lorsqu’il leur dit : « Faites ceci en mémoire de moi », nous allons reprendre le récit évangélique que nous avons interrompu au moment où Jésus entrait dans la salle du festin pascal.

    Il est arrivé de Béthanie ; tous les Apôtres sont présents, même le perfide Judas, qui garde son affreux secret. Jésus s’approche de la table sur laquelle l’agneau est servi ; ses disciples y prennent place avec lui ; et l’on observe fidèlement les rites que le Seigneur prescrivit à Moïse pour être suivis par son peuple. Au commencement du repas, Jésus prend la parole, et il dit à ses Apôtres: « J’ai désiré ardemment de manger avec vous cette Pâque, avant de souffrir 6 . » Il parlait ainsi, non que cette Pâque eût en elle-même quelque chose de supérieur à celles des années précédentes, mais parce qu’elle allait donner occasion à l’institution de la Pâque nouvelle qu’il avait préparée dans son amour pour les hommes ; car « ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, dit saint Jean, il les aima jusqu’à la fin » 7 .

    Pendant le repas, Jésus, pour qui les cœurs n’avaient rien de caché, proféra cette parole qui émut les disciples : « En vérité, je vous le dis, l’un de vous me trahira; oui, l’un de ceux qui mettent en ce moment la main au plat avec moi est un traître 8 . » Que de tristesse dans cette plainte! que de miséricorde pour le coupable qui connaissait la bonté de son Maître! Jésus lui ouvrait la porte du pardon ; mais il n’en profite pas : tant la passion qu’il avait voulu satisfaire par son infâme marché avait pris d’empire sur lui ! Il ose même dire comme les autres: « Est-ce moi, Seigneur? » Jésus lui répond à voix basse, pour ne pas le compromettre devant ses frères : « Oui, c’est toi ; tu l’as dit ». Judas ne se rend pas; il reste, et va souiller de sa présence les augustes mystères qui se préparent. Il attend l’heure de la trahison.

    Le repas légal est terminé. Un festin qui lui succède réunit encore à une même table Jésus et ses disciples. Les convives, selon l’usage de l’Orient, se placent deux par deux sur des lits qu’a préparés la munificence du disciple qui prête sa maison et ses meubles au Sauveur pour cette dernière Cène. Jean le bien-aimé est à côté de Jésus, en sorte qu’il peut, dans sa tendre familiarité, appuyer sa tête sur la poitrine de son Maître. Pierre est placé sur le lit voisin, près du Seigneur, qui se trouve ainsi entre les deux disciples qu’il avait envoyés le matin disposer toutes choses, et qui représentent l’un la foi, l’autre l’amour. Ce second repas fut triste; les disciples étaient inquiets par suite de la confidence que leur avait faite Jésus; et l’on comprend que l’âme tendre et naïve de Jean eût besoin de s’épancher avec le Sauveur, sur le lit duquel il était étendu, par les touchantes démonstrations de son amour.

    Mais les Apôtres ne s’attendaient pas qu’une troisième Cène allait succéder aux deux premières. Jésus avait gardé son secret; mais, avant de souffrir, il devait remplir une promesse. Il avait dit en présence de tout un peuple : « Je suis le pain vivant descendu du ciel ; si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, pour la vie du monde. Ma chair est vraiment nourriture, et mon sang est vraiment breuvage. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui 9 . » Le moment était venu où le Sauveur allait réaliser cette merveille de sa charité pour nous. Mais comme il avait promis de nous donner sa chair et son sang, il avait dû attendre l’heure de son immolation. Voici maintenant que sa Passion est commencée ; déjà il est vendu à ses ennemis ; sa vie est désormais entre leurs mains ; il peut donc maintenant s’offrir en sacrifice, et distribuer à ses disciples la propre chair et le propre sang de la victime.

    Le second repas finissait, lorsque Jésus se levant tout à coup, aux yeux des Apôtres étonnés, se dépouille de ses vêtements extérieurs, prend un linge, s’en ceint comme un serviteur, met de l’eau dans un bassin, et annonce par ces indices qu’il s’apprête à laver les pieds à des convives. L’usage de l’Orient était qu’on se lavât les pieds avant de prendre part à un festin ; mais le plus haut degré de l’hospitalité était lorsque le maître de la maison remplissait lui-même ce soin à l’égard de ses hôtes. C’est Jésus qui invite en ce moment ses Apôtres au divin repas qu’il leur destine, et il daigne agir avec eux comme l’hôte le plus empressé. Mais comme ses actions renferment toujours un fonds inépuisable d’enseignement, il veut, par celle-ci, nous donner un avertissement sur la pureté qu’il requiert dans ceux qui devront s’asseoir à sa table. « Celui qui est déjà lavé, dit-il, n’a plus besoin que de se laver les pieds » 10 ; comme s’il disait : Telle est la sainteté de cette divine table, que pour en approcher, non seulement il faut que l’âme soit purifiée de ses plus graves souillures; mais elle doit encore chercher à effacer les moindres, celles que le contact du monde nous fait contracter, et qui sont comme cette poussière légère qui s’attache aux pieds. Nous expliquerons plus loin les autres mystères signifiés dans le lavement des pieds.

    Jésus se dirige d’abord vers Pierre, le futur Chef de son Église. L’Apôtre se refuse à permettre une telle humiliation à son Maître; Jésus insiste, et Pierre est contraint de céder. Les autres Apôtres qui, ainsi que Pierre, étaient restés sur les lits, voient successivement leur Maître s’approcher d’eux et laver leurs pieds. Judas même n’est pas excepté. Il avait reçu un second et miséricordieux avertissement quelques instants auparavant, lorsque Jésus, parlant à tous, avait dit: « Pour vous, vous êtes purs, mais non pas tous cependant 11 . » Ce reproche l’avait laissé insensible. Jésus, ayant achevé de laver les pieds des douze, vient se replacer sur le lit près de la table, à côté de Jean.

    Alors, prenant du pain azyme qui était resté du repas, il élève les yeux au ciel, bénit ce pain, le rompt et le distribue à ses disciples, en leur disant: « Prenez et mangez ; ceci est mon corps ». Les Apôtres reçoivent ce pain devenu le corps de leur Maître; ils s’en nourrissent; et Jésus n’est plus seulement avec eux à la table, il est en eux. Ensuite, comme ce divin mystère n’est pas seulement le plus auguste des Sacrements, mais qu’il est encore un Sacrifice véritable, qui demande l’effusion du sang, Jésus prend la coupe; et, transformant en son propre sang le vin dont elle est remplie, il la passe à ses disciples, et leur dit: « Buvez-en tous; car c’est le sang de la Nouvelle Alliance, qui sera répandu pour vous. » Les Apôtres participent les uns après les autres à ce divin breuvage, et Judas à son tour; mais il boit sa condamnation, comme tout à l’heure, dans le pain sacré, il a mangé son propre jugement 12 . L’inépuisable bonté du Sauveur cherche cependant encore à faire rentrer le traître en lui-même. En donnant la coupe aux disciples, il a ajouté ces terribles paroles : « La main de celui qui me trahit est avec moi à cette table 13 . »

    Pierre a été frappé de cette insistance de son Maître. Il veut connaître enfin le traître qui déshonore le collège apostolique ; mais n’osant interroger Jésus, à la droite duquel il est place, il fait signe à Jean, qui est à la gauche du Sauveur, pour tâcher d’obtenir un éclaircissement. Jean se penche sur la poitrine de Jésus et lui dit à voix basse : « Maître, quel est-il ? » Jésus lui répond avec la même familiarité : « Celui à qui je vais envoyer un morceau de pain trempé. » Il restait sur la table quelques débris du repas ; Jésus prend un peu de pain, et l’ayant trempé, il l’adresse à Judas. C’était encore une invitation inutile à cette aine endurcie à tous les traits de la grâce ; aussi l’Évangéliste ajoute : « Après qu’il eut reçu ce morceau, Satan entra en lui 14 . » Jésus lui dit encore ces deux mots : « Ce que tu as à faire, fais-le vite 15 . » Et le misérable sort de la salle pour l’exécution de son forfait.

    Telles sont les augustes circonstances de la Cène du Seigneur, dont l’anniversaire nous réunit aujourd’hui ; mais nous ne l’aurions point suffisamment racontée aux âmes pieuses, si nous n’ajoutions un trait essentiel. ,Ce qui se passe aujourd’hui dans le Cénacle n’est point un événement arrivé une fois dans la vie mortelle du Fils de Dieu, et les Apôtres ne sont pas seulement les convives privilégiés de la table du Seigneur. Dans le Cénacle, de même qu’il y a plus qu’un repas, il y a autre chose qu’un sacrifice, si divine que soit la victime offerte par le souverain Prêtre. Il y a ici l’institution d’un nouveau Sacerdoce. Comment Jésus aurait-il dit aux hommes : « Si vous ne mangez ma chair et ne buvez mon sang, vous n’aurez point la vie en vous 16 », s’il n’eût songé à établir sur la terre un ministère par lequel il renouvellerait, jusqu’à la fin des temps, ce qu’il vient d’accomplir en présence de ces douze hommes ?

        Or voici ce qu’il dit à ces hommes qu’il a choisis : « Vous ferez ceci en mémoire de moi 17 . » Il leur donne par ces paroles le pouvoir de changer, eux aussi, le pain en son corps et le vin en son sang ; et ce pouvoir sublime se transmettra dans l’Église, par la sainte ordination, jusqu’à la fin des siècles. Jésus continuera d’opérer, par le ministère d’hommes mortels et pécheurs, la merveille qu’il accomplit dans le Cénacle ; et en même temps qu’il dote son Église de l’unique et immortel Sacrifice, il nous donne, selon sa promesse, par le Pain du ciel, le moyen de «demeurer en lui, et lui en nous ». Nous avons donc à célébrer aujourd’hui un autre anniversaire non moins merveilleux que le premier : l’institution du Sacerdoce chrétien.

    Afin d’exprimer d’une manière sensible aux yeux du peuple fidèle la majesté et l’unité de cette Cène que le Sauveur donna à ses disciples, et à nous tous en leur personne, la sainte Église interdit aujourd’hui aux Prêtres la célébration des Messes privées, hors le cas de nécessité. Elle veut qu’il ne soit offert dans chaque église qu’un seul Sacrifice, auquel tous les Prêtres assistent ; et au moment de la communion, on les voit tous s’avancer vers l’autel, revêtus de l’étole, insigne de leur sacerdoce, et recevoir le corps du Seigneur des mains du célébrant.

    La Messe du Jeudi saint est une des plus solennelles de l’année ; et quoique l’institution de la fête du Très-Saint-Sacrement ait pour objet d’honorer avec plus de pompe le même mystère, l’Église, en l’établissant, n’a pas voulu que l’anniversaire de la Cène du Seigneur perdit rien des honneurs auxquels il a droit. La couleur adoptée à cette Messe pour les vêtements sacrés est le blanc, comme aux jours mêmes de Noël et de Pâques ; tout l’appareil du deuil a disparu. Cependant plusieurs rites extraordinaires annoncent que l’Église craint encore pour son Époux, et qu’elle ne fait que suspendre un moment les douleurs qui l’oppressent. A l’autel, le Prêtre a entonné avec transport l’Hymne angélique : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux ! » Tout à coup les cloches ont retenti en joyeuse volée, accompagnant jusqu’à la fin le céleste cantique ; mais à partir de ce moment elles vont demeurer muettes, et leur silence durant de longues heures va faire planer sur la cité une impression de terreur et d’abandon. La sainte Église, en nous sevrant ainsi du grave et mélodieux accent de ces voix aériennes, qui chaque jour parcourent les airs et vont jusqu’à notre cœur, veut nous faire sentir que ce monde, témoin des souffrances et de la mort de son divin Auteur, a perdu toute mélodie, qu’il est devenu morne et désert ; et joignant un souvenir plus précis à cette impression générale, elle lions rappelle que les Apôtres, qui sont la j voix éclatante du Christ, et sont figurés par les cloches dont le son appelle les fidèles à la maison de Dieu, se sont enfuis et ont laissé leur Maître en proie à ses ennemis.

    Le Sacrifice poursuit son cours; mais au moment où le Prêtre élève l’Hostie sainte et le Calice du salut, la cloche reste déjà dans son silence, et rien n’annonce plus au dehors du temple l’arrivée du Fils de Dieu. La communion générale est proche, et le Prêtre ne donne pas le baiser de paix au Diacre, qui, selon la tradition apostolique, doit le transmettre aux communiants par le Sous-Diacre. La pensée se reporte alors sur l’infâme Judas, qui, aujourd’hui même, a profané le signe de l’amitié, et en a fait l’instrument du meurtre. C’est pour cela que l’Église, en exécration du traître, et comme si elle craignait de renouveler un si fatal souvenir en un tel moment, s’abstient aujourd’hui de ce témoignage de la fraternité chrétienne qui fait partie essentielle des rites delà Messe solennelle.

    Mais un rite non moins insolite s’est accompli à l’autel, dans l’action même du Sacrifice. Le Prêtre a consacré deux hosties, et, après en avoir consommé une, il a réservé l’autre, et l’a placée dans un calice qu’il a soigneusement enveloppé. C’est que l’Église a résolu d’interrompre demain le cours du Sacrifice perpétuel dont l’offrande sanctifie chaque journée. Telle est l’impression que lui fait éprouver ce cruel anniversaire, qu’elle n’osera renouveler sur l’autel, en ce jour terrible, l’immolation qui eut lieu sur le Calvaire. Elle restera sous le coup de ses souvenirs, et se contentera de participer au Sacrifice d’aujourd’hui, dont elle aura réservé une seconde hostie. Ce rite s’appelle la Messe des Présanctifiés, parce que le Prêtre n’y consacre pas, mais consomme seulement l’hostie consacrée le jour précédent. Autrefois, comme nous le dirons plus tard, la journée du Samedi saint se passait aussi sans qu’on offrît le saint Sacrifice ; mais on n’y célébrait pas, comme le Vendredi, la Messe des Présanctifiés.

    Toutefois, si l’Église suspend durant quelques heures l’offrande du Sacrifice éternel, elle ne veut pas cependant que son divin Époux y perde quelque chose des hommages qui lui sont dus dans le Sacrement de son amour. La piété catholique a trouvé le moyen de transformer en un triomphe pour l’auguste Eucharistie ces instants où l’Hostie sainte semble devenue inaccessible à notre indignité. Elle prépare dans chaque temple un reposoir pompeux. C’est là qu’après la Messe d’aujourd’hui l’Église transportera le corps de son Époux ; et bien qu’il y doive reposer sous des voiles, ses fidèles l’assiégeront de leurs vœux et de leurs adorations. Tous viendront honorer le repos de l’Homme-Dieu ; « là où sera le corps, les aigles s’assembleront 18 » ; et de tous les points du monde catholique un concert de prières vives et plus affectueuses qu’en tout autre temps de l’année, se dirigera vers Jésus, comme une heureuse compensation des outrages qu’il reçut en ces mêmes heures de la part des Juifs. Près de ce tombeau anticipé se réuniront et les âmes ferventes en qui Jésus vit déjà, et les pécheurs convertis par la grâce et déjà en voie de réconciliation.

    A Rome, la Station est dans la Basilique de Latran. La grandeur de ce jour, la réconciliation des Pénitents, la consécration du Chrême, ne demandaient pas moins que cette métropole de la ville et du monde. De nos jours cependant, la fonction papale a lieu au palais du Vatican, et ainsi que nous l’avons dit plus haut, la bénédiction apostolique est donnée par le Pontife Romain, à la loggia de la Basilique de Saint-Pierre.

    Dans l’Introït, l’Église se sert des paroles de saint Paul pour glorifier la Croix de Jésus-Christ; elle célèbre avec effusion ce divin Rédempteur qui, en mourant pour nous, a été notre salut; qui, par son Pain céleste, est la vie de nos âmes, et, par sa Résurrection, l’auteur de la nôtre.

        

    INTROÏT

Nos autem gloriari oportet in Cruce Domini nostri Jesu Christi, in quo est salus, vita, et

resurrectio nostra : per quem salvati, et liberati sumus.

Ps. Deus misereatur nostri, et benedicat nobis, illuminet vultum suum super nos, et misereatur nostri. Nos autem.

    GLORIFIONS-nous dans la Croix de Jésus-Christ notre Seigneur ; c’est lui qui est notre salut, notre vie et notre résurrection, lui par qui nous sommes sauvés et délivrés.

    Ps. Que Dieu ait pitié de nous, et qu’il nous bénisse ; qu’il fasse luire sur nous la lumière de son visage, et qu’il ait pitié de nous. Glorifions-nous.

 

    Dans la Collecte, l’Église nous remet sous les yeux le sort si différent de Judas et du bon larron : tous deux coupables, mais l’un condamné, tandis que l’autre est pardonné. Elle demande pour nous au Seigneur que la Passion de son Fils, dans le cours de laquelle s’accomplissent cette justice et cette miséricorde, soit pour nous la rémission des péchés et la source de la grâce.

    COLLECTE

Deus, a quo et Judas reatus sui poenam. Et confessionis sui latro praemium sumpsit : concede nobis tuae propitiationis effectum ; ut sicut in passione sua Jesus Christus Dominus noster diversa utrisque intulit stipendia meritorum, ita nobis ablato vetustatis errore, resurrectionis sux gratiam largiatur. Qui tecum viva et regnat in saecula saeculorum. Amen.

    O Dieu, de qui Judas a reçu la punition de son crime, et le larron la récompense de sa confession : faites-nous ressentir l’effet de votre miséricorde, afin que, comme notre Seigneur Jésus-Christ, dans sa Passion, a traité l’un et l’autre selon son mérite, de même il détruise en nous le mal qui procède du vieil homme, et nous accorde d’avoir part à sa résurrection, Lui qui, étant Dieu, vit et règne avec vous dans les siècles des siècles. Amen.

    ÉPÎTRE

    Lectio Epistolae beati Pauli Apostoli ad Corinthios. I, CAP. XI.

    Fratres, Convenientibus vobis in unum, jam non est Dominicam Coenam manducare. Unusquisque enim suam coenam praesumit manducandum. Et alius quidem esurit : alius autem ebrius est. Numquid domos non habetis ad manducandum et bibendum ? Aut Ecclesiam Dei contemnitis, et confunditis eos qui non habent? Quid dicam vobis ? Laudo vos ? In hoc non laudo. Ego enim accepi a Domino, quod et tradidi vobis quoniam Dominus Jesus in qua nocte tradebatur, accepit panem, et gratias agens fregit, et dixit Accipite et manducate : hoc est corpus meum, quod pro vobis tradetur; hoc facite in meam commemorationem. Similiter et calicem, postquam coenavit, dicens : Hic Calix novum testamentum est in meo sanguine ; hoc facite, quotiescumque bibetis, in meam commemoratione . Quotiescumque enim manducabitis panem hunc, et calicem annuntiabitis donec veniat. Itaque quicumque manducaverit panem hunc, vel biberit calicem Domini indigne, reus erit corporis et sic de pane illo edat, et de calice bibat. Qui enim manducat et bibit judicium sibi manducat et bibit, non dijudicans corpus Domini. Ideo inter vos multi infirmi et imbecilles, et dormiunt multi. Quod si nosmetipsos dijudicaremus, non utique judicaremur. Dum judicamur autem, a Domino corripimur, ut non cum hoc mundo damnemur. bibetis, mortem Domini

 

    Lecture de l’Épître du bienheureux Paul, Apôtre, aux Corinthiens. I, Chap. XI.

    Mes Frères, lorsque vous vous assemblez comme vous faites, ce n’est plus manger la Cène du Seigneur. Car chacun se hâte de manger son souper à part, en sorte que l’un n’a rien à manger, tandis que l’autre fait des excès. N’avez-vous pas vos maisons pour y manger et y boire ? Méprisez-vous l’Église de Dieu? Voulez-vous faire honte à ceux qui sont pauvres ? Que vous irai-je? Faut-il vous louer? Non, certes; je ne vous louerai pas. C est du Seigneur lui-même que j’ai appris ce que je vous ai enseigné, savoir que le Seigneur Jésus, dans la nuit même où il fut livré, prit du pain, et ayant rendu grâces, le rompit et dit : Prenez et mangez; ceci est mon corps qui sera livré pour vous ; faites ceci en mémoire de moi. Il prit de même le calice, après avoir soupe, en disant : Ce calice est la nouvelle alliance dans mon sang; faites ceci en mémoire de moi, toutes les fois que vous le boirez ; car tous les fois que vous mangerez ce pain et boirez ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne. Ainsi donc, celui qui mangera ce pain, ou boira le calice du Seigneur indignement, sera coupable du corps et du sang du Seigneur! Que l’homme donc s’éprouve soi-même, et qu’il mange ainsi de ce pain, et boive de ce calice ; car celui qui mange et boit indignement, mange et boit son propre jugement, ne faisant pas le discernement qu’il doit faire du corps du Seigneur. C’est pour cela que parmi vous beaucoup sont malades et languissants, et que beaucoup même sont morts. Que si nous nous jugions nous-mêmes, nous ne serions pas jugés; mais lorsque nous sommes jugés de la sorte, c’est le Seigneur lui-même qui nous châtie, afin que nous ne soyons pas condamnés avec ce monde.

 

    Le grand Apôtre, après avoir repris les chrétiens de Corinthe des abus auxquels donnaient lieu ces repas nommés Agapes, que l’esprit de fraternité avait fait instituer, et qui ne tardèrent pas à être abolis, raconte la dernière Cène du Sauveur. Il appuie son récit, conforme en tout a celui des Évangélistes, sur le propre témoignage du Sauveur lui-même, qui daigna lui apparaître et l’instruire en personne après sa conversion. L’Apôtre insiste sur le pouvoir que le Sauveur donna à ses disciples de renouveler l’action qu’il venait de faire, et il nous enseigne en particulier que chaque fois que le Prêtre consacre le corps et le sang de Jésus-Christ, «il annonce la mort du Seigneur », exprimant par ces paroles l’unité de sacrifice sur la croix et sur l’autel. Nous avons expliqué cette doctrine fondamentale de la sainte Eucharistie au chapitre VI, en tête de ce volume. La conséquence d’un tel enseignement est facile a déduire. L’Apôtre nous la propose lui-même : « Que l’ homme donc s’éprouve, dit-il, et qu’ensuite il mange de ce pain et boive de ce calice. » En effet, pour être initié d’une manière si intime au sublime mystère de la Rédemption, pour contracter une telle union avec la divine Victime, nous devons bannir de nous tout ce qui est du péché et de l’affection au péché. « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui », dit le Sauveur. Se peut-il rien de plus intime? Dieu devient l’homme, et l’homme devient Dieu, dans cet heureux moment. Avec quel soin devons-nous purifier notre âme, unir notre volonté à celle de Jésus, avant de nous asseoir à cette table qu’il a dressée pour nous, à laquelle il nous convie ! Demandons-lui de nous préparer lui-même, comme il prépara ses Apôtres, en leur lavant les pieds. Il le fera aujourd’hui et toujours, si nous savons nous prêter à sa grâce et à son amour.

    Le Graduel est formé de ces belles paroles que l’Église répète à chaque instant durant ces trois jours, et dans lesquelles saint Paul ranime notre reconnaissance envers le Fils de Dieu qui s’est livré pour nous.

    GRADUEL.

Christus factus est pro nobis oboediens usque ad mortem.

V. Propter quod et Deus exaltavit illum: et dedit illi nomen, quod est super omne nomen.

Le Christ s’est fait obéissant pour nous jusqu’à la mort, et à la mort de la Croix.

V/. C’est pourquoi Dieu l’a exalté, et lui a donné un nom qui est au- dessus de tout nom.

    ÉVANGILE.

Sequentia sancti Evangelii secundum Johannem. CAP. III.

    Ante diem festum Paschae, sciens Jesus, quia venit hora ejus ut transeat ex hoc mundo ad Patrem : cum dilexisset suos, qui erant in mundo, in finem dilexit eos. Et coena facta, cum diabolus jam misisset in cor, ut traderet eum Judas Simonis lscariotae sciens quia omnia dedit ei Parer in manus, et quia a Deo exivit et ad Deum vadit, surgit a coena, et ponit vestimenta sue. Et cum accepisset linteum, praecinxit se. Deinde mittit aquam in pelvim, et coepit lavare pedes discipulorum, et extergere linteo, quo erat praecinctus. Venit ergo ad Simonem Petrum, et dicit ei Petrus Domine, tu mihi lavas pedes! Respondit

Jesus, et dixit ei Quod ego facio, tu nescis modo : scies autem postea. Dicit ei Petrus Non lavabis mihi pedes in aeternum. Respondit ei Jesus : Si non lavero .te, non habebis partem

mecum. Dicit ei Simon Petrus : Domine, non tantum pedes meos, sed et manus et caput. Dicit ei Jesus : Qui , est non indiget nisi pedes lavet, sed est mundus totus Et vos mundi estis, sed non omnes. Sciebat enim quisnam esset qui traderet eum propterea dixit : Non estis mundi omnes. Postquam ergo lavit pedes eorum, et accepit vestimenta sua : cum recubuisset iterum, dixit eis Scitis quid fecerim vobis? Vos vocatis me Magister et Domine: et bene dicitis sum etenim. Si ergo ego lavi pedes vestros, Dominus et Magister, et vos debetis alter alterius lavare pedes. Exemplum enim dedi vobis, ut quemadmodum ego feci vobis, ita et vos faciatis.

 

    La suite du saint Évangile selon saint Jean. Chap. XIII.

    Avant le jour de la Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde à son Père, comme il avait aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’à la fin. Et le souper étant fini, lorsque déjà le diable avait mis dans le cœur de Judas Iscariote de le trahir, Jésus sachant que son Père avait tout remis entre ses mains, et qu’il était sorti de Dieu, et retournait à Dieu, se leva de table, ôta ses vêtements, et, ayant pris un linge, il se ceignit. Ensuite il mit de l’eau dans un bassin, et commença à laver les pieds de ses disciples, et à les essuyer avec le linge dont il était ceint. Il vint donc à Simon Pierre; et Pierre lui dit : Vous, Seigneur, vous me laveriez les pieds ! Jésus lui dit: Ce que je fais, tu l’ignores présentement; mais tu le sauras plus tard. Pierre lui dit : Jamais vous ne me laverez les pieds. Jésus lui répondit : Si je ne te lave, tu n’auras point de part avec moi. Simon Pierre lui dit : Seigneur, non seulement les pieds, mais encore les mains et la tète. Jésus lui dit: Celui qui est déjà lavé n’a besoin que de laver ses pieds, et il est pur et net dans tout le reste ; pour vous, vous êtes purs; mais non pas tous. Car il savait qui le trahirait ; c’est pourquoi il dit: Vous n’êtes pas tous purs. Après qu’il leur eut lavé les pieds, et qu’il eut repris ses vêtements, s’étant remis à table, il leur dit : Savez-vous ce que je vous ai fait? Vous m’appelez Maître et Seigneur, et vous dites bien ; car je le suis. Si donc je vous ai lavé les pieds, moi Maître et Seigneur, vous devez aussi vous laver les pieds les uns aux autres. Car je vous ai donné l’exemple, afin que, comme je vous ai fait, vous fassiez aussi.

 

    L’action du Sauveur lavant les pieds à ses disciples avant de les admettre à la participation de son divin mystère, renferme une leçon pour nous. Tout à l’heure l’Apôtre nous disait : « Que l’homme s’éprouve lui-même»; Jésus dit à ses disciples : « Pour vous, vous êtes purs ». Il est vrai qu’il ajoute : « mais non pas tous ». De même l’Apôtre nous dit « qu’il en est qui se rendent coupables du corps et du sang du Seigneur ». Craignons le sort de ceux-là, et éprouvons-nous nous-mêmes ; sondons notre conscience avant d’approcher de la table sacrée. Le péché mortel, l’affection au péché mortel, transformeraient pour nous en poison l’aliment qui donne la vie à l’âme. Mais si nous devons respecter assez la table du Seigneur, pour ne pas nous y présenter avec la souillure qui fait perdre à l’âme la ressemblance de Dieu et lui donne les traits hideux de Satan, nous devons aussi, par respect pour la sainteté divine qui va descendre en nous, purifier les taches légères qui la blesseraient. » Celui qui est déjà lavé, dit le Seigneur, n’a besoin que de laver ses pieds. » Les pieds sont les attaches terrestres dans lesquelles nous sommes si souvent exposés à pécher. Veillons sur nos sens, sur les mouvements de notre âme. Purifions ces taches par une confession sincère, par la pénitence, par le regret et l’humiliation; afin que le divin Sacrement, entrant en nous, soit reçu dignement, et qu’il opère dans toute la plénitude de sa vertu.

    Dans l’Antienne de l’Offertoire, le chrétien fidèle, appuyé sur la parole du Christ qui lui a promis le Pain de vie, se livre à la joie. Il rend grâces pour cet aliment divin qui sauve de la mort ceux qui s’en nourrissent.

    OFFERTOIRE.

Dextera Domini fecit virtutem, dextera Domini exaltavit me: non moriar, sed vivam, et narrabo opera Domini.

    La droite du Seigneur a signalé sa force; la droite du Seigneur m’a élevé en gloire. Je ne mourrai point; mais je vivrai, et je raconterai les œuvres du Seigneur.

    L’Église, dans la Secrète, rappelle au Père céleste que c’est aujourd’hui même qu’a été institue l’auguste Sacrifice qu’elle célèbre en ce moment.

    SECRÈTE.

Ipse tibi, quaesumus Domine sancte, Pater omnipotens, aeterne Deus, sacrificium nostrum reddat acceptum , qui discipulis suis in sui commemorationem hoc fieri hodierna traditione monstravit, Jesus Christus Filius tuus Dominus noster : Qui tecum vivit et regnat. Amen.

    Seigneur saint. Père tout-puissant, Dieu éternel , que notre Sacrifice vous soit rendu agréable par Jésus-Christ , votre Fils , notre Seigneur , qui, en l’instituant en ce jour, a enseigné à ses disciples de le célébrer en mémoire de lui; Qui, étant Dieu, vit et règne avec vous dans les siècles des siècles. Amen.

    Le Prêtre, après avoir communié sous les deux espèces, et placé dans un calice l’Hostie réservée pour le lendemain, distribue au clergé la sainte Eucharistie ; et lorsque les fidèles l’ont reçue à leur tour, le chœur chante l’Antienne suivante qui rappelle le mystère du lavement des pieds :

    COMMUNION.

Dominus Jesus postquam coenavit cum discipulis suis, lavit pedes eorum, et ait illis: Scitis quid fecerim vobis , ego Dominus et Magister ? Exemplum dedi vobis, ut et vos ita faciatis.

    Le Seigneur Jésus, quand il eut soupe avec ses disciples, leur lava les pieds, et leur dit : Vous savez ce que je viens de vous faire, moi votre Seigneur et Maître? Je vous ai donné l’exemple, afin que vous fassiez de même.

    La sainte Église demande pour nous, dans la Postcommunion, que nous conservions jusque dans l’éternité le don qui vient de nous être confère.

    POSTCOMMUNION.

Refecti vitalibus alimentis, quaesumus Dominus Deus noster: ut quod tempore nostrae mortalitatis exsequimur, immortalitatis tuae munere consequamur. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

    Faites, s’il vous plaît, Seigneur notre Dieu, qu’étant rassasiés de cette nourriture de vie, nous recevions par votre grâce, au sein de l’immortalité, ce que nous célébrons dès le temps même de notre vie mortelle. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

    La Messe étant terminée, une Procession solennelle se dirige vers le lieu où doit reposer l’Hostie sainte, qui sera consommée demain. Le célébrant la porte sous le dais, comme à la fête du très saint Sacrement ; mais aujourd’hui le corps sacré du Rédempteur contenu dans le calice est voilé, et non entouré de rayons comme au jour de ses triomphes. Adorons ce divin Soleil de justice, dont nous saluâmes le lever avec tant d’allégresse; il décline vers son couchant ; encore quelques heures, et sa lumière va s’éteindre. Les ombres alors couvriront la terre ; et ce ne sera que le troisième jour que nous le verrons reparaître tout brillant d’un éclat nouveau.

    Pendant la marche vers le reposoir, le chœur chante l’Hymne du Saint-Sacrement si connue des fidèles.

    HYMNE.

Pange, lingua, gloriosi Corporis mysterium, Sanguinisque pretiosi, Quem in mundi pretium, Fructus ventris generosi, Rex effudit gentium.

Nobis datus, nobis natus Ex intacta Virgine, Et in mundo conversatus, Sparso verbi semine, Sui moris incolatus Miro clausit ordine.

In supremae nocte coenae Recumbens cum fratribus, Observata lege plene Cibis in legalibus, Cibum turbae duodenae Se dat suis manibus.

Verbum caro, panem verum Verbo carnem efficit : Fitque sanguis Christi merum : Et si sensus deficit, Ad firmandum cor sincerum, Sola fides sufficit.

Tantum ergo Sacramentum Veneremur cernui Et antiquum documentum Novo cedat ritui Praestet fides supplementum Sensuum defectui.

Genitori, Genitoque Laus et jubilatio, Salus, honor, virtus quoque Sit et benedictio Procedenti ab utroque Compar sit laudatio. Amen.

 

    Chante, ô ma langue, le mystère du glorieux corps et du sang précieux que le Roi des nations, fils d’une noble mère, a versé pour la rédemption du monde.

    Il nous fut donné ; pour nous il naquit de la Vierge sans tache ; il vécut avec les hommes, et après avoir jeté la semence de sa parole, il termina son pèlerinage par une admirable merveille.

    Dans la nuit de la dernière cène, étant à table avec ses frères, après avoir observé ce que prescrivait la loi pour les nourritures légales, il se donne lui-même de ses propres mains, pour nourriture, aux douze qu’il a choisis.

    Le Verbe fait chair change d’une seule parole le pain en sa chair divine ; le vin devient le propre sang du Christ ; et si la raison défaille à comprendre un tel prodige, la foi suffit pour rassurer un cœur fidèle.

    Adorons prosternés un si grand Sacrement; que les rites antiques cèdent la place à ce nouveau mystère ; et que la foi supplée à la faiblesse de nos sens.

    Gloire, honneur et louange, puissance, actions de grâces et bénédiction soient au Père et au Fils ; pareil hommage à celui qui procède de l’un et de l’autre.

    Amen.

 

    Arrivé au lieu où doit être déposée l’Hostie sainte , le célébrant l’ayant encensée, le diacre prend le calice qui la contient et le renferme pour le soustraire à tous les regards. On prie quelques instants, et bientôt le cortège retourne au chœur en silence. Tout aussitôt commencent les Vêpres. Aujourd’hui et demain, cet Office si solennel aux jours de fêtes a perdu sa pompe accoutumée. Les Psaumes y sont récités sans chant, sans même une inflexion. C’est l’Église veuve de son Époux s’enveloppant de son deuil comme d’un vêtement.

 

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1 avril 2015 3 01 /04 /avril /2015 03:36

 

Aujourd’hui les princes des prêtres et les anciens du peuple se sont réunis dans une des salles du Temple, pour délibérer une dernière fois sur les moyens de se défaire de Jésus On a discuté divers projets. Est-il prudent de mettre la main sur lui, en ce moment où la fête de Pâques retient dans la ville tant d’étrangers qui ne connaissent le Nazaréen que par l’ovation solennelle dont il a été l’objet il y a seulement trois jours ? Parmi les habitants de Jérusalem, n’en est-il pas aussi un grand nombre qui ont applaudi à ce triomphe, et dont l’enthousiasme pour Jésus serait à redouter ? Non : il ne faut pas songer, pour le moment, aux mesures violentes : une sédition pourrait éclater au milieu même des solennités de la Pâque. Ceux qui en auraient été les moteurs seraient aisément compromis vis-à-vis de Ponce-Pilate, et ils auraient à craindre peut-être la vengeance du peuple. Il vaut donc mieux laisser passer la fête, et chercher quelque moyen de se saisir sans bruit de la personne de Jésus.

Mais ces hommes de sang se faisaient illusion en croyant retarder au gré de leur politique la mort du juste. Ils ajournaient un meurtre ; mais les décrets divins qui, de toute éternité, ont préparé un sacrifice pour le salut du genre humain, ont fixé précisément ce sacrifice à cette même fête de Pâques que la trompette sacrée doit annoncer dès demain dans la ville sainte. Assez longtemps l’agneau mystérieux a été offert en figure de l’Agneau véritable ; elle va s’ouvrir, cette Pâque qui doit voir les ombres s’évanouir devant la réalité ; et le sang rédempteur versé par la main des pontifes aveuglés va se mêler à celui de ces victimes grossières que Dieu n’agréera plus désormais. Le sacerdoce judaïque se portera tout à l’heure à lui-même le coup de la mort, en immolant celui dont le sang doit abroger l’ancienne alliance et sceller pour jamais la nouvelle.

Mais comment les ennemis du Sauveur se mettront-ils en possession de l’auguste victime que convoitent leurs désirs sanguinaires, eux qui veulent éviter l’éclat et le bruit ? Ils ont compté sans la trahison ; mais voici que la trahison vient à leur secours. Un disciple du Sauveur demande à être introduit près d’eux ; il a une proposition a leur l’aire : « Que me donnerez-vous, leur dit-il, et je vous le livrerai ? » Quelle joie pour ces misérables ! Ils sont docteurs de la loi, et ils ne se souviennent pas du Psaume CVIIIe, dans lequel David a prédit toutes les circonstances de cet infâme marché ; ni de l’oracle de Jérémie, qui va jusqu’à exprimer le prix de trente pièces d’argent comme la rançon du Juste. Cette même somme, Judas vient la leur demander ; ils la lui comptent sur l’heure. Tout est convenu. Demain Jésus sera dans Jérusalem ; il fera la Pâque. Sur le soir, il se rendra, selon son habitude, dans un jardin situé sur le penchant de la montagne des Oliviers. Mais, au milieu des ténèbres de la nuit, comment les gens chargés de l’arrêter le distingueront-ils de ses disciples ? Judas a tout prévu. Les soldats pourront en toute sûreté mettre la main sur celui auquel il aura donné un baiser.

Tel est l’horrible forfait qui s’accomplit aujourd’hui à l’ombre du Temple de Jérusalem. Pour en témoigner son exécration, et pour faire amende honorable au Fils de Dieu si indignement outragé par ce pacte monstrueux, la sainte Église, dès les premiers siècles, a consacré le jour du Mercredi à la pénitence. En nos temps encore, la sainte Quarantaine s’ouvre par un Mercredi ; et lorsque l’Église, quatre fois dans l’année, nous impose les jeûnes qui marquent chaque saison, le Mercredi est l’un des trois jours que nous devons consacrer à la mortification de notre corps.

Aujourd’hui avait lieu, dans l’Église Romaine, le sixième Scrutin pour l’admission des catéchumènes au baptême. On recevait, s’ils en étaient dignes, ceux sur lesquels on n’avait pas encore prononcé définitivement. A la Messe, il y avait deux lectures tirées des Prophètes, comme au jour du grand Scrutin, le Mercredi de la quatrième Semaine de Carême. Les catéchumènes sortaient de l’église comme à l’ordinaire, après l’Évangile ; mais lorsque le Sacrifice était terminé, ils étaient introduits de nouveau par le Portier, et l’un des Prêtres leur disait ces paroles : « Samedi prochain, veille de la Pâque, à telle heure, vous vous réunirez dans la Basilique de Latran, pour le septième Scrutin ; ensuite pour rendre le Symbole que vous devez avoir appris ; enfin pour recevoir, par le secours de Dieu, le bain sacré de la régénération. Préparez-vous-y avec zèle et humilité dans les jeûnes et les prières continuelles, afin que, ayant été ensevelis, par ce saint baptême, avec Jésus-Christ, vous ressuscitiez avec lui pour la vie éternelle. Amen. »

A Rome, la Station a lieu aujourd’hui dans la Basilique de Sainte-Marie-Majeure. Compatissons aux douleurs de notre Mère, dont le cœur éprouve de si cruelles angoisses dans l’attente du sacrifice qui se prépare.

 

A LA MESSE.

 

La sainte Église débute dans l’Introït par la glorification du saint Nom de Jésus, si outragé aujourd’hui par les hommes infâmes qui le prononcent avec tant de haine, dans l’odieux complot qu’ils ourdissent contre celui auquel il fut imposé, par ordre du ciel, pour annoncer notre salut. Ce Nom béni signifie Sauveur ; nous voici dans les jours où il doit recevoir toute sa signification.

Dans la première Collecte, l’Église confesse que ses enfants ont péché ; mais elle représente au Seigneur la Passion qu’a soufferte pour eux son Fils unique, et elle se laisse aller à l’espérance.

 

Lecture.

 

Qu’il est terrible ce libérateur qui foule ses ennemis sous ses pieds, comme les grappes du pressoir, au point que ses vêtements sont teints de leur sang ! Mais n’est-ce pas aujourd’hui qu’il importe de relever et d’exalter la vigueur de son bras, aujourd’hui qu’il est abreuvé d’humiliations, que ses ennemis, par le plus ignoble de tous les marchés, l’ont acheté d’un de ses disciples ? Il ne sera pas toujours dans l’abaissement ; il se relèvera bientôt, et la terre apprendra quelle est sa puissance, à la vue des châtiments dont il accablera ceux qui ont osé le fouler aux pieds. Jérusalem s’apprête à lapider ceux qui prêcheront en son nom ; elle sera la plus cruelle des marâtres pour ces vrais Israélites qui, dociles aux enseignements des Prophètes, ont reconnu dans Jésus tous les caractères du Messie. La Synagogue tentera d’étouffer l’Église dans son berceau ; mais à peine l’Église, secouant la poussière de ses pieds contre Jérusalem, se sera tournée vers les nations, que, semblable à une tempête, la vengeance du Christ viendra fondre sur la ville qui l’a acheté, qui l’a trahi, qui l’a crucifié. C’est alors que le sang du Juif coulera par torrents, à ce point que, dans une des rues de Jérusalem que dévorait l’incendie, il lutta avec la flamme et l’arrêta. Nous savons cet affreux détail par l’historien juif Josèphe, témoin oculaire du désastre de sa patrie. C’est ainsi que le Seigneur se vengera d’un peuple parricide, au jour où s’accompliront les menaces qu’il proférait avant-hier sur la montagne des Oliviers, en vue de la cité ingrate et perfide.

Et cependant la ruine de Jérusalem n’a été que la figure de cette autre ruine à laquelle le monde coupable est destiné, lorsque le divin vengeur que nous entendons contredire et bafouer tous les jours, reparaîtra sur les nuées du ciel pour rétablir son honneur outragé. Présentement il se laisse livrer, conspuer et méconnaître ; mais lorsque « le temps de racheter les siens sera venu, le jour de vengeance qu’appellent les désirs du juste », heureux ceux qui l’auront connu, qui auront compati à ses abaissements et à ses douleurs ! Malheur à ceux qui n’auront vu en lui qu’un homme ! Malheur à ceux qui, non contents de secouer son joug pour eux-mêmes, lui auront enlevé l’empire sur les autres ! Car il est Roi ; et il est venu en ce monde pour régner, et ceux qui auront repoussé sa clémence ne pourront fuir sa justice.

Le Graduel qui suit cette sublime lecture d’Isaïe est un cri de détresse que le Messie fait entendre par la bouche de David.

Dans la seconde Collecte, la sainte Église rappelle encore au Père céleste le supplice que son Fils a daigné endurer pour nous affranchir du joug de notre ennemi infernal, et demande que nous ayons part à la résurrection glorieuse de ce divin Médiateur.

 

ÉPÎTRE.

 

C’est encore Isaïe que nous entendons dans cette prophétie ; mais ce n’est plus le poète sublime qui chantait tout à l’heure les vengeances de l’Emmanuel. Le fils d’Amos soupire sur le ton de l’élégie les angoisses de l’Homme-Dieu, « du dernier des hommes, de l’homme de douleurs et voué à la souffrance ». C’est bien ici que le plus éloquent des Prophètes mérite d’être appelé le cinquième Évangéliste, comme parlent les Pères. Ne résume-t-il pas par avance le récit de la Passion, en nous montrant le Fils de Dieu « semblable à un lépreux, à un homme frappé de Dieu et humilié sous ses coups » ? Mais nous, à qui la sainte Église lit ces pages inspirées, et qui voyons se réunir l’Ancien et le Nouveau Testament pour nous donner tous les traits de la Victime universelle, comment reconnaîtrons-nous l’amour que Jésus nous témoigne en assumant sur lui seul toutes les vengeances que nous avions méritées ?

« Nous avons été guéris par ses meurtrissures. » O médecin céleste, qui prend sur lui les maladies de ceux qu’il veut guérir ! Mais il n’a pas seulement été « meurtri » pour nous ; il a encore été égorgé comme l’agneau à la boucherie. Mais peut-être n’a-t-il fait que se soumettre à l’inflexible justice du Père, a qui a mis sur lui l’iniquité de nous tous » ? Écoutez le Prophète : « S’il a été sacrifié, c’est parce que lui-même l’a voulu. » Son amour pour nous est égal à sa soumission envers son Père. Voyez comme il se garde de parler devant Pilate, qui pourrait d’un seul mot l’arracher à ses ennemis. « Il demeure dans le silence, sans ouvrir la bouche, semblable à l’agneau devant celui qui le tond. » Adorons ce divin silence qui nous sauve ; recueillons tous ces détails d’un dévouement que l’homme n’eut jamais pour l’homme, et qui ne pouvait se rencontrer que dans le cœur d’un Dieu. Comme il nous aime, nous « sa race », les fils de son sang, le salaire de son sacrifice ! Église sainte, postérité de Jésus mourant, tu lui es chère ; il t’a achetée d’un grand prix, et il se complaît en toi. Ames fidèles, rendez-lui amour pour amour ; âmes pécheresses, redevenez fidèles, puisez la vie dans son sang, et souvenez-vous que si « nous nous étions tous égarés comme des brebis errantes », le Seigneur « a mis sur lui l’iniquité de nous tous ». Il n’est pas de pécheur si coupable, pas de païen, pas d’infidèle, qui n’ait sa part dans ce sang précieux, dont la vertu infinie est telle qu’elle pourrait racheter des millions de mondes plus criminels encore que le nôtre.

Le Trait qui fait suite à cette Lecture est formé de quelques versets du Psaume CIe, dans lequel David exprime les souffrances de la nature humaine dans le Christ, au milieu des délaissements qu’il éprouve.

 

PASSION.

 

La sainte Église commence ensuite le récit de la Passion selon saint Luc. Cet Évangéliste donne un grand nombre de détails que les deux premiers avaient omis de rapporter ; avec son aide, nous pénétrons toujours plus avant dans le divin mystère des douleurs et du sacrifice de l’Homme-Dieu.

C’est encore la voix suppliante du Christ que l’on entend, à l’Offertoire, implorer le secours divin, et demander au Père céleste qu’il daigne ne pas détourner son visage de son propre Fils, qui est en proie à toutes les douleurs du corps et de l’âme.

Dans la Secrète, l’Église demande que nous ayons un sincère amour pour le divin Mystère dans lequel la Passion du Sauveur est retracée chaque jour.

Pour Antienne de la Communion, l’Église prend encore quelques versets de ce même Psaume CIe, qu’elle a employé au Trait et à l’Offertoire.

La mort du Fils de Dieu pour nous doit nous être sans cesse un motif de confiance en la divine miséricorde. Cette confiance est un des premiers éléments de notre salut. La sainte Église la demande pour nous dans la Postcommunion.

 

L’OFFICE DES TÉNÈBRES.

 

Aujourd’hui et les deux jours suivants, l’Église anticipe à la veille l’Office de nuit du lendemain, afin de donner au peuple chrétien une plus grande facilité d’y prendre part. Les Matines et Laudes du Jeudi saint seront donc célébrées aujourd’hui dans les heures de l’après-midi. Les fidèles doivent s’empresser d’assister à ce solennel office, autant que leurs occupations le leur permettent, puisque c’est pour eux-mêmes que l’Église en intervertit les heures. Quant au mérite de cette pieuse assistance, on ne saurait douter qu’il ne surpasse celui de toute pratique de dévotion privée. Le plus sûr moyen d’arriver au cœur de Dieu sera toujours d’employer l’intermédiaire de son Église ; et quant aux saintes impressions qui peuvent nous aider à pénétrer dans les mystères de ces trois grandes journées, celles que l’on puise dans les divins Offices sont, pour l’ordinaire, plus fortes et plus sûres que celles que l’on chercherait dans les livres humains. Nourrie de la méditation des paroles et des rites de la sainte Liturgie, l’âme chrétienne profitera doublement des exercices et des lectures auxquels elle ne manquera pas de se livrer en son particulier. La prière de l’Église sera donc la base sur laquelle s’élèvera tout l’édifice de la piété chrétienne, en ces sublimes anniversaires : par là nous imiterons nos pères qui, dans les siècles de foi, furent si profondément chrétiens, parce qu’ils vivaient de la vie de l’Église par la sainte Liturgie.

Pour terminer cette journée, nous empruntons à l’Église Grecque les strophes suivantes, qui se rapportent aux mystères du Mercredi saint.

In Parasceve.

Aujourd’hui Judas a quitté son Maître pour se faire le disciple du diable ; la passion de l’argent l’a aveuglé ; ébloui par la lumière, il est tombé. Peut-on dire qu’il avait encore l’usage de la vue, celui qui a vendu pour trente pièces d’argent la Lumière du monde ? Mais celui qui a souffert pour le monde s’est levé sur nous comme un soleil. Crions vers lui et disons : Vous qui avez eu compassion des hommes, et avez souffert pour eux, gloire à vous !

Qui t’a porté, Judas, à trahir le Sauveur ? T’a-t-il retranché du collège des Apôtres ? T’a-t-il privé du don de guérir les maladies. Dans la cène qu’il faisait avec les autres, t’a-t-il chassé de la table ? Quand il a lavé les pieds des autres, a-t-il négligé les tiens ? Que de bienfaits envers toi ! Et tu les as tous oubliés. Ton ingrat complot t’a rendu infâme. Son incomparable patience, son immense miséricorde sont connues de tous.

Hommes injustes, dites, qu’avez-vous entendu de la bouche de notre Sauveur ? N’a-t-il pas exposé la Loi et les enseignements des Prophètes ? Pourquoi donc ce Verbe, qui est de Dieu et qui vient racheter nos âmes, voulez-vous le livrer à Pilate ?

Ceux-là mêmes, ô Christ, qui avaient été comblés de vos continuelles faveurs, criaient : Qu’il soit crucifié ! Ces meurtriers des justes demandaient que celui qui avait fait le bien fût traité comme un malfaiteur : mais vous gardiez le silence, et vous supportiez leur méchanceté ; vous vouliez souffrir et nous sauver, ô ami des hommes.

Nos péchés nombreux nous enlèvent la hardiesse de parler ; mais vous, Vierge Mère de Dieu, suppliez pour nous celui qui est né de vous. La prière d’une mère a un grand pouvoir sur la clémence du Seigneur. Ne méprisez pas l’humble demande des pécheurs, ô très chaste ! Car il est miséricordieux et puissant pour sauver, celui qui est allé jusqu’à souffrir pour nous.

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31 mars 2015 2 31 /03 /mars /2015 04:00

 

Cette journée voit encore Jésus se diriger dès le matin vers Jérusalem. Il veut se rendre au Temple, et y confirmer ses derniers enseignements. Mais il est aisé de voir que le dénouement de sa mission est au moment d’éclater. Lui-même, aujourd’hui, a dit à ses disciples : « Vous savez que c’est dans deux jours que l’on fera la Pâque, et que le Fils de l’homme sera livré pour être crucifié [19]. »

Sur la route de Béthanie à Jérusalem, les disciples qui marchent en la compagnie de leur maître sont frappés d’étonnement à la vue du figuier que Jésus avait maudit le jour précédent. Il était desséché, comme un bois mort, des racines au sommet. Pierre alors s’adressant à Jésus : « Maître, lui dit-il, voici le figuier que vous avez maudit ; voyez comme il s’est desséché. » Jésus, profitant de l’occasion pour nous apprendre à tous que la nature physique est subordonnée à l’élément spirituel, quand celui-ci se tient uni à Dieu par la foi, leur dit : « Ayez foi en Dieu. Je vous le dis : celui qui dira à cette montagne : Ôte-toi, et va te jeter dans la mer ; s’il n’hésite pas dans son cœur, mais s’il croit fermement à l’accomplissement de ce qu’il vient de dire, celui-là verra l’effet de sa parole. Quand vous demandez, une chose dans la prière, croyez que vous l’obtiendrez, et il en sera ainsi [20]. »

Continuant la route, bientôt on entre dans la ville, et à peine Jésus est-il arrivé dans le Temple, que les princes des prêtres, les scribes et les anciens l’accostent et lui disent : « Par quelle autorité faites-vous ce que vous faites ? Qui vous a donné ce pouvoir ? [21] » On peut voir dans le saint Évangile la réponse de Jésus, ainsi que les divers enseignements qu’il donna en cette rencontre. Nous ne faisons qu’indiquer d’une manière générale l’emploi des dernières heures de la vie mortelle du Rédempteur ; la méditation du livre sacré suppléera à ce que nous ne disons pas.

Comme les jours précédents, Jésus sort de la ville vers le soir, et franchissant la montagne des Oliviers, il se retire à Béthanie, auprès de sa mère et de ses amis fidèles.

L’Église lit aujourd’hui, à la Messe, le récit de la Passion selon saint Marc. Dans l’ordre des temps, l’Évangile de saint Marc fut écrit après celui de saint Matthieu : c’est la raison pour laquelle cette Passion vient au second rang. Elle est plus courte que celle de saint Matthieu, dont elle semble le plus souvent l’abrégé ; mais on y trouve certains détails qui sont propres à cet Évangéliste, et attestent les remarques d’un témoin oculaire. On sait que saint Marc était disciple de saint Pierre, et que ce fut sous les yeux du Prince des Apôtres qu’il écrivit son Évangile.

A Rome, la Station est aujourd’hui dans l’Église de Sainte-Prisque, qui fut la maison où habitèrent les deux époux Aquila et Prisca, auxquels saint Paul envoie ses salutations dans son Épître aux Romains. Plus tard, au IIIe siècle, le Pape saint Eutychien y transporta, à cause de la similitude du nom, le corps de sainte Prisque, vierge romaine et martyre.

 

A LA MESSE.

 

Dans trois jours la Croix s’élèvera sur la montagne sainte, portant sur ses bras l’auteur de notre salut. Aujourd’hui l’Église, dans l’Introït, nous avertit par avance de saluer ce trophée de notre victoire, et de nous glorifier en lui.

Dans la Collecte, l’Église demande que les saints anniversaires de la Passion du Sauveur soient pour nous une source de pardon ; et qu’ils ne se terminent pas sans que nous soyons pleinement réconciliés avec la justice divine.

C’est encore une fois Jérémie qui nous fait entendre sa voix plaintive à l’épître. Il nous donne aujourd’hui les propres paroles de ses ennemis, qui ont conspiré de le faire mourir. Tout y est mystérieux ; et l’on sent que le Prophète est ici la figure d’un plus grand que lui. « Mettons, disent-ils, du bois dans son pain », c’est-à-dire : Jetons un bois vénéneux dans sa nourriture, afin de lui causer la mort. Tel est le sens littéral, quand il ne s’agit que du Prophète ; mais combien ces paroles s’accomplissent plus pleinement dans notre Rédempteur ! Sa chair divine est, nous dit-il, un Pain véritable descendu du ciel ; ce Pain, ce corps de l’Homme-Dieu, est meurtri, déchiré, sanglant ; les Juifs le clouent sur le bois, en sorte qu’il en est tout pénétré, en même temps que ce bois est tout arrosé de son sang. C’est sur le bois de la croix que l’Agneau de Dieu est immolé ; c’est par son immolation que nous sommes mis en possession d’un Sacrifice digne de Dieu ; et c’est par ce Sacrifice que nous participons au Pain céleste, qui est en même temps la chair de l’Agneau et notre Pâque véritable.

Le Graduel, tiré du Psaume XXXIV, exprime le contraste de la vie humble du Sauveur avec les airs menaçants et superbes de ses ennemis.

La Passion selon saint Marc est chantée, après ce Graduel, avec les mêmes rites qui ont été observés pour celle de saint Matthieu, sauf l’usage des rameaux qui ne sont plus employés.

A l’Offertoire, le Messie demande le secours de son Père contre les embûches de ses ennemis qui se préparent à le faire mourir.

Dans la Secrète, la sainte Église présente à la Majesté divine le tribut de nos jeûnes avec l’hostie sainte, de laquelle ils empruntent leur mérite et leur efficacité.

Les paroles du Psalmiste que l’Église emprunte pour l’Antienne de la Communion nous représentent l’audace toujours croissante des ennemis du Sauveur, et les dispositions de son âme à la veille du sacrifice qu’il va bientôt offrir.

Dans la Postcommunion, l’Église demande pour nous, par les mérites du Sacrifice qu’elle vient de renouveler, l’entière guérison de nos maux, dont le sang de l’Agneau divin est le remède.

 

 

Nous terminerons cette journée en insérant ici quelques strophes empruntées à l’Église grecque sur la Passion du Sauveur.

In Parasceve.

Votre côté ouvert, ô Christ, semblable à la fontaine qui jaillissait d’Éden, arrose votre Église comme un jardin spirituel ; la source qui en émane se divise en quatre fleuves qui sont les quatre Évangiles ; le monde en est arrosé, la création vivifiée, les nations instruites à vénérer dans la foi votre règne.

O Christ, auteur de la vie, vous avez été crucifié pour moi, afin de verser sur mon âme, comme d’une fontaine, la rémission des péchés. Votre côté a été traversé par la lance, afin d’ouvrir sur moi les sources de la vie ; vous avez été percé par les clous, afin que, découvrant dans la profondeur de vos souffrances l’immensité de votre souverain pouvoir, je m’écrie : Gloire à votre Croix et à votre Passion, ô Sauveur !

Vous avez déchiré, ô Christ, la cédule de notre condamnation sur votre Croix ; mis au rang des morts, vous avez enchaîné le tyran et délivré tous les captifs par votre résurrection. C est elle qui nous a illuminés, ô Seigneur, ami des hommes ! Nous vous crions : Souvenez-vous de nous aussi, ô Sauveur, dans votre Royaume !

Votre Mère, ô Christ, qui vous a enfanté sans le secours de l’homme, et qui est demeurée vierge après l’enfantement, nous l’amenons devant vous, Seigneur miséricordieux, afin qu’elle intercède pour nous, et que vous accordiez l’éternel pardon à ceux qui crient : Souvenez-vous de nous aussi, Seigneur, dans votre Royaume !

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30 mars 2015 1 30 /03 /mars /2015 04:01

 

Jésus se rend encore aujourd’hui à Jérusalem, dès le matin, avec ses disciples. Il était parti à jeun, et le récit sacré nous dit qu’il eut faim sur la route [17]. Il s’approcha d’un figuier ; mais cet arbre n’avait encore que des feuilles. Jésus, voulant nous donner un enseignement, maudit le figuier, qui sécha tout à coup. Il exprimait par ce châtiment le sort de ceux qui n’ont que de bons désirs, et sur lesquels le fruit de la conversion ne se cueille jamais. L’allusion à Jérusalem n’était pas moins frappante. Cette ville était zélée pour l’extérieur du culte divin ; mais son cœur était aveugle et endurci ; bientôt elle allait rejeter et crucifier le Fils du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob.

La journée se passa en grande partie dans le Temple, où Jésus eut de longs entretiens avec les princes des prêtres et les anciens du peuple. Il parla avec plus de force que jamais, et déjoua leurs questions insidieuses. On peut voir, principalement en saint Matthieu, Chapitres XXI, XXII et XXIII, le détail des discours du Sauveur, qui deviennent de plus en plus véhéments, et dénoncent aux Juifs avec une énergie toujours croissante le crime de leur infidélité et la terrible vengeance qu’elle doit amener.

Enfin Jésus sortit du Temple, et se dirigea vers Béthanie. Arrivé sur la montagne des Oliviers, d’où l’on dominait la ville, il s’assit un moment. Ses disciples profitèrent de cet instant de repos pour lui demander à quelle époque auraient lieu les châtiments qu’il venait de prédire contre le Temple. Alors Jésus, réunissant dans un même tableau prophétique le désastre de Jérusalem et la destruction violente de ce monde à la fin des temps, parce que la première de ces deux calamités est la figure de la seconde, annonça ce qui doit arriver quand la mesure du péché sera comblée. Quant à ce qui est de la ruine de Jérusalem en particulier, il en fixa la date par ces paroles : « En vérité, je vous le dis : Cette génération d’hommes ne passera pas que toutes ces choses ne soient accomplies [18]. » En effet, quarante ans étaient à peine écoulés que l’armée romaine, accourue pour exterminer le peuple déicide, menaçait du haut de la montagne des Oliviers, de cette place même où le Sauveur est assis aujourd’hui, l’ingrate et dédaigneuse Jérusalem. Jésus, après avoir parlé longuement encore sur le jugement divin qui doit réviser un jour tous les jugements des hommes, rentre dans Béthanie, et vient rassurer par sa présence le cœur affligé de sa très sainte mère.

En ce jour, la Station, à Rome, est dans l’Église de Sainte-Praxède. Cette église dans laquelle, au IXe siècle, le pape saint Paschal déposa deux mille trois cents corps de Martyrs qu’il avait extraits des Catacombes, possède la colonne à laquelle notre Seigneur tut attaché pendant le supplice de la flagellation.

 

A LA MESSE.

 

Les paroles de l’Introït sont extraites du Psaume XXXIV. Le Christ, par la bouche de David, implore le secours de son Père contre les ennemis qui l’environnent de toutes parts.

Dans la Collecte, l’Église nous apprend à recourir aux mérites de la Passion du Sauveur, quand nous voulons obtenir de Dieu le secours dont nous avons besoin dans nos nécessités.

 

ÉPITRE.

 

Aujourd’hui, c’est Isaïe, ce Prophète si précis et si éloquent sur les épreuves du Messie, qui vient nous révéler les souffrances de notre Rédempteur, et la patience qu’il opposera aux mauvais traitements de ses ennemis. Jésus a accepté sa mission de Victime universelle, et il ne recule devant aucune douleur, devant aucune humiliation. « Il ne détourne point son visage de ceux qui le frappent et le couvrent de crachats. » Quelles réparations ne devons-nous pas à cette souveraine majesté qui, pour nous sauver, s’est livrée à de tels outrages ? Voyez ces Juifs lâches et cruels : ils ne tremblent plus devant leur victime. Auparavant, dans le jardin des Oliviers, un seul mot de sa bouche les a jetés par terre ; mais, depuis, il s’est laissé lier et traîner chez le grand-prêtre. On l’accuse ; des clameurs s’élèvent contre lui ; il répond à peine quelques mots. Jésus de Nazareth, ce docteur, ce thaumaturge, a perdu son prestige ; on peut tout oser contre lui. C’est ainsi que le pécheur se rassure, quand il a entendu gronder la foudre et qu’elle ne l’a pas écrasé. Cependant les saints Anges s’anéantissent devant cette face auguste que ces misérables ont meurtrie et souillée ; prosternons-nous avec eux, et demandons grâce : car nos péchés aussi ont maltraité cet auguste visage.

Mais écoutons les dernières paroles de notre Sauveur, et rendons grâces. Il dit : « Celui qui marchait dans les ténèbres et qui n’avait pas la lumière, qu’il espère maintenant. » C’est le Gentil plongé dans le vice et dans l’idolâtrie. Il ignore ce qui se passe en ce moment à Jérusalem ; il ne sait pas que la terre possède un Homme-Dieu, et que cet Homme-Dieu est, à cette heure même, foulé sous les pieds d’un peuple qu’il avait choisi et comblé de faveurs ; mais bientôt la lumière de L’Évangile viendra poursuivre de ses rayons cet infidèle. Il croira, il se soumettra ; il aimera son libérateur jusqu’à lui rendre vie pour vie et sang pour sang. Alors s’accomplira l’oracle de l’indigne pontife qui, prophétisant malgré lui le salut des Gentils par la mort de Jésus, annonçait en ces derniers jours que cette mort allait réunir dans une seule famille les enfants de Dieu qui étaient dispersés sur la surface de la terre.

Dans le Graduel, David continue d’appeler contre les bourreaux du Messie les vengeances qu’ont méritées leur ingratitude et leur endurcissement.

Le Trait est celui que, depuis le Mercredi des Cendres, l’Église chante à la Messe chaque semaine, les lundi, mercredi et vendredi, pour implorer la miséricorde divine sur les œuvres de la pénitence quadragésimale.

 

ÉVANGILE.

 

Nous avons remarqué plus haut que le récit évangélique qui vient d’être lu se rapporte au Samedi, veille du Dimanche des Rameaux, et qu’il a été inséré dans la Messe d’aujourd’hui parce que, dans l’antiquité, ce Samedi n’avait pas de Station. La sainte Église a voulu porter notre attention sur cet intéressant épisode des derniers jours de notre Rédempteur, parce qu’il nous aide à saisir l’ensemble des circonstances qui se produisaient à ce moment autour de lui.

Marie-Madeleine, dont la conversion était, il y a quelques jours, l’objet de notre admiration, est appelée à figurer dans les scènes de la Passion et de la Résurrection de son maître. Type de l’âme purifiée et admise ensuite aux faveurs célestes, il nous importe de la suivre dans les diverses phases que la grâce divine lui fait parcourir. Nous l’avons montrée s’attachant aux pas de son Sauveur et subvenant à ses besoins ; ailleurs le saint Évangile nous la fait voir préférée à Marthe sa sœur, parce qu’elle a choisi la meilleure part ; dans les jours où nous sommes, elle nous intéresse surtout par son tendre attachement à Jésus. Elle sait qu’on le cherche pour le faire mourir ; et l’Esprit Saint, qui la conduit intérieurement à travers les états toujours plus parfaits qui se succèdent en elle, veut qu’aujourd’hui elle accomplisse une action prophétique à l’égard de ce qu’elle redoute le plus.

Entre les trois présents des Mages, l’un d’eux était un signe de mort pour le divin Roi que ces hommes fidèles étaient venus saluer du fond de l’Orient : c’était la myrrhe, parfum funéraire qui fut employé si abondamment dans la sépulture du Sauveur. Nous avons vu que Madeleine, au jour de sa pénitence, témoigna de son changement de vie par l’effusion du plus précieux de ses parfums sur les pieds de Jésus. Aujourd’hui, elle a recours encore à cette touchante manifestation de son amour. Son maître divin est à table chez Simon le Lépreux ; Marie, la Mère de douleurs, est avec lui, ainsi que les disciples ; Marthe veille au service ; tout est calme dans cette maison ; mais de tristes pressentiments sont au fond des cœurs. Tout à coup Madeleine paraît, portant dans ses mains un vase rempli d’une huile de nard du plus grand prix. Elle se dirige vers Jésus, et s’attachant à ses pieds, elle les inonde de ce parfum ; et cette fois encore elle les essuie avec ses cheveux.

Jésus était étendu sur un de ces lits dont les Orientaux se servaient, lorsqu’ils prenaient leur repas dans les festins ; il était donc facile à Madeleine d’arriver aux pieds de son maître, et de renouveler cette démonstration de respect et de tendresse à laquelle elle s’était livrée autrefois chez le pharisien ; mais en ce jour le récit sacré ne nous dit pas qu’elle ait mêlé ses larmes à son parfum. Deux des Évangélistes, dont saint Jean a voulu compléter la narration trop succincte, nous apprennent qu’elle répandit aussi cette huile de senteur sur la tête du Sauveur. Madeleine sentait-elle en ce moment toute la portée de l’action que l’Esprit divin lui inspirait ? L’Évangile ne le dit pas ; mais Jésus révéla le mystère à ses disciples ; et nous qui recueillons ses paroles, nous apprenons par ce fait que la Passion de notre Rédempteur est, pour ainsi dire, commencée, puisque déjà la main de Madeleine L’embaume pour le tombeau.

La suave et pénétrante odeur du parfum avait rempli toute la salle. L’un des disciples, Judas Iscariote, ose protester contre ce qu’il appelle une profusion. La bassesse de cet homme et son avarice l’ont rendu insensible et sans pudeur. La voix de plusieurs des disciples s’unit à la sienne : tant leurs pensées étaient vulgaires encore ! Jésus permit cette indigne réclamation pour plusieurs motifs. Il voulait d’abord annoncer sa mort prochaine à ceux qui l’entouraient, en leur dévoilant le secret exprime par cette effusion d’un parfum sur son corps. Son but ensuite était de glorifier Madeleine, dont l’amour était à la fois si tendre et si ardent ; et c’est alors qu’il annonça que la renommée de cette illustre pénitente s’étendrait par toute la terre, aussi loin que l’Évangile lui-même pénétrerait. Enfin il voulait par avance consoler les âmes pieuses auxquelles son amour inspirerait de faire des largesses à ses autels, et les venger des critiques mesquines dont elles devaient souvent être l’objet.

Recueillons ces enseignements divins. Aimons à honorer Jésus dans sa personne comme dans ses pauvres. Honorons Madeleine et mettons-nous à sa suite, lorsque bientôt nous la verrons si assidue au Calvaire et au sépulcre. Enfin préparons-nous à embaumer notre Sauveur, en réunissant pour sa sépulture la myrrhe des Mages, qui figure la pénitence, et le précieux nard de Madeleine, qui représente l’amour généreux et compatissant.

Dans l’Offertoire, le Psalmiste, au nom du Rédempteur, après avoir imploré le secours, demande à Dieu qu’il daigne être fidèle dans l’accomplissement de ses divins décrets pour le salut de l’homme.

La Secrète exprime toute la force divine de nos augustes Mystères. Non seulement ce Sacrifice purifie les âmes, mais il les élève jusqu’à l’union parfaite avec celui qui est leur principe et leur auteur.

Après la participation des fidèles au Mystère divin, on entend retentir, dans l’Antienne de la Communion, une malédiction contre les ennemis du Sauveur. C’est ainsi que, dans le gouvernement du monde, Dieu opère au même moment selon la miséricorde et selon la justice.

La sainte Église conclut les prières de ce Sacrifice en demandant pour ses enfants la conservation de l’esprit de ferveur qu’ils viennent de puiser à sa source.

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28 mars 2015 6 28 /03 /mars /2015 05:03

Aujourd’hui nous commençons, avec le saint Évangile, à compter d’une manière précise les jours qui doivent s’écouler encore avant l’immolation de notre divin Agneau. Ce Samedi est le sixième jour avant la Pâque, selon la supputation de saint Jean, au Chapitre XII.

 

Jésus est à Béthanie ; on donne un festin en son honneur. Lazare ressuscite assiste à ce repas qui a lieu chez Simon le Lépreux. Marthe s’occupe des soins du ménage ; sa sœur, Marie-Madeleine, à qui l’Esprit-Saint fait pressentir que la mort et la sépulture de son bien-aimé maître approchent, a préparé un parfum qu’elle vient répandre sur lui. Le saint Évangile, qui observe toujours une discrétion pleine de mystères sur la Mère de Jésus, ne nous dit point qu’elle était, en ce moment, à Béthanie ; mais il est impossible d’en douter. Les Apôtres s’y trouvaient aussi, et prirent part au repas. Pendant que les amis du Sauveur se serraient ainsi autour de lui, dans ce village de Béthanie, situé à deux mille pas de Jérusalem, le ciel devenait plus sombre au-dessus de la ville infidèle. Jésus doit cependant demain y faire une apparition ; mais ses disciples l’ignorent encore. Le cœur de Marie est en proie à toutes les tristesses ; Madeleine est absorbée dans des pensées de deuil ; tout annonce que le fatal dénouement est près d’éclater.

L’Église a cependant réservé le passage de l’Évangile de saint Jean qui raconte les faits de cette journée pour la Messe de Lundi prochain. La raison de cette particularité est que, jusqu’au XIIe siècle, il n’y avait pas aujourd’hui de Station à Rome. Le Pape préludait par une journée de vacation aux fatigues de la grande Semaine, dont les solennelles fonctions doivent commencer dès demain. Mais s’il ne présidait pas l’assemblée des fidèles, il ne laissait pas d’accomplir en ce jour deux prescriptions traditionnelles qui avaient leur importance dans les usages liturgiques de l’Église romaine.

Dans le cours de l’année, le Pape avait coutume d’envoyer, chaque dimanche, une portion de la sainte Eucharistie consacrée par lui à chacun des prêtres qui desservaient les Titres presbytéraux, ou églises paroissiales de la ville. Cet envoi, ou plutôt cette distribution, avait lieu dès aujourd’hui pour toute la Semaine sainte, peut-être parce que la fonction de demain n’aurait pas permis de l’effectuer aisément. Les anciens monuments liturgiques de Rome nous apprennent que la remise du pain sacré se faisait, en ce jour, dans le Consistoire de Latran ; le bienheureux Cardinal Tommasi et Benoît XIV inclinent à croire que les évêques des Églises suburbicaires y avaient part. On a d’autres preuves par l’antiquité que les Évêques s’envoyaient quelquefois mutuellement la sainte Eucharistie, en signe de la communion qui les unissait. Quant aux prêtres préposés aux Titres presbytéraux de la ville, auxquels était remise chaque semaine une portion de l’Eucharistie consacrée par le Pape, ils s’en servaient à l’autel, en mettant une parcelle de ce pain sacré dans le calice, avant de communier.

L’autre usage de ce jour consistait en une aumône générale à laquelle le Pape présidait, et qui sans doute était destinée par son abondance à suppléer à celle qui ne pouvait avoir lieu dans la Semaine sainte, trop remplie par les offices divins et les autres cérémonies. Les liturgistes du moyen âge montrent avec une pieuse complaisance la touchante relation qui existe entre le Pontife Romain exerçant en personne les œuvres de miséricorde envers les pauvres, et Marie-Madeleine embaumant de ses parfums, aujourd’hui même, les pieds du Sauveur.

Postérieurement au XIIe siècle, on a établi une Station en ce jour ; elle a lieu dans l’Église Saint-Jean devant la Porte Latine. Cette antique basilique s’élève près du lieu où le Disciple bien-aimé fut, par ordre de Domitien, plongé dans une chaudière d’huile bouillante.

 

ÉPÎTRE.

 

On ne lit pas sans frémir ces effrayants anathèmes que Jérémie, ligure de Jésus-Christ, adresse aux Juifs, ses persécuteurs. Cette prédiction, qui s’accomplit à la lettre lors de la première ruine de Jérusalem par les Assyriens, reçut une confirmation plus terrible encore, à la seconde visite de la colère de Dieu sur cette ville maudite. Ce n’était plus seulement Jérémie, un prophète, que les Juifs avaient poursuivi de leur haine et de leurs indignes traitements ; c’était le Fils même de Dieu qu’ils avaient rejeté et crucifié. C’est à leur Messie tant attendu qu’ils avaient « rendu le mal pour le bien ». Ce n’était pas seulement Jérémie « qui avait prié le Seigneur de leur faire grâce et de détourner de dessus eux son indignation » ; l’Homme-Dieu lui-même avait intercédé constamment en leur faveur ; et si enfin il les abandonnait à la justice divine, c’était après avoir épuisé toutes les voies de la miséricorde et du pardon. Mais tant d’amour avait été stérile ; et ce peuple ingrat, toujours plus irrité contre son bienfaiteur, s’écriait dans les transports de sa haine : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants ! » Quel affreux arrêt Juda portait contre lui-même, en formant son épouvantable souhait ! Dieu l’entendit et s’en souvint. Le pécheur, hélas ! qui connaît Jésus-Christ et le prix de son sang, et qui répand de nouveau à plaisir ce sang précieux, ne s’expose-t-il pas aux rigueurs de cette même justice qui se montra si terrible envers Juda ? Tremblons et prions ; implorons la miséricorde divine en faveur de tant d’aveugles volontaires, de cœurs endurcis, qui courent à leur perte ; et par nos instances adressées au Cœur miséricordieux de notre commun Rédempteur, obtenons que l’arrêt qu’ils ont mérité soit révoqué et se change en une sentence de pardon.

 

ÉVANGILE.

 

Les ennemis du Sauveur sont arrivés à ce degré de fureur qui fait perdre le sens. Lazare ressuscité est devant leurs yeux ; et au lieu de reconnaître en lui la preuve incontestable de la mission divine de Jésus, et de se rendre enfin à l’évidence, ils songent à faire périr ce témoin irrécusable, comme si Jésus, qui l’a ressuscité une fois, ne pouvait pas de nouveau lui rendre la vie. La réception triomphale que le peuple fait au Sauveur dans Jérusalem, et dont la commémoration fera l’objet de la solennité de demain, vient encore accroître leur dépit et leur haine. « Nous n’y gagnons rien, disent-ils ; tout le monde va après lui. » Hélas ! Cette ovation d’un moment sera promptement suivie d’un de ces retours auxquels le peuple n’est que trop sujet. En attendant, voici jusqu’à des Gentils qui se présentent pour voir Jésus. C’est l’annonce du prochain accomplissement de la prophétie du Sauveur : « Le royaume des cieux vous sera enlevé, pour être donné à un peuple qui en produira les fruits [9] ». C’est alors que « le Fils de l’homme sera glorifié », que toutes les nations protesteront par leur humble hommage au Crucifié, contre l’affreux aveuglement des Juifs. Mais auparavant il faut que le divin « Froment soit jeté en terre, qu’il y meure » ; puis viendra le temps de la récolte, et l’humble grain rendra cent pour un.

Jésus cependant éprouve dans son humanité un moment de trouble à la pensée de cette mort. Ce n’est pas encore l’agonie du jardin ; mais un frisson l’a saisi. Écoutons ce cri : « Père ! sauvez-moi de cette heure. » Chrétiens, c’est notre Dieu qui s’émeut de crainte, en prévoyant ce qu’il aura bientôt à souffrir pour nous. Il demande d’échapper à cette destinée qu’il a prévue, qu’il a voulue. « Mais, ajoute-t-il, c’est pour cela que je suis venu ; ô Père, glorifiez votre nom. » Son cœur est calme maintenant ; il accepte de nouveau les dures conditions de notre salut. Entendez aussi cette parole de triomphe. Par la vertu du sacrifice qui va s’offrir, Satan sera détrôné ; « ce prince du monde va être jeté dehors. » Mais la défaite de Satan n’est pas l’unique fruit de l’immolation de notre Sauveur ; l’homme, cet être terrestre et dépravé, va quitter la terre et s’élever jusqu’au ciel. Le Fils de Dieu, comme un aimant céleste, l’attirera désormais à soi. « Quand je serai élevé de terre, dit-il, quand je serai attaché à ma croix, j’attirerai tout à moi. » Il ne pense plus à ses souffrances, à cette mort terrible qui tout à l’heure l’effrayait ; il ne voit plus que la ruine de notre implacable ennemi, que notre salut et notre glorification par sa croix. Nous avons dans ces paroles le cœur tout entier de notre Rédempteur ; si nous les méditons, elles suffisent à elles seules pour disposer nos âmes à goûter les mystères ineffables dont est remplie la grande Semaine qui s’ouvre demain.

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27 mars 2015 5 27 /03 /mars /2015 05:05
 

A Rome, la Station est dans l’Église de Saint-Etienne, au mont Cœlius. En ce jour qui devait être consacré à vous Marie, la Reine des Martyrs, il est touchant de reconnaître que, par une sorte de pressentiment prophétique, cette église dédiée au premier des Martyrs se trouvait déjà désignée, dès la plus haute antiquité, pour la réunion des fidèles.

 

ÉPÎTRE.

 

Jérémie est une des principales figures de Jésus-Christ dans l’Ancien Testament, où il représente spécialement le Messie persécuté par les Juifs. C’est ce qui a porté l’Église à choisir ses Prophéties pour sujet des lectures de l’Office de la nuit, dans les deux semaines consacrées à la Passion du Sauveur. Nous venons d’entendre une des plaintes que ce juste adresse à Dieu contre ses ennemis ; et c’est au nom du Christ qu’il parle. Écoutons ces accents désoles qui dépeignent à la fois la malice des Juifs, et celle des pécheurs qui persécutent Jésus-Christ au sein même du christianisme.

« Ils ont, dit le Prophète, abandonné la source des eaux vives. » Juda a perdu le souvenir de la roche du désert, d’où jaillirent les eaux dont il étancha sa soif ; ou, s’il se la rappelle encore, il ne sait plus que cette roche mystérieuse représentait le Messie.

 

Cependant Jésus est là dans Jérusalem, et il crie : « Que celui qui a soif vienne à moi, et qu’il se désaltère. » Sa bonté, sa doctrine, ses œuvres merveilleuses, les oracles accomplis en lui, disent assez que l’on doit croire à sa parole. Juda est sourd à l’invitation ; et plus d’un chrétien imite son endurcissement. Il en est qui ont goûté à la « source des eaux vives », et qui s’en sont détournés pour aller se désaltérer aux ruisseaux bourbeux du monde ; et leur soif s’en est irritée davantage. Qu’ils tremblent en voyant le châtiment des Juifs ; car s’ils ne reviennent pas au Seigneur leur Dieu, ils tomberont dans ces ardeurs dévorantes et éternelles, où l’on refuse une goutte d’eau à celui qui l’implore. Le Sauveur, par la bouche de Jérémie, annonce « un jour de malheur » qui doit fondre sur les Juifs ; plus tard, lorsqu’il vient en personne, il prévient les Juifs que la tribulation qui tombera sur Jérusalem, en punition de son déicide, sera si affreuse, que « depuis le commencement du monde elle n’a pas eu sa pareille, et ne l’aura jamais dans la suite des siècles [12] ». Mais si le Seigneur a vengé avec tant de rigueur le sang de son Fils contre une ville qui fut longtemps l’escabeau de ses pieds, et contre un peuple qu’il avait préfère à tous les autres, épargnera-t-il le pécheur qui, malgré les invitations de l’Église, s’obstine à rester dans son endurcissement ? Juda eut le malheur de combler la mesure de ses iniquités ; nous aussi, nous avons tous une mesure de mal que la justice de Dieu ne nous permettrait pas de dépasser. Hâtons-nous d’ôter le péché ; songeons à remplir l’autre mesure, celle des bonnes œuvres ; et prions pour les pécheurs qui ne se convertiront pas en ces jours. Demandons que ce sang divin, qu’ils mépriseront encore une fois, et dont ils sont couverts, ne s’appesantisse pas sur eux.

 

ÉVANGILE.

 

La vie du Sauveur est menacée plus que jamais. Le conseil de la nation s’est réuni pour aviser à se défaire de lui. Écoutez ces hommes que la plus vile des passions, la jalousie, a rassemblés. Ils ne nient pas les miracles de Jésus ; ils sont donc en mesure de porter un jugement sur sa mission, et ce jugement devrait être favorable. Mais ce n’est pas dans ce but qu’ils sont venus ; c’est pour s’entendre sur les moyens de le faire périr. Que se diront-ils à eux-mêmes ? Quels sentiments exprimeront-ils en commun pour légitimer cette résolution sanguinaire ? Ils oseront mettre en avant la politique, l’intérêt de la nation. Si Jésus continue de se montrer et d’opérer des prodiges, bientôt la Judée va se lever pour le proclamer son Roi, et les Romains ne tarderont pas à venir venger l’honneur du Capitole outragé par la plus faible des nations qui soit dans l’Empire. Insensés, qui ne comprennent pas que si le Messie eût dû être roi à la manière de ce monde, toutes les puissances de la terre seraient demeurées sans force contre lui ! Que ne se souviennent-ils plutôt de la prédiction de Daniel, qui a annoncé que dans le cours de la soixante-dixième semaine d’années, à partir du décret pour la réédification du temple, le Christ sera mis à mort, et le peuple qui l’aura renié ne sera plus son peuple [13] ; qu’après ce forfait un peuple commandé par un chef militaire viendra, et renversera la ville et le temple ; que l’abomination de la désolation entrera dans le sanctuaire, et que la désolation s’établira à Jérusalem, pour y demeurer jusqu’ à la fin [14] ! En mettant à mort le Messie, ils vont du même coup anéantir leur patrie.

 

En attendant, l’indigne pontife qui préside aux derniers jours de la religion mosaïque s’est revêtu de l’éphod, et il a prophétisé, et sa prophétie est selon la vérité. Ne nous en étonnons pas. Le voile du temple n’est pas déchiré encore ; l’alliance entre Dieu et Juda n’est pas rompue. Caïphe est un homme de sang, un lâche, un sacrilège ; mais il est pontife. Dieu parle encore par sa bouche. Écoutons ce nouveau Balaam : « Jésus mourra pour la nation, et non pour la nation seulement, mais aussi pour rassembler et réunir les enfants de Dieu qui étaient dispersés. » Ainsi la Synagogue expirante est contrainte de prophétiser la naissance de l’Église par l’effusion du sang de Jésus ! Ça et là sur la terre il y a des enfants de Dieu qui le servent, au milieu de la gentilité, comme le centenier Corneille ; mais aucun lien visible ne les réunit. L’heure approche où la grande et unique Cité de Dieu va apparaître sur la montagne, « et toutes les nations se dirigeront vers elle [15]. » Après que le sang de l’alliance universelle aura été répandu, après que le sépulcre aura rendu le vainqueur de la mort, cinquante jours seront à peine écoulés, que la trompette sacrée de la Pentecôte convoquera, non plus les Juifs au temple de Jérusalem, mais tous les peuples à l’Église de Jésus-Christ. Caïphe ne se souvient plus déjà de l’oracle qu’il a lui-même proféré ; il a fait rétablir le voile du Saint des Saints qui s’était déchiré en deux, au moment ou Jésus expirait sur la Croix ; mais ce voile ne cache plus qu’un réduit désert. Le Saint des Saints n’est plus là ; « on offre maintenant en tout lieu une hostie pure [16] », et les vengeurs du déicide n’ont pas encore apparu, avec leurs aigles, sur la montagne des Oliviers, que déjà les sacrificateurs ont entendu retentir au fond du sanctuaire répudié une voix qui disait : « Sortons d’ici. »

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26 mars 2015 4 26 /03 /mars /2015 05:03
 

A Rome, la Station est dans l’Église de saint Apollinaire, qui fut disciple de saint Pierre et ensuite premier Évêque de Ravenne et Martyr.

 

ÉPÎTRE.

 

C’est ainsi que Juda, captif en Babylone, épanchait ses vaux au Seigneur par la bouche d’Azarias. La désolation était au comble dans Sion, veuve de son peuple et de ses solennités ; ses fils, transplantés sur une rive étrangère, devaient successivement y mourir jusqu’à la soixante-dixième année de l’exil ; après quoi Dieu se souviendrait de ses exilés, et les ramènerait en Jérusalem par la main de Cyrus. Alors aurait lieu la construction du second temple qui devait voir le Messie. Quel crime avait donc commis Juda pour se voir soumis à une telle expiation ? La fille de Sion s’était prostituée à l’idolâtrie ; elle avait rompu le pacte sacré qui l’unissait au Seigneur comme à son époux. Toutefois son crime fut effacé par cette captivité d’un nombre limité d’années ; et Juda, rétabli dans la terre de ses pères, ne retourna plus au culte des faux dieux. Il était pur d’idolâtrie lorsque le Fils de Dieu vint habiter au milieu de lui. Mais quarante ans ne s’étaient pas écoulés depuis l’ascension glorieuse de ce divin Rédempteur, que Juda reprenait de nouveau le chemin de l’exil ; qu’il était, non plus emmené captif à Babylone, mais dispersé, après d’affreux massacres, dans toutes les nations qui sont sous le ciel. Voilà, non plus soixante-dix ans, mais dix-huit siècles qu’il est « sans prince, sans chef, sans prophète, sans holocauste, sans sacrifice et sans temple ». Le crime commis par Juda est donc plus grand encore que l’idolâtrie, puisque, après une si longue suite de malheurs et d’humiliations, la justice du Père n’est pas apaisée ! C’est que le sang qui fut versé par le peuple juif sur le Calvaire en ces jours n’est pas seulement le sang d’un homme ; c’est le sang d’un Dieu. Il faut que toute la terre le sache et le comprenne, à la seule vue du châtiment des meurtriers. Cette immense expiation d’un crime infini doit se continuer jusqu’aux derniers jours du monde ; alors seulement le Seigneur se souviendra d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ; une grâce extraordinaire descendra sur Juda, et son retour consolera l’Église affligée de la défection d’un grand nombre de ses fils. Le spectacle d’un peuple entier imprégné de la malédiction dans toutes ses générations, pour avoir crucifié le Fils de Dieu, donne à réfléchir au chrétien. Il y apprend que la justice divine est terrible, et que le Père demande compte du sang de son Fils, jusqu’à la dernière goutte, à ceux qui l’ont versé. Hâtons-nous de laver dans ce sang précieux la tache de complicité que nous avons avec les Juifs ; et, rompant les liens de l’iniquité, imitons, par une entière conversion, ceux d’entre eux que nous voyons de temps en temps se détacher de leur peuple et se rendre au divin Messie, dont les bras sont étendus sur la Croix pour recevoir tous ceux qui veulent revenir à lui.

 

ÉVANGILE.

 

Aux idées sombres que suggère le spectacle de la réprobation du peuple déicide, l’Église se hâte de faire succéder les pensées consolantes que doit produire dans nos âmes l’histoire de la pécheresse de l’Évangile. Ce trait de la vie du Sauveur ne se rapporte pas au temps de la Passion ; mais les jours où nous sommes ne sont-ils pas les jours de la miséricorde ; et ne convient-il pas d’y glorifier la mansuétude et la tendresse du cœur de notre Rédempteur qui s’apprête, en ces jours mêmes, à faire descendre le pardon sur un si grand nombre de pécheurs par toute la terre ? D’ailleurs Madeleine n’est-elle pas la compagne inséparable de son cher Maître crucifié ? Bientôt nous la verrons au pied de la Croix ; étudions ce type d’amour, fidèle jusqu’à la mort ; et pour cela considérons son point de départ.

Madeleine avait mené une vie coupable ; sept démons, nous dit ailleurs le saint Évangile, avaient fixé en elle leur demeure. Il a suffi à cette femme de voir et d’entendre le Sauveur ; tout aussitôt la haine du péché la saisit, le saint amour se révèle à son cœur ; elle n’a plus qu’un désir, celui de réparer sa vie passée. Elle a péché avec éclat : il lui faut une rétractation éclatante de ses égarements ; elle a vécu dans le luxe : désormais ses parfums sont tous pour son libérateur ; de sa chevelure, dont elle était si fière, elle lui essuiera les pieds ; son visage ne connaîtra plus les ris immodestes ; ses yeux, qui séduisaient les âmes, sont noyés dans les larmes. Parle mouvement de l’Esprit divin qui la possède, elle part pour revoir Jésus. Il est chez le Pharisien, il est assis à un festin, elle va donc se donner en spectacle ; que lui importe ? Elle s’élance avec son vase précieux, et dans un instant la voilà aux pieds du Sauveur. C’est là qu’elle s’établit, là qu’elle épanche son cœur et ses larmes. Qui pourrait décrire les sentiments qui se pressent dans son âme ? Jésus lui-même nous les fera connaître tout à l’heure d’un seul mot. Mais il est aisé de voir à ses pleurs combien elle est touchée, à l’emploi de ses parfums et de ses cheveux combien elle est reconnaissante, à sa prédilection pour les pieds de son Sauveur combien elle est humble.

Le Pharisien se scandalise. Par un mouvement de cet orgueil judaïque qui bientôt crucifiera le Messie, il prend de là occasion de douter de la mission de Jésus. « S’il était prophète, pense-t-il, il saurait quelle est cette femme. » Lui, s’il avait l’esprit de Dieu, il reconnaîtrait le Sauveur promis à cette condescendance envers la créature repentante. Avec sa réputation de vertu, qu’il est au-dessous de cette pauvre femme pécheresse ! Jésus prend la peine de le lui donner à comprendre, en faisant de sa bouche divine le parallèle de Madeleine et de Simon le Pharisien, et dans ce parallèle l’avantage reste à Madeleine. Quelle cause a donc ainsi transformé la pécheresse de manière à lui mériter non seulement le pardon, mais les éloges publics de Jésus ? Son amour : « elle a aimé son Rédempteur, elle l’a aimé beaucoup », et le pardon qu’elle a reçu est selon la mesure de cet amour. Il y a peu d’heures, elle n’aimait que le monde et la vie sensuelle ; le repentir a créé en elle un être nouveau ; elle ne cherche plus, elle ne voit plus, elle n’aime plus que Jésus. Désormais elle s’attache à ses pas, elle veut subvenir à ses besoins, elle veut surtout le voir et l’entendre ; et, au moment de l’épreuve, quand les Apôtres auront fui, elle sera là au pied de la Croix, pour recevoir le dernier soupir de celui à qui son âme doit la vie. Quel sujet d’espérance pour le pécheur ! Jésus vient de le dire : « Celui à qui l’on remet plus, est celui-là même qui aime plus. » Pécheurs, songez à vos péchés ; mais songez surtout à accroître votre amour. Qu’il soit en proportion de la grâce du pardon que vous allez recevoir, et « vos péchés vous seront remis ».

Nous terminerons cette journée par cette Hymne touchante du Bréviaire Mozarabe.

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25 mars 2015 3 25 /03 /mars /2015 05:00

A Rome, la Station est dans l’Église de Saint-Marcel, Pape et Martyr. Cette église avait été la maison de la sainte dame Lucine, qui la donna au Pontife pour la consacrer au culte de Dieu.

 

ÉPÎTRE.

 

L’Église, en nous mettant aujourd’hui sous les veux ce passage du Lévitique, dans lequel les devoirs de l’homme envers son prochain se trouvent exposés avec tant de clarté et d’abondance, veut faire comprendre au chrétien en quel détail il doit scruter et réformer sa vie, sur un point de si haute importance. C’est Dieu même qui parle ici et qui intime ses ordres ; entendez comme il répète presque à chaque phrase : « Moi, le Seigneur » ; afin de nous faire comprendre qu’il se constituera le vengeur du prochain que nous aurions lésé. Que ce langage devait être nouveau à l’oreille des catéchumènes, élevés au sein de ce monde païen, égoïste et sans entrailles, qui ne leur avait jamais dit que tous les hommes étant frères, Dieu, Père commun de l’immense famille de l’humanité, exigeait qu’ils s’aimassent tous d’un amour sincère, sans distinction de races et de condition ! Nous, chrétiens, en ces jours de réparation, songeons à remplir à la lettre les intentions du Seigneur notre Dieu. Souvenons-nous que ces préceptes furent intimés au peuple israélite, bien des siècles avant la publication de la Loi de miséricorde. Or, si le Seigneur prescrivait au Juif un si sincère amour de ses frères, lorsque la loi divine n’était encore écrite que sur des tables de pierre, que ne demandera-t-il pas du chrétien qui peut maintenant la lire dans le cœur de l’Homme-Dieu descendu du ciel et devenu notre frère, afin qu’il nous fût à la fois plus facile et plus doux de remplir le précepte de la charité ? L’humanité unie en sa personne à la divinité est désormais sacrée ; elle est devenue l’objet des complaisances du Père céleste : c’est par amour fraternel pour elle que Jésus se dévoue à la mort, nous apprenant par son exemple à aimer si sincèrement nos frères que, s’il est nécessaire, « nous allions jusqu’à donner notre vie pour eux [9] ». C’est le disciple bien-aimé qui l’a appris de son Maître, et qui nous l’enseigne.

 

ÉVANGILE.

 

Après la fête des Tabernacles vint celle de la Dédicace, et Jésus était demeuré à Jérusalem. La haine de ses ennemis croissait toujours, et voici qu’ils s’assemblent autour de lui, afin de lui faire dire qu’il est le Christ, pour l’accuser ensuite d’usurper une mission qui n’est pas la sienne. Jésus dédaigne de leur répondre, et les renvoie aux prodiges qu’ils lui ont vu opérer, et qui rendent de lui un si éclatant témoignage. C’est par la foi, et par la foi seule, que l’homme peut arriver à Dieu en ce monde. Dieu se manifeste par des œuvres divines ; l’homme qui les connaît doit croire la vérité que de telles œuvres attestent ; en croyant ainsi, il a en même temps la certitude de ce qu’il croit et le mérite de sa croyance. Le Juif superbe se révolte ; il voudrait dicter la loi à Dieu même, et il ne comprend pas que sa prétention est aussi impie qu’elle est absurde.

Cependant il faut que la doctrine divine ait son cours, dût-elle exciter le scandale de ces esprits pervers. Jésus n’a pas à parler seulement pour eux : il faut aussi qu’il le fasse pour ceux qui croiront. Il dit donc alors cette grande parole, par laquelle il atteste, non plus seulement sa qualité de Christ, mais sa divinité : « Moi et mon Père, nous sommes une même chose ». Il savait qu’en s’exprimant ainsi il exciterait leur fureur ; mais il fallait qu’il se révélât à la terre et confondît d’avance l’hérésie. Arius se lèvera un jour contre le Fils de Dieu, et dira qu’il n’est que la plus parfaite des créatures : l’Église répondra qu’il est une même chose avec le Père, qu’il lui est consubstantiel ; et après bien des agitations et bien des crimes, la secte arienne s’éteindra et tombera dans l’oubli. Les Juifs sont ici les précurseurs d’Arius. Ils ont compris que Jésus confesse qu’il est Dieu, et ils tentent de le lapider. Par une dernière condescendance, Jésus veut les préparer à goûter cette vérité, en leur montrant par leurs Écritures que l’homme peut recevoir quelquefois, dans un sens restreint, le nom de Dieu, à raison des fonctions divines qu’il exerce ; puis il porte de nouveau leur pensée sur les prodiges qui témoignent si hautement de l’assistance que lui prête son Père, et répète avec une fermeté nouvelle que « le Père est en lui, et lui dans le Père ». Rien ne peut convaincre ces cœurs obstinés ; et la peine du péché qu’ils ont commis contre le Saint-Esprit pèse toujours sur eux davantage. Que différent est le sort des brebis du Sauveur ! « Elles écoutent sa voix, elles le suivent ; il leur donne la vie éternelle, et nul ne les ravira de ses mains. » Heureuses brebis ! Elles croient parce qu’elles aiment ; c’est par le cœur que la vérité se fait jour en elles ; de même que c’est par l’orgueil de l’esprit que les ténèbres pénètrent dans l’âme de l’incrédule, et s’y établissent pour toujours. L’incrédule aime les ténèbres ; il les appelle lumière, et il en vient à blasphémer, sans plus sentir qu’il blasphème. Le Juif en vient jusqu’à crucifier le Fils de Dieu pour rendre hommage à Dieu.

 

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