28 juillet 2012
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Après Julien, c'est Assum qui se lance !
C'est déjà pas marrant d'avoir 15 ans, à l'hosto encore moins, certes on s'occupe de vous, un peu trop, à cet âge là on n'aime pas ça, on n'aime pas qu'on s'occupe trop de vous, on aime la liberté, la vraie, pas celle des vieux qui aiment tant diriger la liberté des autres, des autres en général et la nôtre en particulier, alors on regarde par la fenêtre et on soupire, vivement qu'on soit dehors !
Il y a plusieurs façons de se retrouver à l'hosto à 15 ans, aucune n'est la bonne, la mienne a été celle de la salle des accidentés, des vrais accidentés : le matin on virait ceux qui étaient morts pendant la nuit, ça faisait de la place pour les nouveaux arrivants, dont moi, ce jour là on était deux, mais pas arrivés ensemble, mon voisin est passé pendant la nuit, le matin il y avait une place de libre à côté de la mienne.
La salle des accidentés contenait une centaine de personne, c'était un autre pays, une autre époque, le pays c'était l'Italie, l'époque c'était quasiment le XIXe siècle. Le matin il y avait la visite solennelle du grand Professeur, entouré de ses élèves, qui délivrait son cours autour des lits des survivants, on avait viré les morts avant son arrivée, j'étais donc isolé près de la grande porte d'entrée en tant que dernier arrivé, il a commencé par moi, j'ai senti un soupçon d'humanité chez certains de ses élèves qui enduraient tout comme moi son cours interminable dont je ne voyais pas la fin, j'ai heureusement à nouveau perdu conscience avant celle-ci.
L'après-midi j'avais repris connaissance et je faisais déjà celle de mes voisins, on m'avait changé de place, j'avais quitté les abords de la porte de la mort, celle par laquelle on vous escamotait discrètement, mais je n'étais pas bien encore, je leur ai faussé compagnie, je suis retombé dans le coltar.
Je me suis réveillé en salle d'opération, on ne m'avait pas anesthésié, on ne m'avait pas achevé, j'avais mal mais c'était déjà fini, on m'a ramené dans la cour des miracles, la salle des accidentés où l'on avait l'air étonné de me revoir, moi aussi, j'étais entre le ciel et la terre, je suis retombé dans les vapes et me suis réveillé à nouveau, je n'ai pas ouvert les yeux tout de suite, j'entendais des clochettes, des chants, le prêtre dire la Messe, j'étais stupéfait, j'étais déjà au ciel, ça m'a fait drôle, j'ai fini par ouvrir les yeux, non loin de moi un prêtre disait la Messe sur un autel roulant entouré de deux enfants de choeur face aux malades assis dans leur lit d'un air très recueilli.
L'après-midi la salle ressemblait à un tripot, les mêmes malades se regroupaient autour de lits pour jouer aux cartes dans un épais nuage de fumée se servant de larges rasades de bouteilles colorées dans des verres à dent, on m'en a offert un verre qui m'a fait beaucoup de bien, je suis retombé dans le coltar.
Le jour suivant ça allait mieux, après la visite on est venu me voir, m'offrir une cigarette, me demander d'où je venais, j'allais m'en sortir, on ne s'approche pas du lit de ceux qui vont mourir, on se demandait ce que je faisais là, moi aussi, c'était une bonne salle d'hôpital, les gens étaient sympas, plusieurs étaient en pleine forme, complètement rétablis, prolongeant le séjour pour le plaisir, pour ainsi dire.
C'était un autre temps, une autre époque, c'était l'hôpital du moyen-âge avec toute son humanité, ses trafics continuels, les visites se succédaient toute la journée : le barbier, les Bonnes Soeurs, à peine le temps pour certains de cacher sous leur oreiller la revue cochonne que le barbier leur avait vendue, c'était un bordel inimaginable qui recommençait chaque jour dès que la visite officielle était passée, après c'était les visites en tous genres dans un brouhaha permanent indescriptible, quand j'ai reçu la mienne il s'est fait un grand silence d'un bout à l'autre de la salle, plus profond encore que lors de la visite du Professeur, c'était Rosalba, elle ressemblait à la Sainte Vierge des tableaux, ils l'ont reconnu tout de suite, il y avait son image partout sur les murs et les tables de nuit.
J'ai fini par quitter presque à regret mes compagnons d'infortune, moi aussi je commençais à m'habituer, mais il était temps de sortir, temps de commencer une convalescence nécessaire, le temps de la convalescence est un temps où l'on apprend beaucoup et où l'on n'oublie pas ce que l'on a appris, c'est un temps heureux.
Assum
Merci Assum, et on se voit à la RIB à Paris !
Mortimer