1703
Le pain blanc et l’instruction d’un paysan bourguignon.
Né à Arthonnay le 24 avril 1695, d’un père charron, disparu cinq ans plus tard, et d’Anne Morizot, sa mère remariée en 1703, le jeune Valentin passe ses premières années dans un village qui compte, à côté du curé, un « recteur d’école ». Une vie rude et misérable sous la houlette d’un beau-père brassier (puis laboureur en 1706) dont il subit les brutalités. « Mon éducation ne s’étendit guère au-delà de ma nourriture ; on m’éleva à peu près comme on cultive les plantes, c’est-à-dire d’une manière tout à fait végétative. « Mon instruction consista à m’apprendre l’oraison dominicale, en latin et en mauvais françois, avec quelques autres prières qu’on eut soin de m’expliquer par plusieurs élégantes versions en patois […]. Me trouvant un jour au diner de monsieur notre curé, j’aperçus avec étonnement qu’il mangeait du pain d’une couleur différente de celuy dont j’avais vécu jusqu’alors, cette nouveauté me frappa ; je n’osay en demander, mais les divers circuits que je fis autour de la table et mes regards attentifs firent connaître ce que je souhaittois. Ma curieuse avidité fut satisfaite, j’eus le bonheur, à l’âge de 8 ou 9 ans, de manger du pain blanc pour la première fois ».