Bonne journée à tous
Le soleil se lève à 5 h 57 et se couche à 21 h 12
Vous pouvez aller tranquillement en terrasse, sans votre lampe de poche, jusqu’au coucher du soleil, et sans infraction !
Le soleil luira toute la journée avec 21° à l’ombre, tout du moins dans le Dauphiné.
Pour bien débuter la journée, je vous propose une lecture sur le printemps en Normandie avec sa panoplie éclatante de fleurs.
La renaissance du printemps.
L’île1 découpait un grand losange herbeux surbondé de fleurs, de pervenches, de pentecôtes qui sont des orchidées, et de jacinthes bleues qui embaument la myrrhe. Le bras du déversoir, rejoignant celui de la machinerie, la formait et l’entourerait d’eaux vives. Partout, sur toutes les collines, les ruisseaux s’étaient rouverts, et le pays entier chantait ; les eaux étaient hautes et comme joyeuses. Autrefois l’île s’animait au murmure délicat des trembles, dans le froissement diffus des folioles ; elle frémissait de voix très douces, très suaves, se voilait, se dévoilait sous les ombres ; et voici que cette fois, dans le cliquetis de l’eau, elle resplendissait de vert, d’or, de nacre, sous une insolation horizontale et fauve ; de chair et d’émail, parmi ses pommiers en bouquets, et largement labourée de sillages de feu. L’île, de la guerre, sortait comme épanouie, fécondée ; toutes les plates du bien et du mal, les camomilles jaunes et les centaurées pâles qui guérissent des fièvres, la jusquiame et la belladone qui rendent fou, les romarins magiques et les douces-amères. La chute des arbres semblait avoir exalté les éclosions jusqu’à la frénésie. Lise avançait, souffrant dans ses pas mais éblouie, entourée de toutes ses bêtes, des taches fusiformes des oies, des robustes volumes des poules ; les canetons, les poussins roulaient, déboulaient, flaquettes dorées, pommettes vermeilles ; les crêtes des coqs saignaient. Par devant, Jupiter [le jars], énorme, claquait des ailes et, à chaque battement, renouvelait un héraldique cimier clair, avec la soleil au bout du bec.
Le soleil, lui, qui remontait le courant. Il venait dans une géante inondation, dans un silencieux transport, une apothéose de rayons, de lances, de flèches, de torches, fragmentés, rejaillissant, incendiant, au plein de la vallée. La mince rivière se glissait sous cette marée immense qui débordait des collines, arrachait des écumes embrasées aux crêtes du vallon, des lambeaux de lumière aux genêts du sommet. Lise elle-même se sentait prise dans l’effluve brûlant, et, derrière elle, voyait son ombre d’outremer se former, se déformer sur l’émail des prés, au milieu de la pulvérulence occidentale. Ainsi, dans cette nudité incandescente, la vallée devenait méconnaissable. Les douces quenouilles n’étaient plus, ni les sequins de soie, mais une grandeur nouvelle sortait de ses formes glabres, de ces traits devenus plus précis et plus fiers dans leur dépouillement. Les arbres à fleurs y érigeaient leurs corymbes comme des pyramides de sel, des massifs de coquillages ; la rivière se marquait au centre des quinconces par le vide sinueux qu’elle y déterminait, et l’on avait la sensation de son cours d’agate et d’aventurine, de sa fraîcheur au milieu de ces bouffées tièdes ; au-dessus des berges, les iris sortaient leurs fleurs-de-lys jaunes, aveuglantes, et d’autres aussi, comme d’immenses violettes. Des tapis d’anémones blanches, soulevées par le flot, semblaient haleter, et de larges disques de jade palpaient le décours fluide.
1. Dans la Basse-Normandie, il est question d’une île située sur un cours d’eau où se trouve un vieux moulin. Le récit se passe pendant la guerre et les allemands ont coupé les trembles pour dégager la vue et prévenir de toute attaque surprise.
Extrait de, LISE, FILLETTE DE FRANCE de Jean de La Varende.
Que Dieu vous garde.
Adeodat
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