L’école (suite)
Voilà l’heure de cours achevée… On peut espérer se refaire une santé en sirotant un café à
la salle des profs. Mmmmoui….la dite salle est au premier étage, et ma salle de latin au rez-
de-chaussée, issue directe sur la cour, ce qui me permet, entre parenthèses, de larguer mes
monstres sans trop de chahut à l’heure de la récré.
Seulement, il me faut maintenant gagner l’étage, et ce n’est pas une petite affaire.
Essayez, vous, de monter un escalier à contre-courant, face à une meute hurlante et
déboulante, d’élèves surexcités qui ne retrouvent leur énergie, comme Gaston Lagaffe, qu’au
moment de quitter leur lieu de travail….Curieux comme ils se réveillent…
Je rase les murs et tiens la rampe, les collégiens filant vers la cour évoquant davantage la
charge du troupeau de buffles sauvages que de la légion bien disciplinée…
Ouf ! Le havre de paix : la salle des profs…
Certains profs sont dotés, je ne sais pourquoi, d’un organe vocal parfaitement développé, ce
doit être l’habitude de se faire entendre en classe, mais dans une petite pièce…
Impossible de converser avec la douce prof de français qui susurre…
J’avale un quart de tasse de café tiède et insipide, c’est plutôt symbolique qu’autre chose,
et résignée, écoute mes chers collègues débiter leurs litanies habituelles sur les méfaits de
Trucmuche et de Machin-Chose.
Dieu que je suis contente de n’avoir que mes latinistes, et de finir en juin prochain !
Les années à venir s’annoncent sombres pour certains de mes collègues qui frisent la
cinquantaine, ont donc devant eux une bonne dizaine (au moins !) d’années de galère,
avec des élèves de moins en moins motivés et des critères d’enseignement de plus en plus
fantaisistes.
Nous mettons en œuvre en ce moment, -Europe oblige !! – un « livret de compétences »
qui va permettre d’évaluer les élèves d’une façon différente, pourquoi pas ? selon
leurs « compétences ».
C’est bien gentil, c’est dans le flou artistique, voire dans la préciosité de langage absolument
fabuleuse, je vous en livre quelques exemples :
-Percevoir les spécificités culturelles au-delà des stéréotypes
-Participer à la conception d’un protocole pour éprouver des hypothèses
-Participer à la mise en œuvre d’un algorithme……
J’ai déjà un transport au cerveau !
C’est quoi, ce jargon prétentieux ???
Comprends rien.
M’en fiche, bientôt la quille.
Mais je me donne un mal de chien pour compiler tout ça dans un magnifique tableau
Excel, du coup, j’ai appris à m’en servir, pour que mes collègues puissent faire semblant de
s’intéresser à la chose…
Quelle époque !
Autrefois, on apprenait le BA-BA dans les temps, avec ordre et méthode, et on ne se prenait
pas la tête avec toutes ces foutaises !
Moins on en sait, plus on veut donner l’impression de savoir…
Bien : comme dit mon collègue d’Histoire- Géo, complètement écoeuré, « dire que ce sont
eux qui nous gouverneront dans quelques années…. »
Je préfère m’en tenir à la bonne formule de mon cher Horace : Carpe Diem.
On verra bien.
Haut les cœurs quand même !
LR