6 novembre 2010
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A Saint Germain des Prés, il y a deux librairies ouvertes jusqu'à minuit, tous les soirs, sauf le Dimanche, où elles ferment leurs portes, à 20h l'une, La Hune, à 22h l'autre, l'Ecume des Pages, et comme il y avait un air qui soufflait la mer en ce vendredi soir de novembre, j'ai pris non pas le bateau, mais le métro, c'est direct sur ma ligne.
Ces deux librairies, qui ne se ressemblent pas, sont à côté l'une de l'autre, ou plutôt l'autre, plus récente, à côté de La Hune, elles sont séparées par Le Flore qui fait terrasse entre elles, ainsi l'on peut dévisager les attablés qui font mine de ne pas vous regarder, pourtant quand on s'asseoit à une terrasse de café à Paris, d'autres cafés, c'est pour regarder passer les gens, sinon comme Brassens qui faisait la rime avec 'balcon'... ici c'est l'inverse, c'est normal, quand on est à la terrasse du Flore on se fait voir plus qu'on ne regarde, il est temps de déflorer mon sujet, non pas les cafés, mais les librairies, ces deux là, l'une et l'autre.
L'autre est classique, plus traditionnelle, j'y vais plus volontiers, La Hune est plus moderne bien que faisant partie de la tradition de Saint Germain des Prés, ou peut-être à cause de cette tradition, c'est l'esprit germanopratin, qui n'a pas que des défauts, on y fait des découvertes, l'autre est sans surprises, l'autre à un bon rayon de livres pour enfants, La Hune de livres pour adultes... j'avais bien essayé d'expliquer avec délicatesse la chose à une liseuse qui voulait voir des livres pour enfants mais une liseuse même quasi-tradie reste une femme et les femmes n'en font qu'à leur tête, elle était ressortie assez vite en faisant la tête, Barbe-Bleue n'est pas seulement un conte pour enfant, même avertie on pousse la porte pour voir ce qu'il y a derrière, c'est la femme, c'est toujours la même histoire depuis Adam et Eve.
Ce soir j'étais seul, j'allais donc à l'autre, les femmes préfèrent La Hune, j'aime à profiter de ma liberté, ce n'est pas tous les jours, en sortant de l'autre j'ai été voir la vitrine de La Hune, toujours intéressante, depuis lundi où j'étais passé elle avait déjà été changée, elle était sur Houellebecq avec de nombreuses photos, je préfère quand il y a des femmes nues en photo, ce qui arrive assez souvent, on ne m'en voudra pas, je n'y suis pas rentré, même si l'écrivain n'y était pas à dédicacer ; Déon qui n'est pas vraiment de son bord ni de son style l'avait hébergé en Irlande après ses déboires et en avait gardé un souvenir mitigé... je voyais parfois Déon à la terrasse d'un café, un peu plus bas vers la rue du Bac, c'est un vrai parisien, même en compagnie, il regarde passer les gens, je lui souriais, il comprenait que j'avais lu ses livres, les liseurs de Michel Déon sont discrets, ce ne sont pas des importuns, j'avais croisé aussi en son temps Blondin, il était fin ivre, quel dommage, c'était bientôt la fin, il parlait tout seul en faisant de grands gestes, on avait de la peine, quel écrivain c'était, le meilleur styliste des Hussards, il avait dédié son premier livre à Michel Déon "sans qui je ne l'aurais jamais écrit", tout cela est bien fini, Blondin est au paradis, le café où allait Déon a été refait, dans un goût qui n'a rien d'exquis, tant pis.
Ce soir j'y étais pour un autre parisien, qui n'est plus, et qui n'est pas trop connu, il ne tenait pas à l'être et il a réussi malgré son talent, Henri Calet, qui m'a inspiré ces lignes, et que je ne connaissais pas non plus, tout parisien que je suis et ayant même grandi dans son XIVe arrondissement préféré, il n'est jamais trop tard, tout comme pour ressortir avec un livre de lui, "La Belle Lurette" que l'on commencera dans le métro à la station "Rue du Bac", il est temps de rentrer !