J'ai reçu un premier manuscrit !
Je le publie donc brut de brut comme je l'ai reçu !
Lorsque la mer déborde.
Elle a allumé son ordinateur et s'est assise.
Devant elle, une tasse de thé brûlant, et un goûter, un yaourt, une pomme, parfois quelques amandes, quand elle ne chipe pas une part du goûter des enfants.
Elle néglige ses innombrables marques pages, fruits de ses récoltes variées : un jour, elle ferait sûrement ces bricolages avec eux, ces petites coutures pour elles, ... boutiques de vêtements en ligne...il y a longtemps qu'elle n'est pas entrée dans une vraie boutique. Pas le temps, peur de les voir tout déranger, de devoir repartir la mine confuse en murmurant un mot d'excuse, sans même avoir pu essayer cette petite jupe pourtant si jolie et qui la tentait bien. Comment faire un essayage, d'ailleurs, avec eux. La seule fois où elle s'y est risquée, elle s'est retrouvée en (toute) petite tenue devant la boutique entière : une main (très) innocente avait ouvert le rideau d'un geste brusque : "coucou Maman" un grand sourire aux lèvres !
De ces marque-page, elle va droit vers un seul . Loin de tout, elle oublie les crie des enfants. Elle oublie que des miettes sont en train de se disperser dans la maison qu'elle a eu tant de mal à nettoyer ; que, ce matin, le poêle a fait des siennes pour s'allumer et réchauffer la salle dans laquelle elle était transie . Elle oublie que la petite s'est encore débarrassée de ses chaussettes et de ses chaussures, une vraie va-nu-pied, que ses sœurs sont encore en train de se chamailler pour un livre, que leur frère a piqué les ciseaux avec lesquels il découpe consciencieusement du papier avant de s'attaquer à la nappe, le fripon. Elle oublie les insolences des aînés et que ce matin, il a encore fallu se battre pour les leçons, avant d'entamer le bras de fer pour les corvées.
Elle oublie, enfin, qu'une fois encore, il ne rentrera pas ce soir. "Un client est en panne à Nantes, tu comprends"... Elle a compris. c'est son métier. la prochaine fois ce sera à Strasbourg, ou Marseille, ou Rennes ou... Ailleurs, mais ce sera pareil. Et les enfants demanderont ce soir au moment de mettre le couvert: " Est-ce que Papa est là ?"
Elle s'est évadée. Ils savent d'ailleurs que ce n'est pas la peine de lui parler. Elle n'entend pas. Ils en profitent d'ailleurs, pour lui demander certaines faveurs difficiles à obtenir : en insistant un peu, un vague "Mmm, Mmm" leur répondra, qu'ils prendront pour un assentiment.
A elle le silence et le calme. La fraicheur de ces paysages blancs, de cette mer immense, de ce ciel limpide, de cette immensité. Elle n'est pas seule. Non !
Des bruits de voix, de bonne histoires, Pierre Ewondo racontant son invraisemblable vie. Il lui fait penser à son grand père, celui qui a connu les voitures à cheval dans Paris, et qui après être né au Maroc, voyagea en Indochine en passant par Madagascar, en plus jeune, certes, mais avec cette même classe à la fois gauloise et élégante.
Cath'o toujours prête à rire, si vivante qu'elle réchauffe.
Ceux qu'elle confond : Adso, Balthasar, Archange, Quentin, elle a bien regardé leurs photos mais elle n'y comprends rien et ne saurait dire lequel d'entre eux est cette petite peluche si mignonne.
Le Parisien avec ses longues histoires; Elle ne comprend pas toujours, mais elle aime lire sur ce Paris où elle a fait ses études.
Il y a Augustin venu d'Outre-Atlantique. Il lui rappelle qu'elle a fait ses premiers pas il y a déjà longtemps dans ce nouveau monde qui fait rêver les Français, et qu'un jour elle espère y retourner comme en pèlerinage à son enfance.
Il y a aussi Filelalaine qu'elle imagine un peu comme elle, en plus organisée sûrement;
le petit couple courageux de Lyon, les marseillais dont elle se plaît à croire qu'il y a quelques années elle en a côtoyé certains.
Il y a encore tous ces gens qu'elle ne connait pas, qui souffrent, qui pleurent, qui sont dans le souci et qui demandent des prières. Leur quotidien est si lourd. Cela vaut bien qu'on s'y arrête un peu, qu'on offre, qu'on prie, et ce soir, lorsqu'ils seront tous à genoux devant cette statue que leur père a su si bien mettre à l'honneur, ils prierons pour "les intentions de la Banquise". Mots qui les étonnent et les amusent à la fois.
Il y a enfin Mortimer et sa douce Mirabelle. Qui sait combien de temps ces deux là consacrent à la Banquise ? Qui sait le nombre de grâce reçues par leur entremise ?
Quelquefois elle laisse un message, souvent pas. Pas le temps, trop fatiguée, la flemme, surtout. Et elle s'en veut et culpabilise, comme lorsqu'elle gronde trop fort l'un de ses petits pour une peccadille d'enfant
Mais un cri la tire de sa récréation quotidienne : le bébé a faim, il faut donner le bain aux petits, préparer le diner, sortir le pain du four, continuer tout cela avec le téléphone coincé contre l'épaule : il a aussi besoin d'elle, même quand il est à Nantes. Il veut des nouvelles, raconter sa journée. Elle aime bien l'entendre, mais elle se fait quelquefois des frayeurs en rattrapant de justesse le combiné entre son oreille et l'eau du bain.
Elle a éteint l'ordinateur, raccroché son sourire, s'apprête à répondre aux innombrables "maman !" qu'elle entendra ce soir.
"Est-ce qu'il faut mettre les chaussettes au sale ? Est-ce que demain il y a école? Est-ce que tu crois que la maîtresse me donnera un bonbon si je suis sage ? Et après mardi c'est quoi?"
Elle a refait sa provision de calme, d'amour... jusqu'à ce soir elle tiendra.
Et demain elle rallumera l'ordinateur et retournera sur La Banquise de Mortimer.
La mère débordée
Merci chère Parvula .......
Cela va donner des idées aux pingouins !
Mortimer