L’héritage de Maurice André
Toute une vie passée à enrichir le répertoire musical :
Maurice André a fait évoluer le jeu de la trompette de façon spectaculaire. Grâce à lui celle-ci est devenue un instrument virtuose, mais également mélodique. Un grand nombre d’œuvres baroques et classiques était tombé dans l’oubli en raison de la difficulté technique de celles-ci (principalement à cause de l’usage, quasi exclusif, de tessitures aiguës). Le virtuose les a remises à l’honneur et portées à la connaissance d’un immense public, se faisant ainsi le champion de Bach et de la musique baroque. Avec sa virtuosité exceptionnelle, et son sens inné de la musique, il a même élargi ce répertoire baroque en empruntant des œuvres au violon, au hautbois et à la flûte.
En se basant sur un prototype des années 50, il a travaillé en étroite collaboration avec la maison Selmer (premier fabricant français d’instruments à vent). Celle-ci a réalisé, selon ses directives, une trompette piccolo, en si bémol, à quatre pistons, spécialement adaptée au répertoire baroque. Cette collaboration durera jusqu’en 1985.
Trompette piccolo.
Maurice André est loué pour sa délicatesse et la trompette connaît, grâce à lui, une nouvelle popularité et suscite de nombreuses vocations. « Il a permis la renaissance d’un grand répertoire de la trompette. », indique son disciple Guy Touvron, auteur d’une biographie, en 2003, intitulée : « Une trompette pour la renommée » (éditions du Rocher). Il a inspiré des partitions nouvelles : concertos d’Henri Tomasi, Boris Blacher et Marcel Landowski, Heptade et Arioso barocco d’André Jolivet, œuvres d’Antoine Tisné, Germaine Tailleferre et Jean-Claude Eloy. Il commandera même une œuvre à son ami Claude Bolling qui allie trio jazz et soliste classique : Toot suite. Sous son impulsion la trompette a retrouvé les lettres de noblesse qu’elle avait acquises au XVIIIème siècle et l’école française s’est imposée comme la plus importante de la fin du XXème siècle. « La trompette est un instrument difficile », constatait-il dans les colonnes du Monde en 2003. « Elle suscite des réactions ambivalentes, elle qui a gardé son usage guerrier, le goût du triomphe et de la parade, de ses origines bibliques l’image de l’Apocalypse. Mais elle sait aussi faire danser les filles dans les bals populaires ! » Ajoutait-il.
Il excellait dans tous les styles. Avec la célèbre organiste Marie-Claire Alain il a réalisé de nombreux enregistrements classiques, notamment de musique baroque dite d’église, pour trompette et orgues. Ensemble, ils partirent également pour de nombreuses tournées à travers l’Europe.
L’organiste Marie-Claire Alain et Maurice André au festival Bach de Saint-Donat en 1969.
Pour autant, le virtuose n’a pas non plus méprisé une musique plus populaire : de kiosque, de style champêtre. Il a repris, tout un répertoire du début du XXème siècle : polkas, marches, scottish et mazurkas telles que Variations sur le carnaval de Venise et même des airs populaires comme Viens Poupoule ou C’est l’piston (Bourvil).
Ouvert à tous les genres, il interpréta également des musiques viennoises et de films.
En 1979, la ville de Paris a créé un concours à son nom : le concours de Trompette Maurice André, premier des concours internationaux de la ville de Paris. En 2006 a eu lieu la sixième édition du concours (qui s’est tenu tous les trois ans à partir de 1997). Le concours était présidé par Maurice André, et le jury choisi parmi les meilleurs trompettistes du monde entier. « La création du concours international de trompette Maurice André aura été parmi mes plus grandes joies. » (Maurice André).
Une personnalité rayonnante, joviale et généreuse qui a marqué ceux qui l’ont côtoyé :
Maurice André doit sa popularité non seulement à son génie interprétatif mais aussi à son tempérament foncièrement généreux. Lui, le petit mineur ayant abandonné l’école à 14 ans, s’est progressivement élevé au sommet de son art, au premier rang mondial et est resté fidèle à ses origines : la mine. « Une école d’entraide et de générosité, tout le contraire du monde musical et médiatique » confiait-il un jour au Figaro. Il n’est pas seulement un exemple pour les jeunes trompettistes, mais également pour la Jeunesse. « J’ai essayé de me rendre utile aux gens que j’aimais. » En plus de la musique, Maurice André donne une extraordinaire leçon de vie. Sa passion il a aimé la faire partager à ses élèves : « J’ai formé 120 élèves au conservatoire de Paris et ça, c’est ma plus grande joie » déclare-t-il, lors d’une entrevue avec le Midi Libre, le 8 octobre 2008.
« J’adore enseigner et donner le goût de la trompette aux jeunes. »
A un élève : « Le Bon Dieu – je crois en Dieu – t’a donné tout ce que demande un être humain, c’est-à-dire, un don… alors respecte-le, beaucoup de respect. »
« Quand on joue un andante, on doit vous faire pleurer. »
A la question, posée par Arnaud Chabé dans le Midi Libre d’octobre 2008 :
S’il vous fallait retenir un souvenir… ?
Ce serait, sans hésiter, quand Herbert Von Karajan m’a demandé de faire un disque avec lui : c’était du Vivaldi, on a vendu plus d’un million de disques. Quand son assistant a appelé, j’ai cru que c’était un copain qui me faisait une blague !
Un géant de modestie et de talent aux multiples récompenses et distinctions
Outre des dizaines de disques d’or et de platine, Maurice André a reçu de nombreuses distinctions et récompenses.
-En 1987, puis encore à trois reprises, les victoires de la musique classique lui sont décernées.
-En France, il reçoit la Légion d’Honneur.
-En Grande-Bretagne, il est nommé membre honoraire de la Royal Academy of Music de Londres. Il figure dans le grand livre parmi les trois cents plus grands musiciens de tous les temps, au même titre que Prokofiev, Mendelssohn ou Stravinsky.
-La Hongrie lui remet l’équivalent de notre Légion d’Honneur.
-En 2000, il reçoit la médaille d’or de la Société académique des Arts-Sciences-Lettres.
-En 2006, les américains le proclament officiellement « meilleur trompettiste du monde » devant Louis Armstrong, Miles Davis et Dizzy Gillespie.
La même année, en juin, avec son épouse Liliane, personne discrète et aux grandes qualités humaines, qu’il associera toujours à sa carrière : « Je n’omets pas non plus la présence de Liliane, mon épouse, qui a su si bien gérer toute ma carrière et admirablement élever nos enfants, qui sont devenus d’excellents musiciens », il fête ses 50 ans de mariage.
-Le 21 mai 2008, Maurice André souffle ses 75 bougies, à Alès, où la Ville et L’office du Tourisme organisent un grand hommage en l’honneur du trompettiste. C’est à cette occasion qu’il fera part de sa joie, dans une interview au Midi Libre, du 29 mai 2008, de retrouver ses Cévennes natales. « Ici, dans cette région française typique, les montagnes me parlent. » Un peu plus loin, évoquant son pays cévenol et le monde minier, il ajoute : « Durant mes cinquante années de carrière comme trompettiste international, j’ai croisé beaucoup de gens des médias ou du show bizz, et j’ai souvent trouvé qu’ils manquaient de naturel. »
-Le dimanche 1er juin 2008, en présence de son épouse, Liliane, et de ses trois enfants : Nicolas, Béatrice et Lionel, au cours d’une messe d’action de grâces célébrée dans la cathédrale Saint Jean-Baptiste d’Alès, il reçoit un message du pape Benoît XVI, ainsi que la bénédiction apostolique du Saint Père.
Dans le monde entier, des écoles de musique portent son nom.
" Moi, je ne suis qu’un exécutant. Le génie, il est ailleurs "