30 octobre 2010
6
30
/10
/octobre
/2010
11:30
Je suis descendu à Convention, j'ignore si cette station a un rapport avec Assemblée Nationale (ex-Chambre des Députés, en trois mots), tandis que je m'orientais à la sortie une directrice d'école à la retraite m'a demandé du feu, je lui ai tendu mon briquet qui me sert à allumer les cierges et mes cigarettes, elle m'a indiqué la bonne direction : "... ce n'est pas loin de l'école où j'étais directrice, vous passerez devant, vous verrez il y a une plaque sur la déportation des petits enfants juifs pendant l'Occupation, mais c'est l'école qui avait fourni les listes..."
J'ai remonté des rues grises, ennuyeuses et désertes, c'était un décor de film en noir et blanc les acteurs en moins, on aurait dit des photos de Paris d'Eugène Atget, sur lesquelles il n'y a presque jamais personne, passées à l'aseptiseur, le révélateur ne révélait plus rien, on avait tout numérisé, modernisé, des erreurs s'étaient glissées dans les photos, on avait remplacé ici et là des immeubles anciens par des immeubles modernes, froids et glacés, à l'image de notre temps, l'hôtel de Mortimer et Mirabelle était l'un de ceux-ci, je sentais qu'il n'y aurait aucune difficulté à les convaincre d'aller à un bistro du coin, je suis rentré, j'ai entendu chuinter l'ascenseur, je me suis retourné, les portes s'ouvraient, c'était eux !
Morti m'a dit : "tu connais un café dans le coin ?" et on est sorti de l'air conditionné à la liberté sans condition, on n'a eu qu'à remonter la rue pour trouver un café sur une place avec une jolie terrasse bien aérée et sans ces appareils à gaz qui vous chauffent la nuque comme des travers de porc sur un barbecue en vous laissant les pieds glacés, on était content, le patron qui avait encore plus l'accent du sud que nos voyageurs nous a apporté nos express, on n'était pas pressé, il fait bon prendre un café à une terrasse à Paris.
On a échangé les nouvelles, le temps n'a plus de prise sur nous, c'est comme si on s'était vu avant-hier sur une terrasse du vieux port, on a parlé de Marseille et de Paris, Morti n'a pu s'empêcher de vanter qu'à Marseille on faisait plus grève qu'à Paris, admiratif il m'a confié que les poubelles débordaient de partout jusqu'à côté de chez lui, on parlait de tout et de rien, il m'a demandé aussi, intrigué, quel était mon rapport à la Grèce et je me suis aperçu que je répondais comme j'écrivais, sans trop bien comprendre moi-même ce que je disais, mais comme il est de Marseille il comprenait mieux que moi, c'est l'avantage du Sud où l'on parle beaucoup pour ne rien dire, on comprend mieux encore ce qui n'est pas dit à travers les paroles inutiles.
On a tourné la tête, de la rue Lecourbe débouchait un discret cortège officiel, on a distingué derrière les vitres fumées d'une voiture Sarkozy qui nous faisait un petit signe de la main, il avait l'air surpris, nous aussi.