Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
12 décembre 2015 6 12 /12 /décembre /2015 11:58
" Vers la crèche " par l'abbé Guillaume de Tanoüarn

 

« Il n’y avait pas de place pour eux à l’Hôtellerie » dit saint Luc.

 

 

Joseph a été rejeté de la Maison commune, qui est bondée, à cause des événements, de ce grand recensement ordonné par César Auguste. Il veille sur une femme enceinte, mais il n’a pas d’argent. Pas moyen de fléchir le Bourgmestre. Il faut trouver autre chose car le temps où sa femme devait enfanter est arrivé. Autre chose mais où ? Chez qui ?

 

 

Par sa lointaine ascendance davidique, il est originaire de Bethléhem. Mais aujourd’hui il ne connaît plus personne ici. Avec ses frères, avec ses cousins, il vit à 100 kilomètres de là, à Nazareth, ce village de gens pieux, isolé dans la Galilée des nations ; il fait partie de ces gens qui ne font qu’attendre le Messie et dont la piété n’a pas très bonne réputation : « De Nazareth, que peut-il sortir de bon ? ». L’hôtelier, le bourgmestre ne l’ont pas regardé. Ce sont des judéens. Et lui… Son accent le trahit, ce n’est qu’un Galiléen…

 

 

 

Où aller ? Le soleil est en train de se coucher. Il s’est levé, il a redressé la tête, il est reparti dans la campagne, avec Marie toujours, Marie qui devrait être pleine d’appréhension, mais qui ne dit rien et sourit, Marie qui, en cet instant, ne sait que sourire car bientôt, car très vite, elle va voir Celui que Dieu lui-même lui a donné.

 

 

Joseph garde le silence. Il se souvient de tout ce que cette grossesse inattendu a pu susciter comme événement. Lorsqu’il a vu Marie, grosse par l’opération du Saint Esprit, il a fait, déjà, un grand acte de foi. Cet acte de foi dans la Providence attentive du Seigneur, il le renouvelle en cet instant, mais il ne sait pas où aller.

 

Il avait dit au Seigneur qu’il n’était pas digne de cette charge et de cette paternité. Mais tout cela passe et repasse dans sa mémoire : le Seigneur lui a révélé le nom de cet enfant, comme autrefois Yahvé à Moïse. Et le Seigneur l’a chargé de lui donner ce nom, comme tous les pères, en Palestine à l’époque, donnent un prénom à leur enfant, en le reconnaissant comme de leur lignée : « Certes ce qui s’est accompli en elle vient du Saint Esprit, a-t-il entendu en songe : elle enfantera un  fils mais c’est toi qui lui donneras le nom de Jésus [Yeshua : salut] car lui, il sauvera son peuple de ses péchés ». Tout indigne qu’il soit, lui Joseph, le gardien de la Vierge, il va donner son nom à l’Enfant miraculeux… Dieu le veut ! Dieu le lui a dit ! Cela va avoir lieu, dans huit jours, il le sait, au moment de la circoncision de l’enfant. Alors maintenant, pourquoi ne pourrait-il pas faire face à ce coup du sort, alors que déjà la Mère est rejetée avec l’enfant qu’elle porte et qu’elle apporte au monde ?

 

 

S’il a compris une chose, Joseph, dans ce maelström de circonstances abracadabrantes qu’il vient de vivre, c’est que Dieu n’agit pas comme nous. Lui que Dieu lui-même a choisi comme père, il se souvient de l’enseignement des Prophètes : « Mes voies ne sont pas vos voies ni mes pensées vos pensées ». Et cela suffit à le rassurer, à l’apaiser, à lui donner la force d’installer la Vierge qu’il a épousée là où Dieu voudra, pour qu’elle puisse enfanter. Ces circonstances abracadabrantes, c’est la marque de Dieu, le signe qui lui est donné à lui Joseph, pour que sa foi soit solide comme la pierre.

 

Oh ! Il ne le sait pas encore, mais il n’a pas fini d’en voir. Bientôt il devra partir pour l’Egypte, parce que l’Enfant promis attire la haine de tous les gens en place et d’abord de cet Hérode monstrueux qui sert de chef à la Palestine, pour le compte des Romains. Il partira pour l’Egypte, comme il vient de quitter le Caravansérail : tranquille dans la force qu’il recevait de Dieu en cet instant.

 

 

« Il n’y avait pas de place pour eux à l’Hôtellerie »… En fait, plutôt, « l’Hôtellerie n’était pas une place pour eux » … Il le quitte sans regret, allant vers le soleil couchant, parce qu’il attend la lumière.

 

 

Abbé G. de Tanoüarn

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Notre aumônier répondra prochainement à la

question posée par Philomène .

 

 

Bien à vous tous .

 

 

Mortimer

 

Partager cet article

Repost0

commentaires

Madame Zouave 12/12/2015 23:41

Merci pour ce très beau texte, Monsieur l'abbé.

Madame Zouave

Julien 12/12/2015 19:23

Cher Monsieur l'abbé,

Où qu'elle se produise, votre voix est un aimant qui toujours m'attire...

"Dieu n'agit pas comme vous". C'est ce qui rend la vie chrétienne à la fois déroutante et passionnante. Déroutante parce que, si "Dieu" peut "écrire droit avec des lignes courbes", nous devrions, nous, mener une vie intègre, marcher droit, ne pas dévier ni à droite ni à gauche, être "moralement conformes" et finalement avoir une vie qui ne se décompose qu'en trois états: le mariage monogame, le célibaat chaste ou la vie de laïc consacré et, au sommet de la pyramide même si ce n'est plus bien porté d'être au sommet, la vie religieuse et sacerdotale. Dieu n'écrit pas droit et nous devons marcher droit, c'est déroutant. Avec ces conseils de rectitude, nous devrions avoir une vie plate et monotone. Or voici les tribulations: "Dieu n'agit pas comme nous". "Les gens heureux n'ont pas d'histoire?" T'inquiète, petit chrétien, tu ne seras pas assez heureux en ce monde pour ne pas avoir d'histoire. Une histoire qui passionnera ta concupiscence d'avoir du vécu et l'attrait du monde pour les récits. Sans histoire, pas de vie? Ta vie sera une belle histoire, on en fera un fameux récit. L'histoire, ce n'est pas la fixité finale vers je ne sais quelle rêve hégélien de raison épurée et libérée pour qu'adviene "la paix perpétuelle". Non, l'histoire, c'est la tribulation. Avec Dieu, nous serons servis: "Prends ta croix, porte bien l'épreuve", nous admoneste-t-il, Seigneur. "D'où vient-elle, Seigneur? Seigneur, d'où vient l'épreuve" "Est-ce que je t'en pose, moi, des questions? Elle vient un peu du malin qui trouve qu'une vie ne vaut que si elle dévie. Elle vient un peu de ma Providence qui a disposé que qu'une vie doit être un chemin et qu'un chemin suppose une aventure. Elle vient enfin de ce que j'ai donné la liberté à la nature que j'ai créée, que je la laisse faire sa loi, qu'elle t'impose donc des épreuves, mais que je suis le Dieu du miracle: pour toi, je surplombe la nature, je t'aime au-delà des lois de la nature. Donc supporte et porte l'épreuve, car je te porte dans l'épreuve."

Joseph et Marie ont-ils ressenti le refus de l'hôtellerie comme une épreuve? Certainement. S'yy attendaient-ils? Pas si sûr: ils avaient certes été avertis que leur vie de parents du Salut ne serait pas un long fleuve tranquille. Mais on oublie les avertissements qui déstabilisent et, "lorsque l'enfant paraît"...

Pourquoi l'hôtellerie ne pouvait-elle être l'asile du Sauveur du genre humain? Parce que c'est Lui, "l'hôte intérieur", il ne faut pas renverser les rôles ; en signe que nous ne savons pas recevoir Dieu; et enfin parce que nous n'avons pas à le recevoir, nous avons comme Marie à apprendre à En enfanter. Recevoir Dieu jusqu'à se croire assuré d'être la demeure de Dieu, c'est Le coucher à plat dans notre coeur sans lui permettre de nous guider, de nous changer, de nous transformer. Le Sauveur du genre humain ne trouvait trouver asile dans le monde quand Il y est descendu, car c'est Lui, l'asile du genre humain. C'est en Lui et sur Lui que nous devons nous reposer, Lui qui "n'a pas une pierre où reposer sa tête", mais Lui-même est la pierre, Il est la tête de l'Eglise.

Certes, Jésus a été traumatisé par sa naissance: pas reçu, ni par la mairie, ni par l'hôtel, il devra en quelques jours revivre pour le récapituler l'Exode du peuple d'Israël à travers la fuite en Egypte et par anticipation Sa passion à travers le massacre des innocents. Jésus a été traumatisé par Sa naissance, on le serait à moins: la kénose, quelle chute! Il a été traumatisé par Sa naissance, cela se "trahit" par cette Parole : "Le Fils de l'homme n'a pas une piere où reposer sa tête." "Moi-même, Je suis venu pour vous envoyer en mission et vous procurer du repos, mais pour Moi, je ne bénéficie d'aucune sécurité extérieure, même affective. Vous êtes mes amis, mais vous n'êtes pas la source de ma sécurité. Ma sécurité intérieure, je ne la trouve qu'en mon Père. Et mon Père, Je vous le donne à voir, mais Moi-même, Je ne m'en souviens plus que Je l'entends. Où était-Il lorsque Je me sentais à l'abandon? Vous avez aussi vos grands moments de solitude. Mais Je vous porte dans l'épreuve. Pour Moi, pendant ma passion, mon Père s'était absenté.

Salut, Jésus, le Prince inapaisé de notre paix et de la paix, ne se résout pas non plus à ce que l'hôtellerie ne l'accueille pas et à ce que nous ne puissions être ses hôtes, Il continue de supplier à travers maints mystiques: "J'ai soif des âmes", "il me tarde d'être reçu, je couche dehors comme les mendiants et les exilés. Ouvrez-moi la porte, "j'ai besoin d'une chaise" comme le chantait de son vivant votre frère l'Italien, Serge regiani, apprenez à m'enfanter."

Noël, c'est la fête de la naissance du Sauveur, et c'est aussi la fête de l'enfantement de Dieu en nous.

Saint Noël à vous, M. l'abbé, et à toute la banquise.

Julien,pécheur en mal de conversion.

Mortimer 12/12/2015 20:59

La gestation pour tous !
Non, je plaisante Julien .
J'ai apprécié ce long commentaire .
Mais comme je ne pardonne pas, ce n'est pas évident pour moi ....

Pour la RIB à Paris, rien n'est décidé .
A part qu'elle aura lieu ....

Saint et Joyeux Noël à vous deux .


Mortimer

Présentation

  • : Le blog de Mortimer
  • : Chrétienne et catholique . La Banquise est une force de prières .
  • Contact

Visites depuis le 14/01/2009

 

religion et spiritualite

Pingouin de la Banquise

 

A copier-coller pour les PPP !